The Prague Post - En Albanie, l'"enfer" des victimes de prostitution venues du bout du monde

EUR -
AED 4.333945
AFN 77.887151
ALL 96.474738
AMD 446.387728
ANG 2.112487
AOA 1082.158989
ARS 1708.501219
AUD 1.686989
AWG 2.125669
AZN 2.010175
BAM 1.953256
BBD 2.375636
BDT 144.132249
BGN 1.981838
BHD 0.444912
BIF 3493.118957
BMD 1.180108
BND 1.500545
BOB 8.150418
BRL 6.183168
BSD 1.179479
BTN 106.74341
BWP 15.532832
BYN 3.368212
BYR 23130.11201
BZD 2.37218
CAD 1.612777
CDF 2625.73975
CHF 0.917268
CLF 0.025649
CLP 1012.780302
CNY 8.187825
CNH 8.189275
COP 4282.1154
CRC 584.718509
CUC 1.180108
CUP 31.272856
CVE 110.116893
CZK 24.372651
DJF 209.729075
DKK 7.467836
DOP 73.993927
DZD 153.079662
EGP 55.345637
ERN 17.701616
ETB 182.736137
FJD 2.602315
FKP 0.86138
GBP 0.864819
GEL 3.180373
GGP 0.86138
GHS 12.951184
GIP 0.86138
GMD 86.147641
GNF 10351.077805
GTQ 9.046909
GYD 246.769596
HKD 9.219178
HNL 31.162539
HRK 7.535581
HTG 154.599269
HUF 379.63596
IDR 19834.071049
ILS 3.652203
IMP 0.86138
INR 106.731129
IQD 1545.19373
IRR 49712.039391
ISK 144.796826
JEP 0.86138
JMD 184.959067
JOD 0.836717
JPY 185.210858
KES 152.175039
KGS 103.200068
KHR 4760.818583
KMF 493.285381
KPW 1062.032235
KRW 1723.806746
KWD 0.362683
KYD 0.982924
KZT 585.944944
LAK 25371.05838
LBP 105624.757488
LKR 365.052098
LRD 219.384223
LSL 18.850106
LTL 3.484551
LVL 0.713835
LYD 7.453974
MAD 10.812948
MDL 19.957088
MGA 5225.215613
MKD 61.616688
MMK 2478.150907
MNT 4212.803755
MOP 9.491776
MRU 46.835403
MUR 54.143869
MVR 18.232624
MWK 2044.881053
MXN 20.447408
MYR 4.639592
MZN 75.231987
NAD 18.850824
NGN 1615.048331
NIO 43.403829
NOK 11.419029
NPR 170.820208
NZD 1.967092
OMR 0.453702
PAB 1.179469
PEN 3.965035
PGK 5.053246
PHP 69.568537
PKR 329.895286
PLN 4.218
PYG 7806.566323
QAR 4.30205
RON 5.094998
RSD 117.391206
RUB 89.984704
RWF 1721.464861
SAR 4.425427
SBD 9.509428
SCR 16.184535
SDG 709.834768
SEK 10.608431
SGD 1.502163
SHP 0.885386
SLE 28.883122
SLL 24746.268716
SOS 672.926277
SRD 44.719019
STD 24425.847913
STN 24.468438
SVC 10.320119
SYP 13051.490107
SZL 18.849526
THB 37.45618
TJS 11.022488
TMT 4.142178
TND 3.411341
TOP 2.841416
TRY 51.369267
TTD 7.989795
TWD 37.376496
TZS 3045.020483
UAH 50.882013
UGX 4199.529565
USD 1.180108
UYU 45.458858
UZS 14458.675608
VES 438.575913
VND 30661.559706
VUV 141.089893
WST 3.217174
XAF 655.106414
XAG 0.013133
XAU 0.000235
XCD 3.189301
XCG 2.12574
XDR 0.813661
XOF 655.120274
XPF 119.331742
YER 281.308183
ZAR 18.976192
ZMK 10622.385043
ZMW 23.089021
ZWL 379.994216
  • AEX

    -3.6800

    990.32

    -0.37%

  • BEL20

    45.6500

    5545.43

    +0.83%

  • PX1

    82.6100

    8262.16

    +1.01%

  • ISEQ

    144.4500

    13519.02

    +1.08%

  • OSEBX

    5.9800

    1765.77

    +0.34%

  • PSI20

    53.8500

    8881.79

    +0.61%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -18.9200

    4094.87

    -0.46%

  • N150

    24.1500

    3983.95

    +0.61%

En Albanie, l'"enfer" des victimes de prostitution venues du bout du monde
En Albanie, l'"enfer" des victimes de prostitution venues du bout du monde / Photo: Adnan Beci - AFP

