AEX
23.1600
Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a averti vendredi que son pays ne "reculerait pas" face à une vague de contestation qui prend de l'ampleur et pose un sérieux défi à la République islamique en place depuis 1979.
"Mort au dictateur": dans les rues de Téhéran et d'autres grandes villes, des Iraniens réclament désormais ouvertement la fin de cette théocratie chiite, après quasiment deux semaines d'un mouvement initialement lié au coût de la vie.
Devant ses partisans scandant en écho "mort à l'Amérique", Ali Khamenei a adopté un ton offensif, dans un discours diffusé par la télévision d'Etat.
"La République islamique ne reculera pas face aux saboteurs", a-t-il lancé.
"Hier soir, à Téhéran, une bande de vandales est venue détruire un bâtiment (...) pour faire plaisir au président américain", a dénoncé le guide suprême.
Mais "l'arrogant" Donald Trump sera "renversé", à l'image de la dynastie qui a gouverné l'Iran jusqu'à la Révolution islamique de 1979, a-t-il averti.
Il l'a accusé d'avoir les mains "tachées du sang de plus d'un millier d'Iraniens", dans une référence apparente à la guerre de 12 jours déclenchée en juin par Israël et à laquelle les Etats-Unis s'étaient associés.
La veille, M. Trump avait de nouveau menacé de "frapper très fort" l'Iran si les autorités réagissaient en tuant des manifestants. "Nous sommes prêts à le faire", a-t-il insisté, saluant "l'enthousiasme incroyable (du peuple) pour renverser ce régime".
- Appel à la "retenue" -
Le discours d'Ali Khamenei intervient au lendemain d'importantes manifestations à Téhéran.
Des images vérifiées par l'AFP montrent des foules de personnes à pied défiant le pouvoir ou d'automobilistes klaxonnant en soutien au mouvement.
D'autres vidéos montrent des rassemblements ailleurs dans le pays, notamment à Tabriz (nord), dans la ville sainte de Mashhad (est) ainsi que dans l'ouest du pays à majorité kurde, notamment autour de la grande ville de Kermanshah.
Sur plusieurs images que l'AFP n'a pas été en mesure d'authentifier à ce stade, on voit des manifestants mettre le feu à l'entrée de l'antenne régionale de la télévision d'Etat dans la ville d'Ispahan (centre).
Des flammes étaient également visibles dans le bâtiment du gouvernorat à Shazand, dans le centre de l'Iran, après que des manifestants se sont rassemblés à l'extérieur, selon d'autres vidéos.
Le fils de l'ancien chah et figure de l'opposition en exil, Reza Pahlavi, a exhorté vendredi à une nouvelle démonstration de force dans les rues afin d'amplifier la mobilisation et "affaiblir davantage le pouvoir répressif du régime".
Ces manifestations sont les plus importantes en Iran depuis celles survenues après la mort en 2022 de Mahsa Amini, arrêtée pour un voile prétendument mal ajusté.
Elles éclatent au moment où le pays est affaibli après la guerre avec Israël et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, tandis que l'ONU a rétabli en septembre des sanctions liées au programme nucléaire iranien.
Des organisations de défense des droits humains ont accusé les autorités d'avoir ouvert le feu sur des protestataires, faisant des dizaines de morts depuis le début le 28 décembre de la contestation.
La France, disant comprendre "les aspirations légitimes du peuple iranien", a appellé vendredi les autorités iraniennes "à la plus grande retenue" dans leur réponse aux manifestations, selon une source diplomatique.
La veille, Berlin avait dénoncé un "usage excessif de la force" de la part du pouvoir iranien "contre des manifestants pacifiques", et exhorté les autorités de Téhéran à "respecter leurs obligations internationales" en la matière.
J.Marek--TPP