The Prague Post - Au procès de son assaillant présumé, Salman Rushdie raconte s'être vu "mourir"

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Au procès de son assaillant présumé, Salman Rushdie raconte s'être vu "mourir"
Au procès de son assaillant présumé, Salman Rushdie raconte s'être vu "mourir" / Photo: Kirill KUDRYAVTSEV - AFP/Archives

Au procès de son assaillant présumé, Salman Rushdie raconte s'être vu "mourir"

Il a "hurlé" de douleur, au point de se voir "mourir": l'écrivain Salman Rushdie, symbole de la liberté d'expression, a raconté mardi au procès de son assaillant présumé, dans le nord des Etats-Unis, la brutalité de l'agression au couteau qu'il subie à l'été 2022.

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Le procès de Hadi Matar, un Américano-libanais de 23 ans qui a grandi aux Etats-Unis, s'est ouvert lundi à Mayville, dans l'Etat de New York, près de la frontière avec le Canada.

Il est accusé d'avoir tenté de tuer le 12 août 2022 l'auteur des "Versets sataniques", ouvrage qui avait valu il y a plus de trente ans à Salman Rushdie une fatwa de l'Iran, qui le jugeait blasphématoire.

Devant les jurés mardi, l'écrivain américano-britannique, né en Inde, a rembobiné les événements survenus devant près d'un millier de personnes lors d'une conférence sur la protection de la liberté des écrivains, dans cette région paisible de l'Amérique des Grands Lacs.

Vêtu d'un costume sombre, l'oeil droit dont il a perdu l'usage caché derrière un verre teinté, il a retracé l'agression lors de laquelle il a été lardé à l'arme blanche et dont il a déjà fait le récit dans un livre, "Le couteau".

Il se souvient d'avoir vu "à la dernière minute", son agresseur se "précipiter" sur lui sur sa droite, dans l'amphithéâtre. A ce moment-là, il a raconté aux jurés avoir été choqué par son regard "noir" qui lui a paru "très féroce".

- "Mare de sang" -

Puis les coups ont plu. "C'était un coup de couteau dans mon oeil, extrêmement douloureux, après ça j'ai hurlé de douleur et je ne pouvais plus voir" de cet oeil, a détaillé M. Rushdie, aujourd'hui âgé de 77 ans. Il s'est retrouvé dans une "mare de sang".

"Il m'est venu à l'esprit que j'allais mourir", a-t-il assuré.

Hadi Matar est passé "tout près" de tuer Salman Rushdie, avait convenu la veille, à l'ouverture du procès, le procureur Jason Schmidt.

L'accusé "a plongé son couteau avec force, efficacité et rapidité", avait décrit l'accusation. "Il a frappé la tête, le cou, l'abdomen et le haut de la cuisse", ce qui a valu des semaines d'hospitalisation à l'écrivain.

Henry Reese, cofondateur de "Pittsburgh Ville Refuge", un projet d'aide aux écrivains en exil, avait aussi été blessé.

Lundi, l'accusé, dont le procès doit durer environ deux semaines, était entré dans le tribunal en lançant les mots "Palestine libre".

Hadi Matar avait été arrêté dans la foulée de l'attaque. Il a plaidé non coupable devant la justice de l'Etat de New York des crimes de tentative de meurtre et agression, pour lesquels il encourt respectivement 25 et sept années de prison.

L'une de ses avocates, Lynn Schaffer, a appelé les jurés à ne pas condamner son client à l'avance et à se méfier des a priori.

Quelques jours après les faits, l'accusé avait été interviewé depuis sa prison par le tabloïd New York Post, auquel il avait confié avoir été "surpris" que Salman Rushdie ait survécu.

Il n'avait pas dit, en revanche, s'il avait été inspiré par la fatwa lancée en 1989 par l'ayatollah Khomeini, à la tête de l'Iran à l'époque, mais souligné qu'il ne "(l'aimait) pas" et lui reprochait d'avoir "attaqué l'islam".

Hadi Matar est aussi inculpé devant la justice fédérale américaine pour "acte de terrorisme au nom du Hezbollah", le mouvement chiite libanais soutenu par l'Iran.

Téhéran avait nié toute implication dans l'agression.

Menacé de longue date depuis la fatwa iranienne, l'écrivain avait dû vivre caché pendant des années, avant de s'installer à New York.

En concluant son témoignage mardi, l'écrivain devenu une icône mondiale de la liberté d'expression, a arraché d'une phrase quelques rires étouffés des jurés: "La première chose que j'ai dite après avoir retrouvé la capacité de parler, c'était: +Je peux parler+".

R.Rous--TPP