The Prague Post - "Pas sa faute" : ces mères d'enfants nés des viols de la guerre au Soudan

EUR -
AED 4.229821
AFN 74.864237
ALL 93.228828
AMD 421.085566
AOA 1056.160267
ARS 1720.733086
AUD 1.637784
AWG 2.076039
AZN 1.954916
BAM 1.955775
BBD 2.318931
BDT 142.528208
BHD 0.434189
BIF 3440.726871
BMD 1.151756
BND 1.477381
BOB 13.98346
BRL 5.846768
BSD 1.151366
BTN 109.880188
BWP 15.656803
BYN 3.393457
BYR 22574.408206
BZD 2.315671
CAD 1.619057
CDF 2605.270629
CHF 0.931862
CLF 0.026904
CLP 1062.322075
CNY 7.777342
CNH 7.775035
COP 3736.43312
CRC 522.084371
CUC 1.151756
CUP 30.521521
CVE 110.263614
CZK 24.202703
DJF 205.024752
DKK 7.475452
DOP 67.149156
DZD 153.146465
EGP 57.871799
ERN 17.276333
ETB 185.837664
FJD 2.548778
FKP 0.857335
GBP 0.856578
GEL 3.006302
GGP 0.857335
GHS 13.488479
GIP 0.857335
GMD 85.229454
GNF 10111.872879
GTQ 8.78189
GYD 241.04383
HKD 9.033562
HNL 30.861746
HRK 7.534208
HTG 150.536801
HUF 362.376716
IDR 20712.019529
ILS 3.484118
IMP 0.857335
INR 109.655937
IQD 1508.281039
IRR 1583951.78019
ISK 141.999677
JEP 0.857335
JMD 182.047711
JOD 0.816595
JPY 181.232211
KES 149.014032
KGS 100.721368
KHR 4660.900938
KMF 492.951678
KRW 1642.904407
KWD 0.356388
KYD 0.959467
KZT 542.391408
LAK 26041.672617
LBP 103089.392874
LKR 386.57514
LRD 207.822876
LSL 18.980961
LTL 3.400835
LVL 0.696685
LYD 7.334908
MAD 10.727965
MDL 20.154309
MGA 4902.938363
MKD 61.529226
MMK 2418.302526
MNT 4128.236531
MOP 9.301781
MRU 46.030421
MUR 54.17888
MVR 17.794357
MWK 1996.448901
MXN 19.912067
MYR 4.713674
MZN 73.578865
NAD 18.981044
NGN 1570.371947
NIO 42.369467
NOK 10.994201
NPR 175.81079
NZD 1.956723
OMR 0.442841
PAB 1.151386
PEN 3.895551
PGK 5.083936
PHP 70.025536
PKR 319.707481
PLN 4.306816
PYG 6864.943499
QAR 4.197165
RON 5.250796
RSD 117.352727
RUB 93.295072
RWF 1695.341888
SAR 4.314394
SBD 9.295999
SCR 15.438728
SDG 691.053528
SEK 10.992758
SGD 1.476953
SLE 28.160726
SOS 657.991728
SRD 43.543221
STD 23839.013893
STN 24.499267
SVC 10.074873
SZL 18.977597
THB 38.375353
TJS 10.627028
TMT 4.031144
TND 3.382357
TRY 54.772537
TTD 7.816902
TWD 37.32091
TZS 3055.023466
UAH 51.483653
UGX 4311.870919
USD 1.151756
UYU 46.389618
UZS 13747.827169
VES 861.341978
VND 30249.131118
VUV 137.224539
WST 3.146845
XAF 655.948754
XAG 0.019431
XAU 0.000283
XCD 3.112677
XCG 2.075074
XDR 0.816719
XOF 655.948754
XPF 119.331742
YER 274.582072
ZAR 18.940458
ZMK 10367.187916
ZMW 21.786321
ZWL 370.864808
  • AEX

