The Prague Post - Au Nigeria, la méga-autoroute littorale, la montée des eaux et la destruction des forêts

EUR -
AED 4.177954
AFN 75.084008
ALL 93.74618
AMD 416.570067
AOA 1044.345743
ARS 1703.059731
AUD 1.626803
AWG 2.050581
AZN 1.933309
BAM 1.956129
BBD 2.295496
BDT 140.693665
BHD 0.429478
BIF 3404.517533
BMD 1.137631
BND 1.470267
BOB 12.827158
BRL 5.83639
BSD 1.139697
BTN 109.250376
BWP 15.64777
BYN 3.269436
BYR 22297.574473
BZD 2.292236
CAD 1.606085
CDF 2571.04713
CHF 0.93138
CLF 0.027186
CLP 1069.95392
CNY 7.697327
CNH 7.700092
COP 3647.200605
CRC 518.687244
CUC 1.137631
CUP 30.147231
CVE 110.28355
CZK 24.164422
DJF 202.955029
DKK 7.475057
DOP 66.311154
DZD 151.752026
EGP 57.704874
ERN 17.06447
ETB 182.245418
FJD 2.536633
FKP 0.853949
GBP 0.85555
GEL 2.980793
GGP 0.853949
GHS 13.266231
GIP 0.853949
GMD 84.184422
GNF 9999.989664
GTQ 8.696463
GYD 238.350091
HKD 8.921242
HNL 30.579705
HRK 7.534307
HTG 148.987024
HUF 359.924377
IDR 20566.099557
ILS 3.47638
IMP 0.853949
INR 108.987302
IQD 1490.297069
IRR 1564385.310748
ISK 142.602139
JEP 0.853949
JMD 180.310328
JOD 0.806585
JPY 186.249025
KES 147.369386
KGS 99.4857
KHR 4603.835072
KMF 492.594207
KRW 1666.482353
KWD 0.353121
KYD 0.949751
KZT 541.576333
LAK 25833.118076
LBP 102061.218223
LKR 383.241093
LRD 206.284697
LSL 19.101105
LTL 3.35913
LVL 0.688142
LYD 7.28652
MAD 10.657291
MDL 20.030193
MGA 4903.191427
MKD 61.53535
MMK 2388.501502
MNT 4085.827674
MOP 9.205767
MRU 45.498253
MUR 53.855371
MVR 17.588007
MWK 1974.927998
MXN 19.86368
MYR 4.646656
MZN 72.705759
NAD 19.100494
NGN 1554.971676
NIO 41.802218
NOK 10.999786
NPR 174.800402
NZD 1.971273
OMR 0.437428
PAB 1.139692
PEN 3.872468
PGK 4.999925
PHP 70.125888
PKR 316.10192
PLN 4.323056
PYG 6892.189565
QAR 4.146101
RON 5.23015
RSD 117.401243
RUB 88.735225
RWF 1666.629929
SAR 4.263829
SBD 9.174596
SCR 15.899533
SDG 683.156863
SEK 11.059222
SGD 1.469615
SLE 27.588161
SOS 651.309551
SRD 42.923984
STD 23546.67209
STN 24.914127
SVC 9.97259
SZL 19.095118
THB 38.253421
TJS 10.519569
TMT 3.993086
TND 3.373093
TRY 53.898667
TTD 7.740234
TWD 36.898502
TZS 2999.368513
UAH 51.18646
UGX 4279.719853
USD 1.137631
UYU 45.767698
UZS 13660.677587
VES 843.988203
VND 29957.815172
VUV 135.478618
WST 3.135677
XAF 656.067351
XAG 0.019854
XAU 0.000281
XCD 3.074506
XCG 2.054027
XDR 0.815944
XOF 652.433458
XPF 119.331742
YER 270.927208
ZAR 19.098089
ZMK 10240.045312
ZMW 21.29605
ZWL 366.316831
  • AEX

