The Prague Post - Côte d'Ivoire: entre précarité et (auto)censure, une fragile liberté de la presse

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Côte d'Ivoire: entre précarité et (auto)censure, une fragile liberté de la presse
Côte d'Ivoire: entre précarité et (auto)censure, une fragile liberté de la presse / Photo: Sia KAMBOU - AFP

Côte d'Ivoire: entre précarité et (auto)censure, une fragile liberté de la presse

Manque de moyens, autocensure, soupçons d'ingérence gouvernementale: en Côte d'Ivoire, la liberté de la presse, plus affirmée que dans le reste de la région, demeure fragile, à l'image d'une crise qui a secoué ces dernières mois le syndicat national de la profession.

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Par rapport à la plupart de ses voisins d'Afrique de l'Ouest, la Côte d'Ivoire figure plutôt haut au classement mondial de la liberté de la presse de l'ONG Reporters sans frontières (RSF), à la 54e place (sur 180).

Mais dans ce pays aux quelques centaines de journalistes pour 32,5 millions d'habitants, la profession dénonce timidement la répression et la précarité qui l'entravent.

En mars, la Fédération internationale des journalistes avait dénoncé l'"ingérence flagrante" des autorités au sein de l'Union nationale des journalistes de Côte d'Ivoire (UNJCI), le principal syndicat de la profession. En cause, selon eux, la tentative du gouvernement d'imposer une candidate à la tête du syndicat. Elle a finalement été élue dimanche.

"En Côte d'Ivoire, nous journalistes, on s'amuse à dire que la liberté d'expression existe, c'est la liberté après l'expression qui n'existe pas", explique à l'AFP César Etou, 36 ans de métier, en riant amèrement.

Le directeur de la Voie Originale, un journal d'opposition proche de l'ex-président Laurent Gbagbo (2000-2011), dit avoir dénombré plus de 50 sanctions contre son média - avertissements, amendes, suspensions de parution ou convocations.

Et même si la Côte d'Ivoire ne punit pas d'emprisonnement les délits de presse, selon lui, les autorités peuvent "prendre des journalistes pour les interroger pendant des heures et des heures".

RSF a récemment dénoncé un cas "inédit" : celui du journaliste béninois Hugues Comlan Sossoukpè, poursuivi dans son pays, arrêté à Abidjan en juillet dernier puis extradé vers le Bénin, malgré son statut de réfugié politique au Togo.

La Côte d'Ivoire, qui se justifie par une coopération judiciaire avec le Bénin, fait d'ailleurs l'objet d'une plainte déposée par RSF pour son rôle dans l'affaire.

L'ONG pointe également un manque général de sécurité, notamment pour les journalistes d'investigation ivoiriens, peu nombreux, "souvent visés par des tentatives de corruption ou d'intimidation, telles que la menace de divulgation des données personnelles, ainsi que des arrestations".

D'autres disent s'autocensurer.

"On ne tue pas de journalistes en Côte d'Ivoire, on ne les emprisonne pas. Qu'ils soient entendus dans le cadre de procédures, entendus de façon libre, c'est normal", avait assuré début mai le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement ivoirien, Amadou Coulibaly, qui s'est par ailleurs défendu de toute ingérence dans l'affaire de l'UNJCI.

- "Pas de salaire" -

Dans un pays où la presse papier est très politisée et en déclin, le journaliste Noël Yao, fondateur et premier président de l'UNJCI, dénonce une grande précarité: "Il y a des journalistes qui à la fin du mois ne perçoivent pas de salaire".

Il pointe la pratique courante des "per diem", des sommes données à des confrères par des organisateurs d'évènements contre une couverture médiatique.

Selon lui, la convention collective des journalistes, qui impose une grille de salaires d'au moins 273.000 francs CFA pour un rédacteur (environ 416 euros) à 570.000 francs pour un directeur de rédaction (869 euros), est rarement appliquée.

Dans une rédaction modeste d'Abidjan, le patron de presse Charles Tra-Bi, dont les titres sont spécialisés dans l'agriculture, déplore également les problèmes financiers qui minent le secteur.

"Il y a des journaux papiers, je suis obligé de le dire, qui copient uniquement ce qu'ils voient" sur les réseaux sociaux, déplore-t-il.

"La presse ivoirienne n'est plus forte" et "ne paye pas", "ça ne responsabilise pas", dit-il.

Seuls quelques médias en ligne et audiovisuels privés tirent leur épingle du jeu, mais doivent souvent compter sur le soutien de mécènes.

Parmi une population très jeune - 75% a moins de 35 ans - et dans un pays où le secteur informel reste roi, certains sont malgré tout attirés par le métier, comme Fatoumata Kaloga, 26 ans, journaliste à 7info, l'une des chaînes de télévision privées créées depuis la fin du monopole de la Radiodiffusion télévision ivoirienne (RTI) en 2019.

Malgré quelques désillusions - "On n'est pas vraiment libre" pour "dénoncer, alerter et dire ce qui ne va pas dans une société", estime-t-elle -, Mme Kaloga veut continuer à couvrir son pays plein de "potentialités", en ayant accès à "beaucoup plus de technologies et à l'intelligence artificielle".

Z.Marek--TPP