    10.8000

    1113.05

    +0.98%

  • BEL20

    57.8000

    5724.9

    +1.02%

  • PX1

    24.9800

    8639.21

    +0.29%

  • ISEQ

    -32.9200

    13682.89

    -0.24%

  • OSEBX

    8.2900

    2031.45

    +0.41%

  • PSI20

    9.1700

    9181.17

    +0.1%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -94.5100

    4181.81

    -2.21%

  • N150

    15.8800

    4307.49

    +0.37%

"Pas sa faute" : ces mères d'enfants nés des viols de la guerre au Soudan
"Pas sa faute" : ces mères d'enfants nés des viols de la guerre au Soudan / Photo: Khaled DESOUKI - AFP

"Pas sa faute" : ces mères d'enfants nés des viols de la guerre au Soudan

Nesma* joue attendrie avec son bébé sur les genoux. Il a les yeux et le sourire de sa mère mais rien de son père, l'un des trois combattants paramilitaires qui l'ont violée en réunion il y a deux ans à Khartoum.

Taille du texte:

"J'ai vu leurs visages. Je me souviens très bien d'eux", raconte cette diplômée de 26 ans à l'AFP qui a pu rencontrer plusieurs victimes de viols à travers le Soudan en guerre.

Le petit Yasser est l'un des milliers d'enfants nés de viols depuis le début des combats entre l'armée soudanaise et les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) en avril 2023.

Nesma avait fui la capitale soudanaise avec sa famille au début de la guerre. Un an après, elle a dû y retourner pour récupérer des documents officiels.

Là, au milieu des usines du nord de Khartoum, des combattants des FSR arrêtent son bus, demandent aux voyageurs de descendre, séparent les hommes des femmes.

Nesma subit l'assaut de trois agresseurs avant de perdre connaissance. "Je suis revenue à moi le lendemain matin. L'un des passagers du bus gisait à terre, abattu d'une balle."

Son récit correspond au mode opératoire des combattants des FSR qui, selon des experts de l'ONU, ont mené des violences sexuelles systématiques au Soudan.

Le traumatisme a été tel pour la jeune femme qu'elle n'a réalisé sa grossesse qu'au bout de cinq mois. Jusqu'à la veille de sa césarienne, elle n'était pas sûre de garder le bébé.

"Et puis, je n'ai pas pu le laisser partir", confie-t-elle, disant "ne pas avoir supporté l'idée qu'il souffre ou tombe dans une mauvaise famille", tandis que Yasser se niche dans son cou.

"Ce n'est pas la faute de mon fils, tout comme ce n'est pas la mienne."

- Silence et honte -

La ministre soudanaise aux Affaires sociales, Souleima Ishaq al-Khalifa, estime à plusieurs milliers le nombre de victimes de viols au Soudan. Mais la grande majorité gardent le silence et il n'y a pas non plus trace administrative de nombreux avortements ou adoptions souvent informelles, souligne-t-elle.

Au Darfour, dans une seule ville, "des centaines et des centaines de cas de jeune filles violées ont été recensés. La plupart sont tombées enceintes et aucune n'est allée consulter", rapporte à l'AFP la coordinatrice de l'ONU au Soudan Denise Brown.

A Tawila, ville de l’État du Darfour du Nord qui abrite des centaines de milliers de déplacés, Gloria Endreo, une sage-femme de Médecins sans frontières (MSF), a vu en deux mois des centaines de survivantes dont beaucoup enceintes à la suite d’un viol. "Certaines n'arrivaient même pas à le dire", raconte-t-elle à l'AFP.

La honte que beaucoup ressentent dans ce pays conservateur fait que la plupart de ces enfants sont élevés en secret. Des victimes peuvent être rejetées voire accusées d'avoir pactisé avec les FSR.

"Des familles ont abandonné leurs filles, des maris ont divorcé de leur femme violée", elles sont victimes d'une double injustice, déplore Reem Alsalem, rapporteuse spéciale de l'ONU sur la violence contre les femmes et les jeunes filles.

Dans ce conflit, le viol est utilisé comme une arme "de guerre, de domination, de destruction et de génocide pour détruire le tissu social et en changer sa composition", analyse-t-elle.

