The Prague Post - Au Nigeria, la méga-autoroute littorale, la montée des eaux et la destruction des forêts

EUR -
AED 4.22646
AFN 71.935337
ALL 95.116857
AMD 424.131122
ANG 2.060534
AOA 1056.471631
ARS 1658.067449
AUD 1.63285
AWG 2.074391
AZN 1.951849
BAM 1.934171
BBD 2.318692
BDT 141.299924
BGN 1.921812
BHD 0.434011
BIF 3432.958131
BMD 1.150841
BND 1.476961
BOB 7.953952
BRL 5.951693
BSD 1.151187
BTN 109.242874
BWP 15.466118
BYN 3.229257
BYR 22556.479844
BZD 2.31522
CAD 1.605227
CDF 2646.933841
CHF 0.918503
CLF 0.026766
CLP 1053.422319
CNY 7.786186
CNH 7.810572
COP 4150.680002
CRC 529.50644
CUC 1.150841
CUP 30.497281
CVE 110.653793
CZK 24.233197
DJF 204.527744
DKK 7.474061
DOP 67.036378
DZD 153.989867
EGP 60.04305
ERN 17.262612
ETB 182.747716
FJD 2.553485
FKP 0.86267
GBP 0.86385
GEL 3.061149
GGP 0.86267
GHS 13.597202
GIP 0.86267
GMD 84.011665
GNF 10101.509919
GTQ 8.774876
GYD 240.768668
HKD 9.01632
HNL 30.692826
HRK 7.532826
HTG 150.524617
HUF 356.880334
IDR 20921.135055
ILS 3.396939
IMP 0.86267
INR 110.086896
IQD 1507.601459
IRR 1582549.966351
ISK 143.590787
JEP 0.86267
JMD 182.004745
JOD 0.815957
JPY 184.195521
KES 148.975965
KGS 100.641247
KHR 4617.754733
KMF 492.560214
KPW 1035.590142
KRW 1765.676999
KWD 0.355886
KYD 0.959277
KZT 560.155309
LAK 25318.497289
LBP 103933.9572
LKR 387.368283
LRD 210.05718
LSL 19.046006
LTL 3.398134
LVL 0.696132
LYD 7.313553
MAD 10.657923
MDL 19.960876
MGA 4833.531514
MKD 61.593396
MMK 2415.746491
MNT 4116.607356
MOP 9.288176
MRU 46.07391
MUR 55.136604
MVR 17.780822
MWK 1999.010597
MXN 20.108409
MYR 4.686687
MZN 73.549749
NAD 19.046365
NGN 1567.341367
NIO 42.132221
NOK 10.889923
NPR 174.796465
NZD 1.983198
OMR 0.442474
PAB 1.151133
PEN 3.994856
PGK 5.01779
PHP 71.037968
PKR 320.510679
PLN 4.246821
PYG 7036.31691
QAR 4.186186
RON 5.242883
RSD 117.381178
RUB 84.064154
RWF 1683.680103
SAR 4.325109
SBD 9.262638
SCR 16.359801
SDG 691.085291
SEK 10.89539
SGD 1.484418
SHP 0.859219
SLE 28.310564
SLL 24132.558754
SOS 657.129925
SRD 42.939599
STD 23820.081195
STN 24.743077
SVC 10.072367
SYP 127.204849
SZL 19.045994
THB 37.836245
TJS 10.740344
TMT 4.027943
TND 3.357576
TOP 2.770948
TRY 53.056846
TTD 7.799193
TWD 36.324449
TZS 3020.954807
UAH 51.062596
UGX 4337.496271
USD 1.150841
UYU 46.480238
UZS 13772.694966
VES 647.445874
VND 30319.476517
VUV 136.871303
WST 3.138356
XAF 648.694566
XAG 0.017188
XAU 0.000268
XCD 3.110205
XCG 2.074807
XDR 0.815262
XOF 649.651866
XPF 119.331742
YER 274.619411
ZAR 19.069316
ZMK 10358.947584
ZMW 20.23778
ZWL 370.570271
  • AEX