En Albanie, l'"enfer" des victimes de prostitution venues du bout du monde

Maria, une Vénézuélienne de 38 ans, est arrivée à Tirana en novembre 2024. Arrêtée cinq jours après avec d'autres femmes accusées de se prostituer, elle a passé des mois en détention en Albanie, où la hausse spectaculaire du tourisme s'accompagne d'une multiplication des cas de trafic d'êtres humains et de prostitution.

Taille du texte:

"Les femmes albanaises ont longtemps été victimes de la traite, mais aujourd'hui nous devons faire face à une autre situation : une criminalité internationale dont les victimes sont des femmes originaires d'Afrique, d'Asie, d'Amérique Latine ... emmenées en Albanie en transit ou en court séjour, forcées à se livrer à la prostitution", explique la commissaire Geranda Gjeta, du département de lutte contre la traite des êtres humains, à Tirana.

Mercredi 1er octobre, 54 femmes venues d'Amérique latine ont ainsi été recueillies lors d'une opération menée sous l'égide d'Europol, menée en Albanie, en Croatie et en Colombie ; et dix-sept personnes ont été arrêtées en Albanie et en Colombie, dont le chef supposé du réseau.

Principalement composé de Colombiens, le réseau "recrutait et transportait des femmes vulnérables de Colombie vers l'Europe. Une fois sous le contrôle du réseau, les victimes étaient soumises à une exploitation sexuelle dans plusieurs pays européens, dont l'Albanie et la Croatie", détaille Europol.

Les criminels supervisaient tout, "depuis le recrutement jusqu'à la collecte de l'argent, soumettant souvent les victimes à des violences psychologiques et physiques, ainsi qu'à des menaces contre leurs proches en Colombie".

- "Enfer" -

D'après les enquêtes de la police albanaise, les victimes entrent dans le pays avec un visa touristique ou un visa de travail, via des agences d'intérim, et souvent munies de faux papiers qui leur permettent de se déplacer, après quelques mois, dans d'autres pays européens.

Elles savent généralement qu'elles viennent pour se prostituer, leurrée par des promesses d'argent facile.

"On m'a promis le paradis mais j'ai trouvé l'enfer", confie à l'AFP Maria, dont le prénom a été modifié pour des raisons de sécurité comme tous ceux des femmes citées, interviewée dans un appartement loué par Vatra, une association albanaise d'aide aux victimes.

Prise en flagrant délit de prostitution à Elbasan, ville industrielle du centre du pays, dans un appartement loué en ligne où elle devait, avec d'autres femmes, recevoir des clients, Maria a passé sept mois en détention provisoire à Tirana.

Epuisée, elle raconte avoir entendu parler de l'Albanie par "des amies" qui lui vantent un travail bien rémunéré, sans cacher qu'il s'agit de prostitution. "Mais on ne savait pas que c'était illégal, sinon nous ne serions pas venues ici".

Dans son téléphone, la police a mis la main sur des photos érotiques, des applications de rencontre et des messages venus de numéros étrangers, entre autres du Pérou et de Lituanie. L'enquête est encore en cours pour essayer de retracer ces numéros.

La police a aussi trouvé le numéro de Carina, enregistré dans les téléphones de deux autres femmes arrêtées avec Maria.

Selon l'une d'elles, que l'on appellera Ana, il s'agit du numéro de la femme qui l'a faite venir de Colombie.

Carina a créé un groupe what's app baptisé "Chicas" - "filles", en espagnol. On y trouve une liste de services sexuels, des horaires... Elle gère aussi les contacts avec les clients, distribue les passes, trouve les appartements ; en échange de 50% des gains. Pour rembourser les frais de voyage jusqu'en Albanie, explique-t-elle aux femmes du groupe.

- Menaces -

Ces femmes sont amadouées par "des criminels qui leurs offrent une nouvelle perspective" et promettent de l'argent rapide, explique la commissaire Geranda Gjeta.

Attirées par des groupes criminels "qui disposent de capacités logistiques et financières considérables", une fois en Europe, "elles deviennent la proie d'escroqueries et de menaces de la part de ces criminels qui leur envoient des vidéos de leurs familles ou des menaces de morts", raconte la commissaire.

