The Prague Post - Dans les zones inondées du Maroc, un ramadan loin des célébrations traditionnelles

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Dans les zones inondées du Maroc, un ramadan loin des célébrations traditionnelles
Dans les zones inondées du Maroc, un ramadan loin des célébrations traditionnelles / Photo: Abdel Majid BZIOUAT - AFP

Dans les zones inondées du Maroc, un ramadan loin des célébrations traditionnelles

Chassé par des inondations dévastatrices de son village du nord-ouest du Maroc, Ahmed El Habachi croyait à un exil temporaire. Trois semaines plus tard, il ne s'imaginait pas rompre le jeûne du ramadan sous une tente, dans la "débrouille".

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"On prépare le ftour (repas de rupture du jeûne) avec les moyens du bord", confie à l'AFP ce plâtrier de 37 ans, debout devant une des tentes bleues du camp provisoire de la région de Kénitra, installé par les autorités du fait de pluies exceptionnelles qui ont frappé la région fin janvier et début février.

Quelques dizaines de toiles restent dressées, alignées sur la terre humide. A l'approche du coucher du soleil, des femmes s'affairent autour de petits réchauds. Sans eau courante, elles improvisent, pendant qu'une odeur de poisson grillé se répand.

A la nuit tombée, la lumière vacillante des bougies supplée l'électricité, absente. Les familles se replient sous leur tente, s'attablant pour le ftour du mois sacré musulman dans des conditions précaires.

La plupart des habitants de la région ont été autorisés à regagner leurs foyers. Pour Ahmed El Habachi et ses enfants, retourner à Ouled Amer, à 35 kilomètres de là, n'est pas une option.

"Où dormir? Il y a encore de la boue jusqu'au genou", explique-t-il, en montrant sur son téléphone des vidéos de sa maison, dont la moitié des murs a été emportée par les crues de la rivière voisine.

"C'est la débrouille jusqu'à ce que nous puissions rentrer chez nous", dit-il. "Il faudra deux ou trois mois pour retrouver une vie normale".

Les responsables du camp distribuent de l'eau et un sac de riz par jour, mais pour Fatima Laaouj, 60 ans, "le ramadan n'a rien à voir avec ce que nous vivons d'habitude".

"Nous manquons de tout: de pain, de harira (soupe traditionnelle), même de lait. Comment en acheter alors que nous n'avons pas d'argent? Nous ne travaillons plus. Les terres agricoles sont détruites", se désole cette cueilleuse de framboises.

- "Au jour le jour" -

Plus de 180.000 personnes ont été évacuées du fait des inondations, qui ont fait quatre morts, selon les autorités.

A quelques kilomètres du camp de Kénitra, dans la commune de Mograne située à la confluence du fleuve Sébou, les habitants avancent encore dans la boue.

Plusieurs maisons visitées par l'AFP portent des stigmates: murs éventrés, sols détrempés. Malgré le grand soleil, les familles ont laissé leurs affaires perchées sur des armoires ou des commodes, par crainte de voir l'eau remonter.

Pour la première fois, Yamna Chtata, femme au foyer de 42 ans, s'apprête à vivre le ramadan hors de sa maison où elle a vécu pendant 20 ans. Rentrée deux jours plus tôt après 15 nuits passées dans le camp, elle fond en larmes.

Sa petite maison, dont les murs menacent de s'effondrer, est devenue inhabitable. Elle a dû se réfugier chez des voisins.

"Nous ne célébrons pas le ramadan (...) J'ai deux filles qui sont actuellement souffrantes à cause de la gravité de la situation", affirme-t-elle, la voix brisée par les sanglots.

Mansour Amrani, 59 ans, s'apprête à se rendre à la mosquée du village pour remplir des bidons d'eau potable. Avec sa femme Zohr et leurs trois filles, il veut malgré tout préparer le couscous du vendredi.

"D'habitude, il y avait de la joie quand on préparait le couscous. Aujourd'hui, ce n'est plus comme avant", regrette cet agent de sécurité dans une usine de câblage, inquiet de l'affaissement des sols.

"Nous avons peur que la maison s'écroule sur nos têtes", souffle-t-il. Dans l'une des pièces, il avait installé une petite épicerie, aujourd'hui endommagée.

Pour Abdelmajid Lekihel, marchand ambulant de 49 ans, s'ajoute à la détresse "la fatigue" accumulée après des nuits difficiles dans le camp.

De retour chez lui, il constate que "les produits alimentaires ne sont plus disponibles comme avant": le marché du village fonctionne au ralenti, rendant désormais difficile la préparation du traditionnel repas de rupture du jeûne.

Et "la boue empêche d'aller voir un voisin, un membre de la famille ou un ami", soupire-t-il. Cette année, "nous vivons (le ramadan) au jour le jour."

Y.Blaha--TPP