The Prague Post - Afghanistan: dans les écoles clandestines, les filles défient les talibans

EUR -
AED 4.236804
AFN 75.565453
ALL 93.388548
AMD 421.288328
AOA 1057.902509
ARS 1726.373447
AUD 1.636403
AWG 2.07658
AZN 1.929993
BAM 1.956675
BBD 2.320017
BDT 142.593744
BHD 0.43439
BIF 3442.338825
BMD 1.153656
BND 1.478061
BOB 13.990254
BRL 5.916414
BSD 1.151905
BTN 109.932143
BWP 15.663866
BYN 3.394988
BYR 22611.652061
BZD 2.316716
CAD 1.623626
CDF 2607.261754
CHF 0.932382
CLF 0.02674
CLP 1055.860049
CNY 7.791271
CNH 7.784009
COP 3702.715708
CRC 522.328969
CUC 1.153656
CUP 30.571877
CVE 110.314314
CZK 24.170009
DJF 205.119917
DKK 7.474605
DOP 67.179449
DZD 153.319736
EGP 58.008
ERN 17.304836
ETB 184.729097
FJD 2.552406
FKP 0.857424
GBP 0.857241
GEL 3.011194
GGP 0.857424
GHS 13.495033
GIP 0.857424
GMD 85.370902
GNF 10116.522377
GTQ 8.785928
GYD 241.157804
HKD 9.048485
HNL 30.975855
HRK 7.534758
HTG 150.607326
HUF 360.533526
IDR 20676.971423
ILS 3.459816
IMP 0.857424
INR 109.726384
IQD 1511.865818
IRR 1586420.818241
ISK 141.795588
JEP 0.857424
JMD 182.129839
JOD 0.817945
JPY 181.879019
KES 149.259773
KGS 100.886901
KHR 4663.023877
KMF 493.764206
KRW 1642.817678
KWD 0.356803
KYD 0.959929
KZT 542.652581
LAK 26053.646732
LBP 103152.017797
LKR 386.75289
LRD 207.922948
LSL 18.671935
LTL 3.406445
LVL 0.697835
LYD 7.343
MAD 10.732898
MDL 20.164014
MGA 4972.256159
MKD 61.552516
MMK 2421.872149
MNT 4151.081368
MOP 9.306381
MRU 46.250363
MUR 53.610003
MVR 17.835912
MWK 1997.375571
MXN 19.891736
MYR 4.719588
MZN 73.71562
NAD 18.989689
NGN 1572.386296
NIO 42.388949
NOK 10.997915
NPR 175.890103
NZD 1.964289
OMR 0.443578
PAB 1.151915
PEN 3.904552
PGK 5.102042
PHP 69.977874
PKR 320.543311
PLN 4.295078
PYG 6868.010666
QAR 4.199077
RON 5.251558
RSD 117.361461
RUB 93.01268
RWF 1692.412937
SAR 4.329127
SBD 9.311791
SCR 16.981454
SDG 692.768632
SEK 10.970285
SGD 1.478237
SLE 27.572429
SOS 658.288568
SRD 43.713191
STD 23878.344129
STN 24.510745
SVC 10.079506
SZL 18.971825
THB 38.255804
TJS 10.632053
TMT 4.049332
TND 3.383913
TRY 54.884455
TTD 7.820496
TWD 37.245796
TZS 3054.301208
UAH 51.506879
UGX 4313.928451
USD 1.153656
UYU 46.410948
UZS 13780.417548
VES 870.100121
VND 30303.651557
VUV 137.935702
WST 3.15727
XAF 656.244672
XAG 0.018789
XAU 0.000277
XCD 3.117812
XCG 2.076055
XDR 0.816158
XOF 656.244672
XPF 119.331742
YER 274.973512
ZAR 18.864197
ZMK 10384.289787
ZMW 21.799556
ZWL 371.47667
  • AEX

    10.2500

    1112.49

    +0.93%

  • BEL20

    39.6700

    5707.14

    +0.7%

  • PX1

    52.5500

    8666.63

    +0.61%

  • ISEQ

    82.3000

    13799.05

    +0.6%

  • OSEBX

    -4.0500

    2019.01

    -0.2%

  • PSI20

    -2.7500

    9169.02

    -0.03%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    33.0300

    4214.68

    +0.79%

  • N150

    12.8800

    4304.64

    +0.3%

Afghanistan: dans les écoles clandestines, les filles défient les talibans
Afghanistan: dans les écoles clandestines, les filles défient les talibans / Photo: Daniel LEAL - AFP

Afghanistan: dans les écoles clandestines, les filles défient les talibans

Nafeesa a trouvé l'endroit idéal pour cacher ses manuels scolaires: dans la cuisine, où les hommes s'aventurent rarement, et à l'abri du regard désapprobateur de son frère taliban.