Les viols de masse faisaient déjà partie des crimes contre l'humanité imputés aux Janjawids, milices arabes dont sont issues les FSR, au début des années 2000.

- Trois fois -

Dans un abri de paille à Tawila, Hayat, 20 ans, tente d'endormir son fils de quatre mois. Elle espère pour lui "un avenir meilleur": "Je ne veux pas qu'il grandisse comme nous", souffle-t-elle.

Hayat a été violée alors qu'elle fuyait le camp de Zamzam, près d'El-Facher, dernière grande ville du Darfour du Nord tombée aux mains des FSR en octobre 2025.

Lors de leur attaque contre ce site, qui abritait un demi-million de personnes, les paramilitaires sont accusés d'avoir tué plus de 1.000 civils et mené une campagne de viols systématiques visant les femmes de groupes ethniques non-arabes, selon l'ONU.

Halima, 23 ans, a vécu ce calvaire trois fois, violée adolescente par des gardiens de troupeaux quand elle travaillait dans les champs, puis en 2022 sur la route de Zamzam et enfin lorsqu'elle s'est échappée de ce camp.

La jeune femme élève ses deux enfants nés des premiers viols mais a évité une troisième grossesse grâce à une contraception d'urgence prescrite par des médecins.

A Tawila, l'AFP a rencontré plusieurs survivantes violées et tombées enceintes au moment de la chute d'El-Facher, au cours de laquelle les paramilitaires ont tué au moins 6.000 personnes en trois jours.

Comme Rawia, 17 ans. Elle a vu les FSR tuer la moitié des personnes avec qui elle prenait la fuite. Puis "trois d'entre eux nous ont dépouillées de toutes nos affaires et nous ont violées". Elle est enceinte de cinq mois.

Alia, 25 ans, a été ramenée de force à El-Facher avec quatre autres jeunes filles, retenues captives pendant six semaines, "jusqu'à ce que nous nous enfuyions au milieu de la nuit". Elle fait alors une fausse-couche.

Magda, 22 ans, a perdu son mari dans une attaque à la roquette puis a vu son frère se faire abattre sur la route de Tawila. Elle a été violée il y a cinq mois.

"Quand j'ai appris que j'étais enceinte, je me suis dit: +Si je perds ce bébé, ce sera une personne de plus à pleurer. Mais s'il vit, c'est le destin, je l'élèverai+."

- "Instinct maternel" -

Fayha*, elle, a été violée par un civil pendant qu'un de ses amis, un soldat alors en repos mais armé, montait la garde.

"J'étais terrorisée à l'idée qu'il me tire dessus", se remémore-telle, les larmes aux yeux, berçant son bébé de cinq mois dans la chaleur accablante de Khartoum.

Selon l'ONU, les violences sexuelles commises par l'armée sont largement sous-déclarées par peur des représailles. Les observateurs estiment néanmoins qu'elles ne sont pas comparables avec la stratégie systématique de viols mise en oeuvre par les paramilitaires.

"Les FSR violent pour soumettre la société, déplacer et dominer ; les soldats de l'armée violent parce qu’ils savent qu’ils resteront impunis", explique à l'AFP une militante sous couvert d’anonymat.

Fayha n'a réalisé qu'elle était enceinte qu'après son premier trimestre de grossesse. A 30 ans, elle découvre la maternité dans ces conditions où elle doit "être à la fois mère et père".

"Parfois je m'énerve, c'est l'heure de le nourrir et j'en ai assez de lui". Mais "récemment, j'ai commencé à ressentir un peu plus d'instinct maternel", confie-t-elle.

Pour certaines qui ont accouché malgré elles, il est difficile de "manifester de l'amour ou de l'attention vis-à-vis d'un enfant qu'elles sont ensuite forcées d'élever alors qu'il leur rappelle constamment ce qu'elles ont vécu", témoigne Gloria Endreo de MSF.

Fayha, comme Nesma et tant d'autres ont dû en plus se battre pour obtenir l'acte de naissance, sans lequel ces petits ne pourront bénéficier de soins, d'aide ou d'éducation.