    -1.0400

    1040.06

    -0.1%

  • BEL20

    -39.0600

    5540.49

    -0.7%

  • PX1

    -34.5200

    8183.84

    -0.42%

  • ISEQ

    -68.1900

    13045.14

    -0.52%

  • OSEBX

    6.0100

    2009.95

    +0.3%

  • PSI20

    9.8300

    8941.68

    +0.11%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    165.8400

    4240.58

    +4.07%

  • N150

    -21.0500

    4188.88

    -0.5%

Au Nigeria, la méga-autoroute littorale, la montée des eaux et la destruction des forêts
Au Nigeria, la méga-autoroute littorale, la montée des eaux et la destruction des forêts / Photo: OLYMPIA DE MAISMONT - AFP

Au Nigeria, la méga-autoroute littorale, la montée des eaux et la destruction des forêts

Le serpent de béton gris clair s'étire le long des vagues de l'Atlantique qui se brisent inlassablement contre le rivage nigérian. Au tumulte de la mégapole de Lagos succèdent peu à peu des palmeraies éventrées par le tracé de la méga-autoroute et villages de pêcheurs coincés entre les deux fois trois voies et l'océan.

Taille du texte:

Cette nouvelle autoroute, qui doit relier Lagos, au sud-ouest du pays le plus peuplé d'Afrique, à Calabar, près de la frontière avec le Cameroun, longera le littoral nigérian sur 700 kilomètres d'ici 2028.

Elle est l'un des projets-phares du président Bola Tinubu, qui briguera un second mandat lors des élections prévues en janvier 2027 et se veut le reflet ambitieux de ses promesses présidentielles: "révolutionner les transports", "booster le tourisme", "dynamiser l'économie locale", "fournir de l'emploi", avait martelé le chef de l'Etat lors de l'inauguration du premier tronçon, il y a deux ans.

Ce méga-projet, au coût estimé de 11 milliards de dollars et dont la construction a démarré en mars 2024, a été attribué à la société nigériane Hitech, propriété des hommes d'affaires libanais Gilbert et Ronald Chagoury, intimes du chef de l'Etat et promoteurs d'Eko Atlantic, ce quartier de Lagos artificiellement gagné sur la mer et souvent présenté comme le "Dubaï de l'Afrique".

Mais derrière les promesses de développement, nombreux sont ceux qui questionnent la durabilité de cette autoroute littorale alors que la montée des eaux grignote la côte du golfe du Guinée.

- "Déni climatique" -

"Nous assistons à une élévation très rapide du niveau de la mer le long du littoral nigérian", constate l'écologiste nigérian Nnimmo Bassey, qui craint que cette route "soit très vulnérable à la montée du niveau de la mer".

"Ce projet est l'incarnation même du déni climatique", assène-t-il.

Selon une étude publiée en 2022 dans la revue scientifique Journal of African Earth Sciences, 89% des 180 kilomètres de côte de l'Etat de Lagos ont reculé d'en moyenne 2,80 mètres par an entre 1973 et 2019.

L'étude d'impact environnemental de la portion de la route couvrant l'Etat de Lagos, réalisée par le cabinet nigérian Natural Eco Capital et rendue au ministère des Travaux publics en mai 2024, deux mois après le démarrage des travaux, indique qu'une "élévation du niveau de l'eau de 0,5 mètre le long de la côte de Lagos n'aurait pas d'incidence sur le projet" d'autoroute.

Elle stipule qu'une augmentation des températures globales de 1,5 degré entraînerait une élévation de 0,48 mètre du niveau de la mer et à 0,55 mètre en cas d'augmentation de 2 degrés.

Or, les prévisions du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec) indiquent que le réchauffement dépassera probablement trois degrés d'ici 2100, conduisant à une élévation du niveau des mers supérieur à 0,6 mètre.

Pour réduire les risques, le cabinet propose notamment de "construire des digues" et de "mettre en place des barrières naturelles telles que des ceintures de mangroves et des dunes afin de réduire l'érosion et d'absorber le carbone", sans évoquer leur coût.

Pourtant, le long des 60 premiers kilomètres, nulle trace de digues au large ou de plantations sur le rivage.