Taille du texte:

"Les garçons n'ont rien à faire dans la cuisine, alors j'y range mes livres", explique Nafeesa, 20 ans, qui fréquente une école clandestine dans un village rural de l'est de l'Afghanistan.

"Si mon frère l'apprenait, il me battrait", lance-t-elle.

Des centaines de milliers de filles et de jeunes femmes afghanes comme Nafeesa sont privées de toute possibilité de suivre une scolarité depuis le retour au pouvoir des talibans à Kaboul il y a un an.

Les fondamentalistes islamistes ont imposé de sévères restrictions aux filles et aux femmes afin de les soumettre à leur conception intégriste de l'islam.

Elles doivent se couvrir entièrement en public, y compris le visage, idéalement avec la burqa, un voile intégral avec une grille en tissu au niveau des yeux, largement porté dans les régions les plus isolées et conservatrices du pays.

Avant même le retour au pouvoir des talibans, l'immense majorité des Afghanes étaient déjà voilées, ne serait-ce qu'avec un foulard lâche.

Pour les talibans, en règle générale, les femmes ne doivent quitter leur domicile qu'en cas d'absolue nécessité.

Mais la privation sans doute la plus brutale a été la fermeture en mars des écoles secondaires pour filles dans de nombreuses régions, juste après leur réouverture pourtant annoncée de longue date.

En dépit des risques et parce que la soif d'apprendre reste intacte, des écoles clandestines ont rapidement vu le jour à travers tout le pays, souvent dans les pièces de maisons privées ordinaires.

Des journalistes de l'AFP ont pu se rendre dans trois d'entre elles, à la rencontre des élèves et des enseignantes, dont les prénoms ont été modifiés pour préserver leur sécurité.

Voici leur histoire.

- "Nous voulons la liberté " -

A 20 ans, Nafeesa étudie encore les matières du secondaire, mais le système éducatif afghan a été bouleversé par des décennies de guerres dans le pays.

Seules sa mère et sa sœur aînée savent qu'elle suit des cours. Pas son frère, qui a combattu dans les montagnes pendant des années avec les talibans contre l'ancien gouvernement et les forces étrangères, et n'est rentré chez lui qu'après la victoire des islamistes en août dernier.

Le matin, il lui permet de fréquenter une madrassa pour étudier le coran, mais l'après-midi, à son insu, elle se faufile dans une salle de classe clandestine organisée par l'Association révolutionnaire des femmes d'Afghanistan (RAWA).

"Nous avons accepté ce risque, sinon nous resterions sans éducation", explique Nafeesa.

"Je veux être médecin (...) Nous voulons faire quelque chose pour nous-mêmes, nous voulons avoir la liberté, être utile à la société et construire notre avenir", clame la jeune femme.

Lorsque l'AFP s'est rendue à son cours, Nafeesa et neuf autres filles discutaient de la liberté d'expression avec leur enseignante, assises côte à côte sur un tapis et lisant à tour de rôle un manuel à haute voix.

Pour se rendre en classe, elles quittent souvent leur maison des heures plus tôt, empruntant des itinéraires différents pour éviter d'être remarquées, dans une région où les pachtounes sont l'ethnie majoritaire - comme au sein des talibans -, de tradition patriarcale conservatrice.

Si un combattant taliban leur demande où elles vont, les filles répondent qu'elles sont inscrites dans un atelier de couture, et elles cachent leurs manuels scolaires dans des sacs à provisions ou sous leurs abayas (ample robe noire).

Non seulement elles prennent des risques, mais elles font aussi parfois des sacrifices, comme la sœur de Nafeesa, qui a abandonné l'école pour déjouer les soupçons que son frère pourrait avoir.

- Pas justifié par l'islam -

Selon les érudits religieux, rien dans l'islam ne justifie l'interdiction de l'enseignement secondaire pour les filles.

Un an après leur arrivée au pouvoir, les talibans insistent toujours sur le fait que les cours seront autorisés à reprendre, sans toutefois donner de calendrier.

La question a divisé le mouvement. Selon plusieurs sources interrogées par l'AFP, une faction radicale qui conseille le chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada, s'oppose à toute scolarisation des filles, ou au mieux, souhaite qu'elle soit limitée aux études religieuses et aux cours pratiques tels que la cuisine et la couture.

L'explication officielle de l'arrêt du secondaire, avancée depuis le début, est qu'il s'agit d'une simple question "technique", et que les filles reprendront le chemin des collèges et lycées dès qu'un programme établi sur les règles islamiques sera défini.

Aujourd'hui, les filles vont toujours à l'école primaire et, jusqu'ici, les étudiantes peuvent fréquenter l'université, même si les cours y sont non mixtes.

