AEX
-0.7600
Tout à leur déception, à leur gratitude nostalgique pour un Messi en bout de course, les supporters argentins sont indifférents, voire défiants, face aux critiques sur leur Seleccion et son attitude, parlant de "fierté" quand ils entendent "arrogance".
Dans la presse internationale, sur les réseaux sociaux, un flot de commentaires hostiles a accompagné l'Abiceleste, et sa défaite face à l'Espagne. Fustigeant tantôt son jeu "négatif", "minimaliste", "destructeur", ou son attitude "cynique", "provocatrice", voire violente.
"Football 1, Délinquants 0" a titré The Daily Telegraph de Londres, quand le New York Times estimait que "l'Argentine s’est déshonorée, ainsi que la finale, par sa pétulance sans grâce". Elle "a payé le prix de vouloir transformer un match de football en bagarre de rue", assène The Sun anglais.
Vous avez dit accrocheurs, teigneux, rugueux ? Autant de vertus de leur Seleccion aux yeux des Argentins, fiers et émus par sa résilience et ses "remontadas" contre l'Egypte (de 0-2 à 3-2), la Suisse (3-1) ou plus encore l'Angleterre honnie (de 0-1 à 2-1).
Lundi soir, au domaine de la Fédération (AFA) à Ezeiza, parmi les milliers de hinchas attendant sous la pluie de fêter la sélection à son retour, l'hostilité étrangère envers l'équipe argentine était perçue, mais vécue sans mal.
"On nous critique parce que nous, on sait ce que c'est de souffrir, se relever, tomber encore, continuer la vie ainsi, parce que oui, être Argentin c’est du sang, c’est du cœur, de l'amour", y lançait à l'AFP Marga Ledezma, femme au foyer de 36 ans.
- Jamais de cadeaux -
"L'Argentin est un combattant. Personne ne nous fait cadeau de rien, jamais. Et les critiques, c'est parce qu'ils ne savent pas mouiller le maillot comme ces joueurs l'ont fait".
Dans les médias, les réseaux sociaux, la défense de "l'Argentinité" s'est enflammée ces derniers jours.
"Il y a quelque chose dans l’irrévérence argentine qu’ils ne supportent pas", a écrit sur Instagram un animateur radio connu, Pedro Rosemblat. "Notre rébellion les exaspère, les confronte à leurs propres lâchetés. Ils nous traitent de cancheros (roublards), tricheurs, sales. Et on adore ça".
A une récente chronique dans le New York Times, avant la finale, qui a identifié l'Albiceleste comme le "méchant de ce Mondial", Matías Baldo, journaliste foot argentin, a répliqué: "Les puissants te célèbrent tant que tu acceptes la place qu’ils t'ont assignée (...) Ce n’est pas l’Argentine qui les dérange: c’est le fait qu’elle ne soit plus soumise".
Dans une tribune dans La Nacion, un politologue argentin vivant aux Etats-Unis, Luis Schiumerini, reconnaît que "le casier judiciaire n'est pas vierge", en référence par exemple à des chants racistes de certains joueurs par le passé. "Indéfendables."
"Il y a du racisme dans la société argentine et sa culture football", convient-il. Mais "il y a du racisme dans tous les pays présents à ce Mondial, y compris des pays dont les commentateurs passent depuis un mois l'Argentine au crible".
- Qui est raciste ? -
Et bien souvent, ces accusations "viennent de pays colonisateurs qui n’ont pas encore tout à fait réglé la question du racisme", relève pour l'AFP le sociologue Ivan Schuliaquer. "Accuser l’Argentine de racisme est une reproduction de ce colonialisme, car on ne voit les autres qu’à partir de sa propre vision".
Pour le journaliste sportif et écrivain Ezequiel Fernandez Moores, certaines piques à la posture argentine sont fondées : "Parfois, on se prend pour le centre du monde, convaincus que Dieu et son nombril sont argentins", concède-t-il à l'AFP.
Pour autant, il n'exclut pas que perce "un peu de jalousie" dans les attaques contre la Seleccion.
"L’Argentine est peut-être un pays du Tiers-Monde dans beaucoup de domaines, mais en football, elle est du premier monde. Et comme toute puissance, on veut la voir perdre."
Leo Simone, un avocat de 59 ans fan de l'Albiceleste, a son analyse assez simple: "L’Argentine est une équipe qui +râpe+, comme presque tout le football sud-américain", pose-t-il. Mais "c’est du football: si tu n'aimes pas qu'on te touche, joue au volley".
Et au final, même pas mal. Le milieu Rodrigo de Paul a écrit sur Instagram "se rendre compte de combien de gens espéraient la chute" de l'Argentine. "Nos sourires les dérangent, nos manières les emmerdent". Mais pour lui, cela n'a fait que "renforcer la passion et l’amour pour notre maillot" chez les Argentins.
J.Marek--TPP