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L'un de deux candidats à la reprise du fabricant emblématique de produits en verre Arc s'est retiré, laissant sauf surprise un seul repreneur potentiel, Timothée Durand, dont l'offre prévoit 300 licenciements.
L'ancien président de l'entreprise Patrick Puy, qui avait présenté un plan de relance sans suppression de poste et demandé un report des échéances pour le finaliser, a indiqué avoir "choisi en responsabilité de ne pas retarder le processus", et de retirer son offre de reprise.
"J'avais besoin d'au moins un mois supplémentaire pour faire les choses sérieusement" a ajouté M. Puy dans un message transmis à l'AFP mardi soir.
Il a donc décidé de renoncer "au regard de la situation financière de l'entreprise qui nécessite une reprise en main rapide et compte tenu de l'existence d'une autre offre de reprise, travaillée depuis novembre 2025 préalablement à l'ouverture du redressement judiciaire", a-t-il souligné.
Arc France a été placé le 7 janvier en redressement judiciaire en raison d'une "dégradation sévère et continue" de son environnement de marché, entre concurrence étrangère, chinoise notamment, et crise dans le secteur des arts de la table.
Le jour-même, un projet de reprise a été annoncé, porté par Timothée Durand, petit-fils d'un dirigeant emblématique d'Arc où il a passé la majeure partie de sa carrière jusqu'en 2024. L'entreprise a aussitôt qualifié l'offre de "sérieuse" et "réaliste".
Elle porte sur l'ensemble du groupe bicentenaire, qui emploie 5.700 salariés dans le monde, dont encore 3.500 à Arques (Pas-de-Calais), où sont basés sa principale usine et son siège social. Le groupe compte aussi trois usines à l'étranger, aux Etats-Unis, en Chine et aux Émirats arabes unis.
M. Durand s'est associé avec Matthieu Leclercq, ancien patron de Decathlon, pour financer un projet chiffré à 50 millions d'euros.
L'offre, qui prévoit le maintien de 2.700 emplois sur le site d'Arques, inclut 300 licenciements et table sur 400 départs anticipés à la retraite et 100 autres départs volontaires.
- "même équipe" -
Aucun autre repreneur ne s'est fait connaître selon les syndicats, alors que le délai légal pour déposer une offre expire mardi à minuit. La décision finale du tribunal de commerce est attendue le 10 mars.
Contacté, le ministère de l'Economie n'a pas souhaité commenter.
M. Puy, président d'Arc de 2013 à 2015, avait promis "zéro licenciement", avec une stratégie axée sur la "relocalisation" des activités du groupe en France, sans détailler la provenance des fonds qu'il annonçait investir sur le site (60 à 70 millions d'euros).
Pour le délégué syndical Sud, Bastien Vasseur, "c'est la meilleure offre socialement qui part". Déplorant un délai trop court laissé à M. Puy pour peaufiner son offre, il a exprimé des doutes sur la capacité "à produire autant avec des centaines de personnes en moins".
"C'est dommage, j'aurais aimé qu'il y ait plusieurs offres, avec des solutions nouvelles" a renchéri Frédéric Specque, délégué syndical CGT, craignant que désormais "avec Timothée Durand, +c'est moi ou rien+".
Déplorant que l'offre de M. Durand présente "un certain manque d'ambition pour le repositionnement sur le marché" des arts de la table, le syndicaliste a dit vouloir continuer les discussions avec lui pour "améliorer son offre".
Patrice Bollengier, syndicaliste CFE-CGC, s'est aussi dit "dubitatif": "on est en redressement parce que ça ne marche pas (…) mais là on repartirait avec la même équipe".
Fondé en 1825, l'entreprise produit notamment des verres et ustensiles (marques Arcoroc, Luminarc, Cristal d'Arques Paris et Chef&Sommelier), mais aussi des produits d'entrée de gamme pour le géant suédois de l'ameublement Ikea.
Signe de difficultés récurrentes, ses effectifs ont été presque divisés par trois depuis les années 2000. Le groupe a bénéficié par le passé de multiples plans de refinancement soutenus par l'État et les collectivités locales, le dernier il y a un an à peine, avec un nouveau prêt de l'Etat de 30 millions d'euros.
D.Dvorak--TPP