    -8.9400

    1081.13

    -0.82%

  • BEL20

    -27.5300

    5707.41

    -0.48%

  • PX1

    33.4900

    8406.06

    +0.4%

  • ISEQ

    127.5800

    13699.61

    +0.94%

  • OSEBX

    -16.4600

    1991.12

    -0.82%

  • PSI20

    -93.0700

    9122.03

    -1.01%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -45.0800

    4508.92

    -0.99%

  • N150

    -8.9000

    4227.68

    -0.21%

Au Nigeria, la méga-autoroute littorale, la montée des eaux et la destruction des forêts
Au Nigeria, la méga-autoroute littorale, la montée des eaux et la destruction des forêts / Photo: OLYMPIA DE MAISMONT - AFP

Au Nigeria, la méga-autoroute littorale, la montée des eaux et la destruction des forêts

Le serpent de béton gris clair s'étire le long des vagues de l'Atlantique qui se brisent inlassablement contre le rivage nigérian. Au tumulte de la mégapole de Lagos succèdent peu à peu des palmeraies éventrées par le tracé de la méga-autoroute et villages de pêcheurs coincés entre les deux fois trois voies et l'océan.

Taille du texte:

Cette nouvelle autoroute, qui doit relier Lagos, au sud-ouest du pays le plus peuplé d'Afrique, à Calabar, près de la frontière avec le Cameroun, longera le littoral nigérian sur 700 kilomètres d'ici 2028.

Elle est l'un des projets-phares du président Bola Tinubu, qui briguera un second mandat lors des élections prévues en janvier 2027 et se veut le reflet ambitieux de ses promesses présidentielles: "révolutionner les transports", "booster le tourisme", "dynamiser l'économie locale", "fournir de l'emploi", avait martelé le chef de l'Etat lors de l'inauguration du premier tronçon, il y a deux ans.

Ce méga-projet, au coût estimé de 11 milliards de dollars et dont la construction a démarré en mars 2024, a été attribué à la société nigériane Hitech, propriété des hommes d'affaires libanais Gilbert et Ronald Chagoury, intimes du chef de l'Etat et promoteurs d'Eko Atlantic, ce quartier de Lagos artificiellement gagné sur la mer et souvent présenté comme le "Dubaï de l'Afrique".

Mais derrière les promesses de développement, nombreux sont ceux qui questionnent la durabilité de cette autoroute littorale alors que la montée des eaux grignote la côte du golfe du Guinée.

- "Déni climatique" -

"Nous assistons à une élévation très rapide du niveau de la mer le long du littoral nigérian", constate l'écologiste nigérian Nnimmo Bassey, qui craint que cette route "soit très vulnérable à la montée du niveau de la mer".

"Ce projet est l'incarnation même du déni climatique", assène-t-il.

Selon une étude publiée en 2022 dans la revue scientifique Journal of African Earth Sciences, 89% des 180 kilomètres de côte de l'Etat de Lagos ont reculé d'en moyenne 2,80 mètres par an entre 1973 et 2019.

L'étude d'impact environnemental de la portion de la route couvrant l'Etat de Lagos, réalisée par le cabinet nigérian Natural Eco Capital et rendue au ministère des Travaux publics en mai 2024, deux mois après le démarrage des travaux, indique qu'une "élévation du niveau de l'eau de 0,5 mètre le long de la côte de Lagos n'aurait pas d'incidence sur le projet" d'autoroute.

Elle stipule qu'une augmentation des températures globales de 1,5 degré entraînerait une élévation de 0,48 mètre du niveau de la mer et à 0,55 mètre en cas d'augmentation de 2 degrés.

Or, les prévisions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) indiquent que le réchauffement dépassera probablement trois degrés d'ici 2100, conduisant à une élévation du niveau des mers supérieur à 0,6 mètre.

Pour réduire les risques, le cabinet propose notamment de "construire des digues" et de "mettre en place des barrières naturelles telles que des ceintures de mangroves et des dunes afin de réduire l'érosion et d'absorber le carbone", sans évoquer leur coût.

Pourtant, le long des 60 premiers kilomètres, nulle trace de digues au large ou de plantations sur le rivage.

