The Prague Post - En Afghanistan, les agriculteurs délaissent le pavot à contrecoeur

EUR -
AED 4.245911
AFN 76.881606
ALL 93.218906
AMD 422.095048
AOA 1060.17747
ARS 1724.883763
AUD 1.638748
AWG 2.082491
AZN 1.923974
BAM 1.955777
BBD 2.321673
BDT 142.688326
BHD 0.434695
BIF 3451.159509
BMD 1.156136
BND 1.477083
BOB 13.699839
BRL 5.876985
BSD 1.152686
BTN 109.688713
BWP 15.558817
BYN 3.43236
BYR 22660.274138
BZD 2.318273
CAD 1.612984
CDF 2615.754722
CHF 0.935881
CLF 0.026829
CLP 1055.917611
CNY 7.801148
CNH 7.796157
COP 3633.557369
CRC 523.993852
CUC 1.156136
CUP 30.637616
CVE 110.263706
CZK 24.258167
DJF 205.267592
DKK 7.47791
DOP 67.289211
DZD 152.967205
EGP 57.293328
ERN 17.342047
ETB 186.049717
FJD 2.553385
FKP 0.857252
GBP 0.858528
GEL 3.017423
GGP 0.857252
GHS 13.526841
GIP 0.857252
GMD 84.950214
GNF 10123.881221
GTQ 8.794897
GYD 241.157171
HKD 9.066771
HNL 30.895638
HRK 7.536626
HTG 150.718232
HUF 363.096284
IDR 20580.38469
ILS 3.468236
IMP 0.857252
INR 110.076327
IQD 1509.982284
IRR 1590323.474144
ISK 142.597486
JEP 0.857252
JMD 183.057852
JOD 0.8197
JPY 182.445223
KES 149.15825
KGS 101.1045
KHR 4681.945069
KMF 492.513789
KRW 1627.678205
KWD 0.356853
KYD 0.960589
KZT 540.233662
LAK 26025.694653
LBP 103223.088933
LKR 386.635464
LRD 208.057559
LSL 18.72658
LTL 3.41377
LVL 0.699336
LYD 7.331914
MAD 10.743074
MDL 20.044765
MGA 4918.942288
MKD 61.529278
MMK 2427.365524
MNT 4157.296339
MOP 9.314591
MRU 46.338456
MUR 54.419029
MVR 17.862474
MWK 1998.776549
MXN 20.093332
MYR 4.728717
MZN 73.882875
NAD 18.72658
NGN 1577.96467
NIO 42.419502
NOK 10.997597
NPR 175.501941
NZD 1.96672
OMR 0.442445
PAB 1.152686
PEN 3.903654
PGK 5.09394
PHP 70.183287
PKR 320.014545
PLN 4.299908
PYG 6853.919586
QAR 4.213651
RON 5.24458
RSD 117.338623
RUB 94.338893
RWF 1694.980114
SAR 4.329449
SBD 9.325045
SCR 16.705104
SDG 694.261718
SEK 10.961097
SGD 1.467714
SLE 28.426407
SOS 658.792271
SRD 43.778844
STD 23929.689987
STN 24.499713
SVC 10.085882
SZL 18.72278
THB 38.21027
TJS 10.633575
TMT 4.058039
TND 3.38636
TRY 55.144817
TTD 7.812908
TWD 37.286097
TZS 3051.764195
UAH 51.625994
UGX 4293.949621
USD 1.156136
UYU 46.399456
UZS 13785.838257
VES 873.764445
VND 30295.977227
VUV 137.068231
WST 3.160548
XAF 655.949304
XAG 0.018188
XAU 0.000266
XCD 3.124516
XCG 2.077476
XDR 0.81579
XOF 655.949304
XPF 119.331742
YER 275.618798
ZAR 18.667349
ZMK 10406.616979
ZMW 21.756745
ZWL 372.275461
  • AEX

    -1.0000

    1111.47

    -0.09%

  • BEL20

    17.2800

    5777.71

    +0.3%

  • PX1

    14.7900

    8714.93

    +0.17%

  • ISEQ

    279.4200

    14320.37

    +1.99%

  • OSEBX

    6.0600

    2025.99

    +0.3%

  • PSI20

    -42.4300

    9181.38

    -0.46%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    70.8800

    4392.86

    +1.64%

  • N150

    3.4600

    4329.06

    +0.08%

En Afghanistan, les agriculteurs délaissent le pavot à contrecoeur
En Afghanistan, les agriculteurs délaissent le pavot à contrecoeur / Photo: Sanaullah SEIAM - AFP

En Afghanistan, les agriculteurs délaissent le pavot à contrecoeur

"Si vous travailliez pour Dieu, vous n'auriez pas détruit ce petit champ!" s'emporte Bibi face aux forces talibanes qui, "au nom d'Allah", écrasent ses pavots plantés en secret. Dans le sud de l'Afghanistan, l'interdiction de cultiver la lucrative plante à opium accable les agriculteurs.

Taille du texte:

La frêle sexagénaire, qui vit dans une bicoque en terre où une bâche plastique fait office de fenêtre, est amère en voyant les hommes en turban, arme automatique sur l'épaule, frapper à coups de bâton ses précieuses tiges d'opium cachées dans la cour de sa maison de Kandahar.

En avril 2022, le chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada, a interdit de cultiver la plante dont sont extraits l'opium et l'héroïne revendus à prix d'or à travers le monde.

