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La cour de l'hôpital psychiatrique de Mykolaïv retentit du bruit du verre brisé déblayé par le personnel et des volontaires. Chaque jour, les habitants de cette ville ukrainienne pilonnée par l'armée russe nettoient les débris des derniers bombardements et se préparent au prochain.
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Avec parfois des moyens de fortune, ils s'organisent aussi pour soutenir les forces sur lesquelles se brisent jusqu'à présent les assauts russes sur la route d'Odessa, le grand port ukrainien sur la mer Noire.
"Je suis venue prendre mon service, mais il n'y pas de service, alors j'emporte juste mes vêtements", se désespère-t-elle. "Je travaillais ici mais maintenant tout est détruit. A 56 ans, comment vais-je retrouver un emploi ? C'est fini pour moi".
"Pourquoi bombardent-ils ?", s'indigne l'infirmière, "ces patients ont besoin de nos soins".
Comme à l'appui de son propos, de l'autre côté du bâtiment, dans une allée à l'abri des regards, dans une ambiance fiévreuse, une petite foule de toxicomanes se presse pour la distribution de méthadone.
Malgré les dégâts, la frappe n'a pas fait de victimes, dit Oleg Kondratenko, un des responsables de l'établissement. "Les patients de l'hôpital psychiatrique sont dans d'autres bâtiments qui n'ont pas été touchés", précise-t-il.
Dans la cour principale, des membres du personnel et une poignée de jeunes volontaires s'emploient à en effacer les traces les plus visibles, balayant et ramassant les morceaux de verre.
"Face à l'agression russe, nous devons participer d'une manière ou d'une autre", explique un jeune volontaire en doudoune et bonnet noirs originaire de l'ouest de l'Ukraine.
"Je veux rejoindre la défense territoriale, mais ils n'ont pas assez d'armes pour tout le monde, alors, pour l'instant, j'aide comme ça", ajoute-t-il. "Nous devons tout nettoyer parce qu'ils peuvent bombarder de nouveau et s'il reste du verre brisé ce sera encore plus dangereux".
"Hier, nous avons nettoyé un entrepôt et protégé les fenêtres avec du ruban adhésif", précise-t-il.
"Je suis bricoleur, j'ai besoin de faire quelque chose et je suis plus utile ici", poursuit le jeune homme, avant d'être interrompu par le responsable de l'hôpital qui l'empêche de donner son nom ou d'en dire davantage pour des raisons de sécurité.
- "Totalement dérangé" -
Employé d'une entreprise de voirie, Oleg Yarchenko fait avec sa femme Lilia à bord de sa camionnette marron le tour des barrages de la défense territoriale pour demander aux hommes en faction quels sont leurs besoins et les approvisionner.
Il leur apporte "du bois pour faire du feu, des cigarettes ou de la nourriture", mais aussi des médicaments ou des sacs de couchage, énumère cet homme de 54 ans à la barbe en bataille qui s'appuie sur une canne.
Les poids lourds de l'entreprise ravitaillent aussi les villages des environs dont les voies d'accès ont été détruites, raconte Oleg Yarchenko, dont les enfants se sont réfugiés en Bulgarie via Odessa il y a quelques jours.
"Il faut être totalement dérangé mentalement pour déclencher une guerre au XXIe siècle", s'emporte-t-il au sujet du président russe Vladimir Poutine.
Sur le parking du supermarché Walmart, un des commerces de la ville encore ouverts, Nikolaï Oskchik, un ancien chauffeur professionnel, apporte lui aussi sa modeste contribution à l'effort de guerre.
Aidé par un ami sourd-muet, il étale sur le capot de sa voiture Moskvitch bleue, une quasi antiquité de 37 ans, un bric-à-brac de pièces d'aspirateur, d'accessoires de cuisine et autres ustensiles, qu'il offre aux militaires ou leur vend à moitié prix "pour s'acheter des médicaments".
"Je suis trop vieux pour me battre", soupire ce veuf de 69 ans, père d'une infirmière militaire, mais je peux au moins faire ça pour eux".