Normalement "cela ne devrait pas poser problème, des procédures existent", assure Souleima Ishaq al-Khalifa, qui a milité pour la cause des femmes avant d'entrer au gouvernement.

Dans les faits, les normes sociales conservatrices et l'effondrement de l'administration du pays compliquent les choses.

"Quel va être le statut légal de ces enfants ?" s'inquiète Denise Brown, qui voit là un "problème sur le long terme". "Comment seront-ils pris en charge au sein des familles ? Quelles conséquences cela aura-t-il sur les communautés ?"

- Un "bébé FSR" -

Dans l’État d'al-Jazirah, au sud-est de Khartoum, les traumatismes sont particulièrement à vif.

Lors des raids des paramilitaires, des jeunes filles à la peau plus claire, issues de groupes ethniques différents de ceux des combattants des FSR, ont été "explicitement ciblées et traitées comme des butins de guerre", selon l'organisation de défense des droits des femmes Siha.

De nombreuses familles ont quitté définitivement leur village pour échapper au traumatisme des viols collectifs, des mariages forcés, de l’esclavage sexuel infligés par les FSR.

Quand l'armée a repris le centre du Soudan en 2025, le gouvernement a assoupli les règles sur l'avortement dans une tentative d'atténuer l'impact sur la société des violences sexuelles commises par les FSR.

"Il y a eu une certaine tolérance en matière d'avortement mais beaucoup l'ignoraient et il fallait obtenir une autorisation. Et à cause de la honte sociale, beaucoup ne se sont pas signalées", relève la rapporteuse spéciale de l'ONU, Reem Alsalem.

Une bénévole a confié à l'AFP avoir aidé 26 femmes et jeunes filles à avorter. La plupart "avaient pris avant des médicaments extrêmement dangereux".

A Tawila, Gloria Endreo de MSF évoque ces femmes recueillies qui "saignaient après avoir tenté des avortements clandestins".

La ministre aux Affaires sociales se souvient aussi de cette adolescente de 16 ans, obligée d'aller au bout de sa grossesse : à peine avait-elle accouché que la grand-mère "a pris l'enfant dans ses bras, nous l'a tendu et a dit: +Nous ne ramènerons pas ce bébé des FSR à la maison+".

"Elle voulait que tout cela soit effacé, comme si rien ne s'était jamais passé", poursuit Mme Khalifa. Le bébé a été confié à une famille d'accueil.

- "Il mérite une belle vie" -

D'autres victimes ont été mariées de force à des paramilitaires et emmenées avec eux au Darfour lorsqu'ils s'y sont repliés. Leur famille n'ont pas pu payer la rançon pour les libérer.

A Nyala, capitale du Darfour du Sud, "il y a des dizaines de filles et de femmes dont les enfants ont maintenant un ou deux ans et elles sont piégées", selon la ministre.

Et puis il y a celles qui ont profité des déplacements massifs de population - 11 millions de déplacés selon l'ONU dans cette guerre - pour élever leur enfant sans que personne ne connaisse les conditions de sa conception.

"Beaucoup n'avaient plus les mêmes voisins, elles ont pu accoucher sans que cela se sache et faire passer le bébé pour un frère ou une soeur ou pour un enfant victime de la guerre qu'elles auraient recueilli", raconte la ministre.

Le gouvernement tente de placer le plus grand nombre possible d'enfants abandonnés mais beaucoup sont adoptés de manière informelle, en particulier dans l’est du Soudan où l’accueil de petits dans le besoin est une pratique établie. Mme Alsalem s'inquiète d'ailleurs du "peu de suivi et de contrôle".

Depuis qu'elle a accouché, même en pleine dépression, Nesma n'a jamais envisagé se séparer de Yasser.

Aujourd'hui, son fils a treize mois. Elle a deux objectifs: s'occuper de lui le mieux possible et décrocher un emploi bien payé grâce à son diplôme universitaire.

"Il mérite une belle vie", murmure-t-elle, tenant ses menottes pour l'accompagner dans ses premiers pas.

* prénoms modifiés à la demande des victimes

F.Vit--TPP