Mais sans diplôme d'études secondaires, les adolescentes ne pourront pas passer les examens d'entrée à l'université.

Les promotions actuelles d'étudiantes du supérieur pourraient être les dernières du pays dans un avenir proche.

- "Génération sacrifiée" -

Pour le chercheur Abdul Bari Madani, "l'éducation est un droit inaliénable dans l'islam, pour les hommes comme pour les femmes", dit-il à l'AFP.

"Si cette interdiction continue, l'Afghanistan retournera à l'époque médiévale (...) Une génération entière de filles sera sacrifiée", s'inquiète-t-il.

C'est cette peur de perdre une génération qui a poussé l'enseignante Tamkin à transformer sa maison de Kaboul en école.

La quadragénaire a failli elle-même être sacrifiée, quand elle a été forcée d'arrêter ses études lorsque les talibans ont exercé pour la première fois le pouvoir, de 1996 à 2001, et qu'ils avaient alors interdit la scolarisation de toutes les filles.

Il a fallu des années à Tamkin pour se former elle-même, en autodidacte, et devenir enseignante avant d'être privée de son travail au ministère de l'Éducation, quand les talibans sont revenus au pouvoir en août dernier et ont renvoyé à leur domicile les femmes exerçant un emploi public, à quelques exceptions près.

"Je ne voulais pas que ces filles soient comme moi", explique Tamkin à l'AFP, les larmes aux yeux. "Elles doivent avoir un meilleur avenir", plaide-t-elle.

Avec le soutien de son mari, elle a d'abord transformé un débarras en salle de classe.

Puis elle a vendu une vache familiale pour pouvoir acheter des livres scolaires, car la plupart de ses élèves viennent de familles pauvres et n'ont pas les moyens de s'en payer.

Aujourd'hui, elle enseigne l'anglais et les sciences à environ 25 élèves enthousiastes.

Récemment, un jour de pluie à Kaboul, les filles sont arrivées dans sa classe pour un cours de biologie.

"Je veux juste apprendre. Peu importe à quoi ressemble le lieu d'étude", déclare Narwan, assise avec des camarades de tous âges, et qui devrait théoriquement être dans un lycée en terminale.

Derrière elle, une affiche accrochée au mur incite les élèves à être bienveillantes : "La langue n'a pas d'os, mais elle est si forte qu'elle peut briser le cœur, alors faites attention à vos paroles".

C'est la bienveillance de ses voisins qui a permis à Tamkin de pouvoir dissimuler le véritable objet de l'école.

"Les talibans ont demandé à plusieurs reprises +Qu'y a-t-il ici ?+ J'ai dit aux voisins de dire que c'était une madrassa", une école religieuse, explique la professeure.

Maliha, élève de 17 ans, croit fermement à l'idée qu'un jour les talibans ne seront plus au pouvoir. "Alors, nous ferons bon usage de nos connaissances", espère-t-elle.

- "Pas peur des talibans" -

À la périphérie de Kaboul, dans un labyrinthe de maisons en terre, Laila dirige une autre classe clandestine.

En voyant le visage de sa fille après l'annulation brutale en mars de la réouverture annoncée des écoles secondaires, elle a su qu'elle devait faire quelque chose.

"Si ma fille pleurait, alors les filles des autres parents devaient aussi pleurer", se souvient l'enseignante de 38 ans.

Une dizaine de filles se retrouvent deux jours par semaine chez Laila, qui possède une cour et un jardin où elle cultive des légumes.

Dans la salle de classe, une large fenêtre donne sur le jardin. Ses élèves, dont les livres et cahiers sont placés dans des pochettes en plastique bleu, sont assises sur un tapis, enjouées et studieuses.

Au début du cours, c'est la correction des devoirs faits à la maison.

"Nous n'avons pas peur des talibans", assure Kawsar, 18 ans. "S'ils disent quoi que ce soit, nous nous battrons mais nous continuerons à étudier", poursuit la jeune fille.

Les études ne sont pas le seul objectif de certaines filles et femmes afghanes, souvent mariées dans des relations abusives ou restrictives, et qui souhaitent gagner un peu de liberté.

Zahra, qui fréquente l'école clandestine du village rural dans l'est de l'Afghanistan, s'est mariée à 14 ans et vit maintenant avec des beaux-parents qui s'opposent à l'idée qu'elle suive des cours.

Elle prend des somnifères pour lutter contre son anxiété et craint de voir la famille de son mari l'obliger à rester à la maison.

"Je leur dis que je vais au bazar local, et je viens ici", à l'école, explique Zahra, pour qui c'est aussi la seule façon de se faire des amies.

H.Dolezal--TPP