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Le président américain Joe Biden a traité samedi à Varsovie son homologue russe Vladimir Poutine de "boucher" pour les crimes commis selon lui par Moscou en Ukraine et a dit douter que l'armée russe ait réellement l'intention de recentrer son offensive militaire sur l'est de ce pays comme elle l'a annoncé la veille.
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Dans une déclaration susceptible de renforcer l'incrédulité de M. Biden, le gouverneur de la région de Lviv, dans l'ouest de l'Ukraine, a indiqué que cette grande ville jusqu'ici relativement épargnée par les combats, avait subi deux frappes russes ayant fait au moins cinq blessés samedi après-midi. L'AFP a vu de grosses volutes noires et des flammes s'élever au-dessus d'un quartier de l'agglomération.
Un peu plus d'un mois après le déclenchement de la guerre par le Kremlin, le commandement russe a créé la surprise en annonçant vendredi "concentrer le gros des efforts sur l'objectif principal: la libération" du bassin minier du Donbass, tranchant avec la volonté affichée par Moscou jusque là de "démilitariser et dénazifier l'Ukraine" dans son ensemble et non pas seulement dans cette région orientale où se trouvent deux "républiques" séparatistes pro-russes.
"Je ne suis pas sûr" que les intentions des Russes aient changé, a déclaré M. Biden après avoir rendu visite à des réfugiés ukrainiens accueillis dans la capitale polonaise.
Interrogé sur "ce qu'il pensait de Vladimir Poutine, compte tenu de ce qu'il inflige" à la population ukrainienne, M. Biden, qui avait qualifié à deux reprises ces jours-ci le président russe de "criminel de guerre", a répondu: "C'est un boucher."
- "Engagement sacré" -
Arrivé la veille en Pologne, pays du flanc oriental de l'Otan, limitrophe de l'Ukraine, le président des Etats-Unis a rencontré samedi à Varsovie des membres du gouvernement de Kiev pour la première fois depuis l'invasion de leur pays par la Russie, le 24 février.
Lors d'une réunion avec le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba et le ministre de la Défense Oleksii Reznikov, à laquelle ont également pris part leurs homologues américains Antony Blinken et Lloyd Austin, les discussions ont porté notamment sur "l'engagement indéfectible des Etats-Unis envers la souveraineté et l'intégrité territoriale de l'Ukraine", a indiqué le porte-parole du Département d'Etat Ned Price.
M. Biden, qui a ensuite rencontré le président polonais Andrzej Duda, a également souligné "l'engagement sacré" de Washington sur le principe de la défense collective des pays membres de l'Otan.
De son côté, le président ukrainien Volodomyr Zelensky a accusé Moscou d'alimenter une dangereuse course aux armements en mettant en avant son arsenal nucléaire, lors d'une intervention vidéo au Forum de Doha. Il a appelé le Qatar, un des principaux pays exportateurs de gaz naturel liquéfié au monde, à augmenter sa production pour contrer les menaces russes d'utiliser l'énergie "pour faire du chantage".
Sur le front militaire, autour de Donetsk et Lougansk, les deux grandes villes du Donbass, l'armée ukrainienne assure "avoir infligé des pertes importantes aux envahisseurs russes", dans son dernier bulletin publié samedi. Celui-ci fait état de trois avions abattus, huit chars détruits et quelque 170 soldats tués côté russe.
Le ministère de la Défense russe a fait état lui d'une bataille pour le contrôle de deux villages près de Donetsk, à Novobakhmutivka et Novomykhailivka.
Le ministère russe a aussi affirmé que des roquettes de type Kalibr ont détruit un dépôt d'armes et de munitions dans la région de Jytomyr, à l'ouest de Kiev, le 25 mars. Un dépôt de carburant a également été touché près de la ville portuaire de Mykolaïv (sud), selon la même source.
Ces affirmations russes et ukrainiennes doivent être prises avec précaution, chaque camp se livrant à une intense bataille de l'information, alors qu'il est très difficile de vérifier de source indépendante ce qui se passe sur le théâtre des opérations.
- Réapparition ministérielle -
Dans le même temps, Kiev a annoncé la mort d'un septième haut responsable militaire russe en Ukraine, dont le dernier tué est le général Yakov Rezantsev, selon des responsables occidentaux sous le couvert de l'anonymat. La Russie a confirmé à ce jour la mort de deux hauts gradés, dont le général Andreï Soukhovetski, commandant adjoint de la 41e armée après avoir servi en Syrie en 2018-19.
Toujours selon des responsables occidentaux, un autre général, Vladislav Yerchov, a été démis de ses fonctions par le Kremlin à cause des lourdes pertes subies par les troupes russes.
Selon des images diffusées samedi en Russie, le ministre de la Défense russe Sergueï Choïgou a fait sa première apparition publique en deux semaines. Son absence avait nourri des interrogations que le Kremlin s'était efforcé de balayer. Moscou avait également rejeté les spéculations sur l'état de santé du ministre.
Autour de Kiev, dont le maire vient de renoncer à décréter un nouveau couvre-feu qui devait initialement entrer en vigueur samedi soir, les combats continuent pour "repousser l'offensive ennemie", a affirmé l'état-major ukrainien, selon qui la ligne de front n'a pas bougé.
L'armée ukrainienne assure poursuivre la contre-offensive sur Kherson (sud), seule grande ville à avoir été conquise entièrement par les forces de Moscou.
- "Nulle part où aller" -
A Kharkiv, deuxième ville d'Ukraine, les habitants semblent s'être résignés aux bombardements incessants.
"Je suis de Kharkiv, je n'ai nulle part où aller. Alors à quoi bon partir?" répond d'un air las Anna Kolinichienko, la cinquantaine, un vieux labrador tirant au bout de sa laisse. "Si une bombe tombe, on mourra de toute façon", dit-elle.
L'armée russe a pris le contrôle de la ville de Slavoutitch, où réside le personnel de la centrale nucléaire de Tchernobyl, arrêtant brièvement le maire et suscitant des manifestations pro-ukrainiennes, ont indiqué samedi les autorités régionales.
A environ 120 km au nord-est de Kiev, la ville de Tcherniguiv est encerclée par les forces russes et il est impossible d'en évacuer massivement les civils et les blessés, a annoncé son maire, Vladislav Atrochenko.
Selon Lioudmyla Denissova, chargée des droits de l'Homme au Parlement ukrainien, un convoi humanitaire parti de la ville assiégée de Marioupol (sud) avec des ambulances transportant des enfants blessés était bloqué samedi à un barrage où les Russes "procèdent à une inspection approfondie de ceux qui franchissent leur check-point".
A Marioupol, port stratégique sur la mer d'Azov, plus de 2.000 civils ont été tués, selon la municipalité. Quelque 100.000 de ses habitants y sont toujours bloqués et manquent de tout, selon le président Zelensky.