L'Afrique se retrouve souvent en première ligne face au changement climatique, bien que le continent contribue le moins aux émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial.

L'élévation du niveau des océans est alimentée par le réchauffement climatique via la hausse de la température marine et l'accélération de la fonte des glaciers.

Cette montée des eaux constitue une menace majeure pour les villages côtiers du Nigeria. Plusieurs d'entre eux ont été engloutis par les eaux.

Fin avril, des vidéos partagées sur les réseaux sociaux montraient les vagues submerger maisons et routes dans la commune d'Ayetoro, dans l'Etat d'Ondo, non loin du futur tracé de l'autoroute.

- Coût du développement -

Dans le village de Mosherel Kawga, à environ 30 kilomètres du point de départ de la "Coastal Road", Lukman Igara, pêcheur de 53 ans, se souvient qu'il y a une vingtaine d'années, "la mer était beaucoup plus loin" et qu'il fallait "marcher longtemps" pour l'atteindre.

L'un de ses voisins, Wasiu Adesanya, 50 ans, se réjouit de la construction de l'autoroute qui permet de désenclaver ce petit village sans eau ni électricité, sans école ni infrastructure de santé, et facilite les trajets vers Lagos.

"De nouvelles personnes viennent ici", se félicite-t-il, notamment acheter les poissons que les femmes des pêcheurs font sécher au soleil à quelques mètres de là.

Toutefois, dans le village, les rumeurs d'éviction prochaine inquiètent. Certains habitants affirment que des représentants de l'Etat leur ont fait savoir que leurs terres seraient bientôt rachetées et qu'ils seraient contraints de quitter les lieux.

"C'est dur à avaler, c'est la terre de nos ancêtres, c'est ici que nous nous sentons chez nous", déplore Lukman qui craint que la seule solution de relogement offerte soit loin de la mer, compromettant son activité de pêcheur et ses revenus.

Juste à côté des habitations de Mosherel Kawga, petits cubes en béton aux toits de tôle, se dresse l'imposant chantier d'un futur hôtel, où les chambres avec vue sur mer se monnaieront à prix fort.

- Destruction des réservoirs de biodiversité -

Dans l'Etat d'Akwa Ibom, au sud-est, l'autoroute doit fendre en deux la forêt de Stubbs Creek, la plus grande de cet Etat, une aire protégée qui abrite des espèces animales et des essences d'arbres menacées.

Selon la Nigerian Conservation Foundation (NCF), le pays a déjà perdu près de 90% de sa couverture forestière au cours des 30 dernières années.

D'après Joel Benson, un universitaire d'Abuja, l'autoroute, en passant par Stubbs Creek, émettrait 3,5 millions de tonnes de CO2, soit "environ 0,6% des émissions annuelles totales du Nigeria", ce qui représenterait une contribution nette au réchauffement climatique et transformerait la forêt de "puits" absorbant le carbone à "une source d'émission du carbone".

Il évalue à 554,8 millions de dollars le coût des émissions liées à ce projet, d'après les prix du carbone fixés par la Banque mondiale (158 dollars par tonne de CO2).

"Ce n'est pas seulement une forêt, c'est un haut lieu de la biodiversité qui assure la protection du littoral et offre une défense naturelle à de nombreuses communautés du delta du Niger", explique à l'AFP Tijah Bolton Akpan, de l'ONG Policy Alert qui réclame un reroutage de l'autoroute afin de contourner la forêt.

Cette région du sud du Nigeria est ravagée depuis des décennies par la pollution environnementale lié à l'exploitation du pétrole et du gaz et près de 2% des mangroves du pays ont déjà disparu, selon la plateforme Global Mangrove Watch.

Les riverains "souffrent depuis longtemps des impacts négatifs des opérations pétrolières, et perdre leur forêt atteindrait un nouveau niveau de souffrance" car ils "dépendent" de la forêt "pour assurer leurs moyens de subsistance".

Le ministère des Travaux publics, le gouvernement de l'Etat de Lagos et Hitech n'ont pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

W.Cejka--TPP