The Prague Post - "Notre liberté nous manque": les lamentations des Afghanes privées d'école

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"Notre liberté nous manque": les lamentations des Afghanes privées d'école
"Notre liberté nous manque": les lamentations des Afghanes privées d'école

"Notre liberté nous manque": les lamentations des Afghanes privées d'école

"L'Afghanistan est devenu une prison pour nous": comme toutes les filles de leur âge, Malahat, Adeeba et Nargis n'aiment rien d'autre que d'aller à l'école et de jouer avec leurs copines.

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Mercredi, comme des milliers d'adolescentes dans le pays, elles étaient heureuses de pouvoir enfin retourner étudier en classe et retrouver camarades et professeures.

"L'Afghanistan est devenu une prison pour nous", lâche Malahat Haidari, du haut de ses 11 ans, au lendemain d'avoir dû quitter sur le champ son école pour filles Al Fatah, à Kaboul.

"J'ai beaucoup pleuré", ajoute l'adolescente en essuyant des larmes, interrogée par l'AFP dans sa maison familiale d'un quartier huppé de la capitale.

"Nous sommes traitées comme des criminelles simplement parce que nous sommes des filles. Voilà pourquoi ils nous ont renvoyées de l'école", explique-elle.

Avec cette décision, les talibans renforcent les inquiétudes des observateurs qui craignent que les nouveaux maîtres du pays n'interdisent à nouveau l'école pour les filles, comme ils l'avaient fait lors de leur premier règne, de 1996 à 2001.

Cette rentrée dans le secondaire suivait celle des garçons, ainsi que des filles mais uniquement dans le primaire, qui avaient eux été autorisés à reprendre les cours, deux mois après la prise de Kaboul en août dernier par les fondamentalistes islamistes.

Aucune explication claire n'a été donnée par le gouvernement à sa volte-face.

Mais, selon des informations qui ont filtré après une réunion secrète, mardi soir, de hauts dirigeants talibans dans leur fief de Kandahar (Sud), les raisons iraient de la nécessité d'avoir des uniformes standardisés, au rejet pur et simple du besoin d'éducation pour les adolescentes.

Le ministère répète que les écoles vont bien rouvrir, mais uniquement quand de nouvelles directives seront définies.

"Jusqu'à hier, non seulement moi, mais tous ceux à qui vous auriez posé la question croyaient qu'ils (NDLR les talibans) avaient changé", relève Adeeba, 13 ans, la sœur de Malahat.

"Quand ils ont renvoyé tout le monde à la maison, nous avons compris que ces talibans étaient les mêmes qu'il y a 25 ans", abonde Malahat.

"Notre liberté nous manque. Nos camarades de classe et nos professeurs nous manquent", ajoute Adeeba.

Issues d'une famille aisée, avec des parents instruits, les soeurs ont toujours été encouragés à étudier.

- "Peur" des femmes instruites -

A l'autre bout de la ville, Nargis Jafri, 14 ans, dont la famille appartient à la communauté minoritaire chiite hazara, estime que les talibans se sentent menacés par les femmes instruites.

"Ils croient que si nous étudions, nous allons acquérir des connaissances et nous battre contre eux", dit-elle à l'AFP.

"Ils ont peur de ça", lâche-t-elle en retenant ses larmes, assise à un bureau devant ses livres étalés, dans la maison familiale.

Elève du lycée Marafat à Kaboul, elle trouve aussi particulièrement injuste de voir des garçons de son âge aller à l'école alors qu'elle est obligée de rester à la maison.

"C'est vraiment dur", dit-elle.

Elle est maintenant hantée par les histoires relatées par sa mère, Hamida, sous le premier règne des talibans.

"Avant, je me sentais bizarre quand elle nous racontait comment elle portait une burqa ou un tchador, ou comment une femme n'était pas autorisée à sortir sans être accompagnée d'un homme" de son entourage, explique-t-elle.

"Tout cela me revient maintenant à l'esprit", dit l'adolescente.

En sept mois de gouvernance depuis l'été dernier, les talibans ont imposé une multitude de restrictions aux femmes. Elles sont exclues de nombreux emplois publics, contrôlées sur la façon de s'habiller et interdites de voyager seules en dehors de leur ville.

Les islamistes ont aussi arrêté et détenu plusieurs militantes qui avaient manifesté pour les droits des femmes.

Hamida avait 10 ans quand elle a été obligée de quitter l'école. Elle s'inquiète désormais pour l'avenir de sa fille.

"Les rêves qu'elle a dans son cœur vont être brisés", se désole-t-elle.

U.Pospisil--TPP