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Pressé de démissionner de la présidence de l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris, l'ancien ministre Jack Lang a jugé "infondées" samedi les accusations le visant au sujet de ses liens supposés avec le financier américain et criminel sexuel Jeffrey Epstein, à la veille d'une convocation par le gouvernement français.
Jack Lang, 86 ans, a jugé samedi que "les accusations portées à (son) encontre sont infondées". Dans un communiqué transmis à l'AFP, il a également indiqué accueillir "avec sérénité et même soulagement" l'enquête ouverte vendredi par le parquet national financier (PNF), institution chargée de lutter contre la fraude fiscale.
Les autorités n'ont exclu aucune option à propos du mandat à la tête du prestigieux institut culturel français de cette ex-figure du parti socialiste, célèbre pour avoir lancé à travers le monde le concept de la Fête de la musique.
"Il est convoqué par le ministère" des Affaires étrangères, principal financeur de l'IMA, "et sera reçu dimanche", a déclaré vendredi le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot à l'AFP depuis Erbil, au Kurdistan irakien, où il est en déplacement.
- "Sonné et épuisé" -
Selon ses proches, il s'est rendu cette semaine à Marrakech, "sonné et épuisé".
Depuis Beyrouth où il poursuivait son voyage, M. Barrot a dit que sa "priorité, c'est évidemment de garantir le bon fonctionnement et la continuité et l'intégrité de l'Institut du monde arabe", soulignant que "les premiers éléments qui ressortent de ces dossiers sont inédits et d'une extrême gravité" et "exigent un travail d'enquête rigoureux et approfondi".
"Je me réserve, s'agissant de la poursuite de son mandat, toutes les options", a-t-il ajouté, alors que la subvention annuelle du ministère, 12,3 millions d'euros, représente la moitié du budget de l'IMA.
Les appels à sa démission se sont multipliés depuis que les liens entre Jack Lang et Jeffrey Epstein ont été mis au jour avec la publication de millions de documents le 30 janvier par la justice américaine.
L'avocat de M. Lang, Laurent Merlet, a estimé "normal que la tutelle demande des explications à une personne mise en cause et ne se contente pas de ce qu'elle peut lire sur les réseaux sociaux et dans les médias".
Il a réfuté auprès de l'AFP l'idée que les documents Epstein prouvent "d'intenses liens d'amitié" entre le criminel sexuel américain et son client.
Mercredi, Jack Lang avait exclu de démissionner, invoquant sa "naïveté" face aux révélations sur ses liens passés avec Epstein, mort en prison en 2019.
Après avoir déclaré lundi "assumer pleinement (ses) liens" passés avec le financier américain, Jack Lang a assuré mercredi qu'il ignorait tout du passé criminel de cet homme quand il l'a rencontré il y a "une quinzaine d'années" par l'entremise du réalisateur Woody Allen.
Aucune charge ne pèse contre Jack Lang, mais la mention de son nom à 673 reprises et ses liens d'intérêt avec le financier américain l'ont éclaboussé, ainsi que sa fille Caroline.
Cette dernière a démissionné lundi de la tête d'un syndicat de producteurs de cinéma après des révélations sur une société "offshore" qu'elle a fondée en 2016 avec l'homme d'affaires américain.
- "Cercle intime" -
"C'était un ami, ce n'était pas un intime. Il n'était pas du tout dans mon cercle proche d'amis", a-t-elle assuré jeudi soir sur BFMTV. "Comment on pouvait imaginer des horreurs pareilles?", "je ne pouvais pas savoir. Et mon père non plus", a-t-elle ajouté.
Vendredi soir, le PNF a indiqué à l'AFP avoir ouvert une enquête préliminaire pour "blanchiment de fraude fiscale aggravée", concernant "les faits révélés par (le site d'investigation) Mediapart relatifs à Caroline et Jack Lang" et leurs liens financiers supposés avec Epstein.
Parmi les documents publiés par les autorités américaines consultés par l'AFP figurent différents échanges éclairant la relation entre les deux hommes. Jack Lang "a personnellement insisté pour que tu viennes à son anniversaire", écrit en 2017 à Jeffrey Epstein l'homme d'affaires Etienne Binant, mécène de l'IMA. "C'est pour le cercle intime uniquement, il ne fait pas ce genre d'invitations à la légère."
"Cher Jeffrey, (...) votre générosité est infinie" aurait écrit lui-même Jack Lang en 2017. "Puis-je encore abuser ?" demande-t-il avant de solliciter le milliardaire pour qu'il le transporte en voiture à une fête organisée par l'Aga Khan hors de Paris.
L'IMA est une fondation de droit privé, créée en 1980 et que Jack Lang dirige depuis 2013.
L'ex-ministre a été proposé à ce poste par les autorités françaises, mais c'est le conseil d'administration de l'IMA, composé à parité d'ambassadeurs de pays arabes et de personnalités choisies par le ministère des Affaires étrangères, qui l'a formellement désigné et reconduit à sa tête.
U.Ptacek--TPP