"Je veux une compensation de la part d'Allah. Nous avons été malheureux pendant des générations, nous n'avons reçu aucune aide ni des talibans, ni du gouvernement précédent", s'agace Bibi Hazrato, long châle noir sur la tête.

Ce n'est pas la première fois que les autorités talibanes interdisent de cultiver cette fleur. En 2000 déjà, elle avait été prohibée quelques mois avant que leur premier gouvernement (1996-2001) ne soit renversé par une coalition internationale.

Pendant les vingt années de guerre qui ont suivi, les talibans, à l'interprétation austère de l'islam, ont lourdement taxé les producteurs dans les régions qu'ils contrôlaient. Selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), l'opium fournissait en 2016 "environ la moitié des revenus des talibans".

Ces dernières années, entre 80% et 90% de l'héroïne et de l'opium dans le monde proviennent d'Afghanistan, dont plus de la moitié sont cultivés dans la chaude province du Helmand.

Selon le dernier rapport publié fin 2022 par l'ONUDC, les surfaces consacrées à cette culture avaient augmenté de 32% en un an pour atteindre 233.000 hectares, malgré le décret d'interdiction annoncé par le gouvernement taliban, huit mois après son retour au pouvoir en août 2021.

Un résultat en apparence surprenant, mais qui s'explique par l'annonce tardive de la mesure au pic de la saison.

- Beaucoup d'argent perdu -

En tentant d'appliquer une interdiction en avril, "les commandants talibans auraient dû détruire la récolte au moment même où les agriculteurs étaient sur le point de toucher le fruit de leur travail et de rembourser (leurs) dettes", avec le risque de s'exposer à "un désaccord généralisé", analyse le chercheur David Mansfield dans un rapport publié en octobre.

Mais un an plus tard, même si le pays est en proie à une grave crise humanitaire, "il semble que, dans l'ensemble, l'interdiction de la culture du pavot" soit désormais "strictement appliquée", explique à l'AFP Anubha Sood, responsable de l'ONUDC en Afghanistan.

"Certaines cultures demeurent, mais dans des zones non visibles (...) et il semble qu'il s'agisse de petites surfaces."

Les prés de coquelicots rouges et blancs ont été remplacés par d'immenses champs de blé encore vert, a constaté une équipe de l'AFP dans le Helmand et la province voisine de Kandahar, fief des dirigeants.

Dans un rare communiqué, le chef suprême a salué récemment la "grande réussite" de la mesure. "L'Afghanistan sera bientôt débarrassé de la culture du pavot et des stupéfiants", s'est réjoui Hibatullah Akhundzada.

Quelque 2.961 hectares de pavots ont été détruits depuis le début de la saison dans l'ensemble du pays, a indiqué à l'AFP Abdul Haq Akhund Hamkar, vice-ministre de la lutte contre les stupéfiants.

"Lorsque le décret du chef suprême a été annoncé, la plupart des gens l'ont respecté (...) à l'exception de lopins de terre à l'intérieur de quelques maisons", relate de son côté Haji Qazi, chef du département de la lutte contre les stupéfiants du Helmand.

Le responsable estime néanmoins à "un ou deux ans" le temps nécessaire pour détruire l'ensemble de la filière, des laboratoires de transformation de la matière première à la revente de la drogue au marché noir.

Un seul incident a été recensé dans le Helmand lors d'une opération de contrôle qui a fait un mort, selon Haji Qazi.

- "La règle d'un seul homme" -

Dans un village du district de Nad-e-Ali, Mir Ahmad, visage buriné par le soleil, s'est résolu pour la première fois en vingt ans à convertir ses 9 hectares de pavot en blé. Jusqu'à 40 personnes travaillaient sur les parcelles au pic de la récolte, qu'il n'entretient désormais plus qu'avec ses quatre frères et les jeunes enfants de la famille pour diminuer les coûts, le blé étant moins demandeur en main-d'oeuvre.

Lorsqu'il a entendu la nouvelle à la radio, l'agriculteur de 37 ans a immédiatement pensé qu'il allait "perdre beaucoup d'argent".

"L'année dernière, nous avions tellement d'argent que nous ne pouvions même pas tout dépenser", se souvient-il. Mais "aujourd'hui le prix de 4,5 kg de blé est de 500 roupies pakistanaises (1,60 euro) (...) Comme tout le monde va le récolter et le vendre au même moment, je crains que son prix ne baisse encore", explique-t-il.

Ghulam Rasool, qui habite un village à la périphérie de Lashkar Gah, capitale du Helmand, partage le même désarroi.

A 60 ans, dont la moitié passée à cultiver le pavot, l'homme à la barbe blanche ne cache pas son incompréhension. Quelques jours seulement avant de pouvoir extraire le convoité liquide blanc des capsules de fleurs, trois membres des forces talibanes sont venus détruire les plants cachés dans l'enceinte de sa maison.

L'année dernière, le vieil homme, qui en avait semé sur 5 hectares dans des champs, avait gagné 1.500.000 afghanis, soit 15.500 euros. Il dit avoir depuis tout dépensé, notamment en engrais, pour se reconvertir lui aussi dans le blé et le coton.

Les autorités "devraient nous aider et nous proposer des alternatives, mais elles ne disent rien à ce sujet", déplore Ghulam Rasool auprès des journalistes de l'AFP, escortés par les forces talibanes.

"C'est la règle d'un seul homme (chef suprême) et personne n'a son mot à dire. Quoi qu'ils (les autorités talibanes) ordonnent, vous devez obéir", ose-t-il critiquer.

S.Janousek--TPP