"Il y a moins de violence visible qu'auparavant", précise Nenad Nača, chef d'équipe spécialisé dans la traite des êtres humains chez Europol. "Les criminels ont compris que les êtres humains qu'ils trafiquent – qui pour eux ne sont pas des êtres humains, juste des marchandises – perdent de leur valeur s'ils sont blessés, et risquent d'attirer l'attention. Alors ils manipulent, ils usent de techniques de coercition différentes, de violence psychologique ou la +violence éducative+ : ils filment quelqu'un en train de se faire battre et montrent la vidéo à d'autres, leur faisant savoir que c'est ce qui leur arrivera s'ils désobéissent".

Ainsi menacées, lorsqu'elles sont arrêtées, "elles préfèrent assumer toute la responsabilité de leurs actes", détaille Brikena Puka, la responsable du centre Vatra, qui observe depuis plusieurs mois "une hausse du nombre de victimes étrangères de la traite à des fins d'exploitation sexuelle".

A leur sortie du prison, Vatra a permis à Maria et Ana d'être hébergées dans un appartement sécurisé, le temps qu'elles puissent récupérer leurs passeports, encore aux mains de la police, et quitter l'Albanie.

C'est depuis cet appartement que Ana, 32 ans, originaire de République dominicaine, raconte son histoire à l'AFP.

Cette mère de deux enfants travaillait dans un bar à Barcelone, mais ce qu'elle gagnait ne suffisait pas à couvrir le loyer, nourrir ses enfants et envoyer de l'argent à ses parents. Repérée par un réseau, elle accepte un travail d'Escort en Albanie - où elle devra "donner la moitié de l'argent gagné à la personne qui allait gérer ses contacts avec les clients".

"La prostitution, on le fait par besoin", explique Ana. "On voit ça comme quelque chose de rapide et de facile. Mais ce n'est pas vrai. Non seulement on se laisse maltraiter, mais en plus on est obligé de remettre 50% de ce qu'on gagne de notre corps à nos proxénètes", ajoute-t-elle peinant à retenir ses larmes.

- Crime décentralisé -

Fermée au monde pendant des décennies, l'Albanie a dans les années 1990 été plongée dans une crise qui a facilité l'émergence d'une mafia devenue l'une des plus puissante d'Europe, spécialisée dans le trafic d'êtres humains et le trafic d'héroïne, rappelle Fabrice Rizzoli, spécialiste du crime organisé.

Plus de 30 ans plus tard l'Albanie, devenue une destination touristique de masse, voit la prostitution, illégale dans le pays, s'ancrer sur son territoire - comme dans les tous les pays où le nombre de touristes augmente, précise M. Rizzoli, prenant en exemple l'afflux de prostituées lors des grands événements sportifs mondiaux.

Entre 2024 et le début de l'année 2025, les autorités ont arrêté 15 étrangers et 10 Albanais dans le cadre d'enquêtes sur ces réseaux criminels, selon des données compilées par l'ONG Initiative mondiale contre la criminalité organisée transnationale (GI-TOC). Environ 90 femmes, majoritairement étrangères, ont été poursuivies.

Au cours des six premiers mois de l'année 2025, la police albanaise a ouvert 108 enquêtes, menant de vastes opérations dans des centres de massage, des bars ou des hôtels, selon des données récoltées par l'AFP. Au moins 37 ressortissants étrangers soupçonnés d'infraction pénale liées à la traite et une dizaine de victimes potentielles d'exploitation sexuelle ont été identifiés.

"C'est devenu un défi transnational", ajoute la commissaire Gjeta, dont les collègue chargés de la cybercriminalité enquêtent sur plusieurs sites internet hébergés à l'étranger et qui permettent aux clients de la prostitution de payer - presque - sans traces, et aux criminels de blanchir une partie des recettes.

"Nous constatons une coopération entre groupes – nous ne sommes plus dans un type de mafia national ; les réseaux criminels fonctionnent davantage de manière décentralisée - ce sont plutôt des cellules qui coopèrent entre elles par-delà les pays ou les continents - et très mobiles, donc très difficiles à suivre", ajoute Nenad Nača. "Lorsqu'une enquête est lancée, ils ont parfois déjà déménagé dans un autre pays – alors la coopération est essentielle".

L.Hajek--TPP