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Le candidat qui affirme que Taïwan est déjà indépendant, celui qui veut se rapprocher de Pékin ou l'outsider? Les Taïwanais élisent samedi leur président, sous la menace de la Chine qui revendique l'île et appelle à faire "le bon choix".
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Dans ce territoire de 23 millions d'habitants situé à 180 kilomètres des côtes chinoises et salué comme un modèle de démocratie en Asie, l'élection est à un tour: les bureaux de vote ont ouvert à 08H00 (00H00 GMT) et fermeront à 16H00 (08H00 GMT), avec des résultats attendus dans la soirée.
Favori du scrutin, le vice-président Lai Ching-te, du Parti démocratique progressiste (DPP), est vu par Pékin comme "un grave danger" car il est sur la même ligne que la présidente sortante, Tsai Ing-wen, qui clame que l'île est indépendante de facto.
Face à lui, Hou Yu-ih, candidat du Kuomintang (KMT), principal parti d'opposition, prône un rapprochement avec Pékin. Le troisième candidat, Ko Wen-je, du petit Parti populaire taïwanais (TPP), se présente comme anti-establishment.
Vendredi soir, les trois candidats ont tenu leurs derniers meetings devant des dizaines de milliers de personnes, dans cette île où la participation à l'élection présidentielle en 2020 a frôlé les 75%.
"Nous voulons la paix, pas la guerre", clamaient les pancartes colorées brandies par des supporters au meeting du KMT, vendredi soir.
Mais "si la Chine déclare la guerre, je resterai à Taïwan", promettait Yoyo Chen, tailleur de 30 ans, au meeting du DPP. Et "je les combattrai, même si tout ce qui me reste, c'est un manche à balai".
- "Comme Hong Kong" -
Toute la semaine, Pékin a accentué sa pression diplomatique et militaire. Jeudi, cinq ballons chinois ont encore franchi la ligne médiane séparant l'île autonome de la Chine, selon le ministère taïwanais de la Défense, qui a aussi repéré dix avions et six navires de guerre.
La Chine a appelé les électeurs à faire "le bon choix". L'armée chinoise a promis d'"écraser" toute velléité d'"indépendance" de Taïwan.
"Franchement, Pékin devrait cesser de se mêler des élections des autres pays et organiser les siennes", s'est agacé le ministre taïwanais des Affaires étrangères Joseph Wu.
Lai Ching-te a dénoncé "le principe chinois d'+une seule Chine+". "La paix sans la souveraineté, c'est juste comme Hong Kong", a prévenu le candidat.
Le statut de Taïwan est l'un des sujets les plus explosifs de la rivalité entre la Chine et les Etats-Unis, premier soutien militaire du territoire, et Washington a prévu d'envoyer une "délégation informelle" sur l'île après le vote.
Les Taïwanais votent aussi pour renouveler leur Parlement, où le DPP pourrait perdre sa majorité.
"Après huit ans de DPP au pouvoir, c'est vraiment le moment de changer", assure à l'AFP un retraité taïwanais, installé depuis 20 ans dans la ville chinoise de Xiamen, située face à Taïwan.
Car "une nouvelle victoire du DPP empirerait certainement les relations avec la Chine", ajoute l'homme, qui prendra le ferry samedi pour aller voter.
- "Tigre de papier" -
Mais à Taipei, Liu Pei-chi, professeur de lycée de 40 ans, raille Pékin qu'il qualifie de "tigre de papier".
"Une fois que vous avez compris leurs ruses, vous n'avez plus peur", ajoute cet électeur du DPP. "J'espère pouvoir défendre mon pays, notre démocratie et le faire savoir au monde."
Selon Mathieu Duchâtel, directeur du programme Asie à l'institut Montaigne, "si le DPP remporte la présidence mais sans majorité parlementaire, cela limiterait l'ampleur de la défaite pour Pékin".
"Cela ouvrirait à la Chine la possibilité d'une stratégie d'influence visant le Parlement, afin de neutraliser le DPP, avec l'objectif de convaincre la population taïwanaise que le système démocratique ne fonctionne pas", ajoute-t-il. "Mais cela diminue aussi le risque d'un conflit fort dans le détroit, en créant une forme d'équilibre."
Surtout qu'un tel conflit serait désastreux pour l'économie: l'île fournit 70% des semi-conducteurs de la planète et plus de 50% des conteneurs transportés dans le monde transitent par le détroit de Taïwan.
Comme le note Marc Julienne, responsable des activités Chine à l'Institut français des relations internationales (Ifri), "même si le KMT arrive au pouvoir, je ne suis pas certain qu'on puisse dire que c'est une victoire pour la Chine".
Car en fin de compte, "ce sont les Taïwanais qui élisent leur président, leur vice-président et leur Parlement, donc ce sera une victoire pour Taïwan quoi qu'il arrive".