L'Afrique se retrouve souvent en première ligne face au changement climatique, bien que le continent contribue le moins aux émissions de gaz à effet de serre au niveau mondial.

L'élévation du niveau des océans est alimentée par le réchauffement climatique via la hausse de la température marine et l'accélération de la fonte des glaciers.

Cette montée des eaux constitue une menace majeure pour les villages côtiers du Nigeria. Plusieurs d'entre eux ont été engloutis par les eaux.

Fin avril, des vidéos partagées sur les réseaux sociaux montraient les vagues submerger maisons et routes dans la commune d'Ayetoro, dans l'Etat d'Ondo, non loin du futur tracé de l'autoroute.

- Coût du développement -

Dans le village de Mosherel Kawga, à environ 30 kilomètres du point de départ de la "Coastal Road", Lukman Igara, pêcheur de 53 ans, se souvient qu'il y a une vingtaine d'années, "la mer était beaucoup plus loin" et qu'il fallait "marcher longtemps" pour l'atteindre.

L'un de ses voisins, Wasiu Adesanya, 50 ans, se réjouit de la construction de l'autoroute qui permet de désenclaver ce petit village sans eau ni électricité, sans école ni infrastructure de santé, et facilite les trajets vers Lagos.

"De nouvelles personnes viennent ici", se félicite-t-il, notamment acheter les poissons que les femmes des pêcheurs font sécher au soleil à quelques mètres de là.

Toutefois, dans le village, les rumeurs d'éviction prochaine inquiètent. Certains habitants affirment que des représentants de l'Etat leur ont fait savoir que leurs terres seraient bientôt rachetées et qu'ils seraient contraints de quitter les lieux.

"C'est dur à avaler, c'est la terre de nos ancêtres, c'est ici que nous nous sentons chez nous", déplore Lukman qui craint que la seule solution de relogement offerte soit loin de la mer, compromettant son activité de pêcheur et ses revenus.

Juste à côté des habitations de Mosherel Kawga, petits cubes en béton aux toits de tôle, se dresse l'imposant chantier d'un futur hôtel, où les chambres avec vue sur mer se monnaieront à prix fort.

- Destruction des réservoirs de biodiversité -

Dans l'Etat d'Akwa Ibom, au sud-est, l'autoroute doit fendre en deux la forêt de Stubbs Creek, la plus grande de cet Etat, une aire protégée qui abrite des espèces animales et des essences d'arbres menacées.

Selon la Nigerian Conservation Foundation (NCF), le pays a déjà perdu près de 90% de sa couverture forestière au cours des 30 dernières années.

D'après Joel Benson, un universitaire d'Abuja, l'autoroute, en passant par Stubbs Creek, émettrait 3,5 millions de tonnes de CO2, soit "environ 0,6% des émissions annuelles totales du Nigeria", ce qui représenterait une contribution nette au réchauffement climatique et transformerait la forêt de "puits" absorbant le carbone à "une source d'émission du carbone".

Il évalue à 554,8 millions de dollars le coût des émissions liées à ce projet, d'après les prix du carbone fixés par la Banque mondiale (158 dollars par tonne de CO2).

"Ce n'est pas seulement une forêt, c'est un haut lieu de la biodiversité qui assure la protection du littoral et offre une défense naturelle à de nombreuses communautés du delta du Niger", explique à l'AFP Tijah Bolton Akpan, de l'ONG Policy Alert qui réclame un reroutage de l'autoroute afin de contourner la forêt.

Cette région du sud du Nigeria est ravagée depuis des décennies par la pollution environnementale lié à l'exploitation du pétrole et du gaz et près de 2% des mangroves du pays ont déjà disparu, selon la plateforme Global Mangrove Watch.

Les riverains "souffrent depuis longtemps des impacts négatifs des opérations pétrolières, et perdre leur forêt atteindrait un nouveau niveau de souffrance" car ils "dépendent" de la forêt "pour assurer leurs moyens de subsistance".

Le ministère des Travaux publics, le gouvernement de l'Etat de Lagos et Hitech n'ont pas répondu aux sollicitations de l'AFP.

W.Cejka--TPP