The Prague Post - Guerre en Ukraine: le Brésil se tourne vers les engrais naturels

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Guerre en Ukraine: le Brésil se tourne vers les engrais naturels
Guerre en Ukraine: le Brésil se tourne vers les engrais naturels / Photo: EVARISTO SA - AFP

Guerre en Ukraine: le Brésil se tourne vers les engrais naturels

Confronté à un risque de pénurie des engrais et à une envolée de leurs prix avec les sanctions visant la Russie, le secteur agricole brésilien se tourne vers des solutions alternatives naturelles pour diminuer ses coûts de production tout en assurant ses récoltes.

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Le géant sud-américain est le 4e consommateur mondial d’engrais chimiques NPK - fabriqués à partir d’azote, de phosphore et de potassium -, utilisés pour préparer les sols des champs de soja, de maïs, de coton, de canne à sucre et de café.

Il importe ces intrants à hauteur d’environ 80%, et près d’un quart de ces achats proviennent de la Russie, son premier fournisseur.

Tandis que le gouvernement brésilien démarche d’autres fournisseurs étrangers, notamment le Canada, la Jordanie, l’Égypte et le Maroc, et cherche à relancer la production nationale d'engrais, les agriculteurs s’intéressent à des produits dits "émergents".

Parmi eux figurent les reminéralisateurs (ou "agro-minéraux") naturels obtenus à partir de roches riches en nutriments, broyées puis répandues dans les champs avant le semis.

Si d'autres pays comme la France, les Etats-Unis, le Canada, l'Inde ou l'Australie utilisent ces reminéralisateurs, le Brésil, puissance agricole de premier plan, est le plus avancé dans ce domaine.

"Le Brésil est un pays tropical et les pluies emportent les nutriments du sol. La poudre de roche permet un renouvellement de son écosystème et une amélioration de ses performances", explique à l’AFP Marcio Rémedio, directeur de la géologie et des ressources minérales du Service géologique du Brésil, lié au ministère des Mines et de l'Énergie.

Approuvés en tant qu’intrant agricole par une loi de 2013, les reminéralisateurs "permettent aussi aux racines de plantes de se développer davantage et de capter les nutriments présents dans le sol", précise Suzi Huff Theodoro, géologue et chercheuse à l’Université de Brasilia.

"On trouve des roches au profil adéquat dans de nombreuses régions du Brésil et le prix est bien moins cher" que les produits chimiques, ajoute-t-elle. La poudre peut par exemple être produite par les entreprises minières à partir de leurs résidus, tant que ceux-ci ne contiennent pas d’éléments potentiellement toxiques.

- Presque plus d'engrais chimiques -

"Selon une étude réalisée l’an dernier, les reminéralisateurs sont utilisés sur près de 5% de la surface agricole brésilienne. D’ici à la fin de l’année, ce chiffre sera bien plus significatif car la demande auprès des 30 fournisseurs brésiliens agréés est sans précédent.

"La plupart ont déjà vendu toute leur production annuelle, aussi bien à des grandes et moyennes exploitations qu’à des petites fermes, surtout agroécologiques", indique la chercheuse.

Fondateur du Groupe associé d’agriculture durable (GAAS), qui regroupe plus de 700 agriculteurs, chercheurs et consultants, le producteur de soja et de maïs Rogério Vian a commencé par utiliser des produits réalisés à partir de micro-organismes extraits de la forêt native, pulvérisés au moment du semis.

Ceux-ci servent à lutter contre les parasites et aident les plantes à assimiler les nutriments du sol. Depuis neuf ans, dans sa ferme de l’État de Goiás (centre-ouest), il prépare lui-même ses intrants biologiques et les associe aux reminéralisateurs.

Désormais, sur ses 1.000 hectares, il n’utilise presque plus d'engrais chimiques et même plus du tout pour la culture de soja.

"J'ai réduit de 50% mes coûts de fertilisation et de traitement des semences, tout en conservant une bonne productivité", indique-t-il.

"Grâce à sa grande biodiversité, le Brésil a un énorme potentiel en termes d’outils et de manières de travailler, que nous ne connaissons pas encore".

- "Evolution irréversible" -

Pour José Carlos Polidoro, chercheur de l’organisme brésilien de recherche agronomique (Embrapa), le pays continuera de consommer les engrais NPK mais il doit miser sur ces produits naturels.

"Les fertilisants biologiques et biominéraux, fabriqués à partir des résidus des activités minières, des résidus biologiques de l’agroindustrie et des boues d'épuration représentent pour l’instant 5% du marché brésilien des engrais mais ils peuvent permettre de réduire de 20% nos importations", assure-t-il.

Directeur technique adjoint de la Confédération nationale agricole, Reginaldo Minaré évoque aussi l'utilisation croissante par les producteurs de soja de rhizobactéries "qui retirent l'azote présent dans l’air pour le restituer aux plantes", réduisant donc la consommation d’engrais industriels azotés.

Mais l’adoption croissante de ces différents produits ne se fait pas sans obstacles, note Carlos Pitol, consultant technique dans l’État du Mato Grosso do Sul et membre du GAAS.

"Les agriculteurs ont peu d’assistance technique et ont du mal à obtenir des crédits pour investir davantage. Mais l’évolution de notre système de production est irréversible".

L.Bartos--TPP