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Un "bourrage d'urnes" au Palais Bourbon ? L'élection des vice-présidents de l'Assemblée a donné lieu aux premières passes d'arme de la 17e législature vendredi, après l'annulation d'un vote, en raison d'un trop grand nombre de bulletins par rapport aux votants.
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A l'issue des deux tours, six vice-présidents ont été élus, dont deux de la France insoumise mais aucun du Rassemblement national. Les députés procèderont à partir de 21H30 à l'élection des questeurs puis des secrétaires. Tous composent le bureau de l'Assemblée, sa plus haute instance exécutive.
Deux heures et demi après le lancement des opérations de vote, coup de théâtre: "A l'issue du dépouillement, il est apparu que dix enveloppes en trop avaient été déposées dans les urnes (...) Nous allons devoir refaire le scrutin dans la mesure où les résultats aboutissaient à de trop faibles écarts", a déclaré la présidente Yaël Braun-Pivet (Renaissance), réélue la veille au perchoir.
Salle des Quatre-colonnes, où les députés rencontrent la presse, les élus se montraient désabusés. "Je suis un peu triste du spectacle qu'on donne", a réagi Jean-René Cazeneuve (Ensemble pour la République, ex-Renaissance) au micro de LCP.
"Le soupçon par rapport au bourrage d'urnes existe", a relevé le porte-parole de la Droite républicaine, Vincent Jeanbrun.
Au second tour, le ministre de l'Industrie démissionnaire Roland Lescure et la députée LR Annie Genevard ont été élus, le RN ne parvenant pas à faire gagner ses deux vice-présidents sortants, Sébastien Chenu et Hélène Laporte.
- "Coup tactique" -
Chantre d'une représentation équilibrée de chaque force politique dans les instances de l'Assemblée, le groupe de Marine Le Pen avait annoncé qu'il voterait pour Mmes Abomangoli, Guetté, Moutchou, Laporte et MM. Breton et Chenu.
Auprès de la presse, les députés de gauche s'efforçaient de décrypter "le coup tactique" du RN, selon les termes de Benjamin Lucas (groupe Ecologiste et Social).
"Le RN avait perdu. Ce qu'il a cherché à faire là avec son pseudo-coup d'éclat", c'est "masquer le fait qu'ils sont perdants d'office, laisser entendre qu'il pourrait y avoir des retours d'ascenseur etc.", a commenté la députée LFI Sarah Legrain.
Dans l'hémicycle, la macronie n'a pas manqué de relever ce soutien inattendu du RN à La France insoumise. "LFI étant élue avec les voix du Rassemblement national, ils pourraient au moins leur serrer la main", a lancé le ministre de l'Intérieur démissionnaire Gérald Darmanin.
"Vous n'avez, vous les macronistes, aucune leçon à donner à la France insoumise et au Nouveau Front Populaire. C'est vous qui aviez voté en 2022 pour élire des vice-présidents de l'Assemblée nationale" RN, a vertement répliqué la présidente du groupe LFI Mathilde Panot, dans une ambiance tendue, des députés s'échangeant des invectives dans l'hémicycle.
- "Matchs différents" -
La macronie, qui avait en 2022 concédé deux vice-présidences au RN, dans le souci d'une représentation équitable des groupes, a cette fois-ci fait le choix de s'entendre avec la droite pour permettre l'élection de Yaël Braun-Pivet. Les deux camps briguant au passage un nombre de postes disproportionnés par rapport à leurs poids à l'Assemblée.
Le risque pour le camp présidentiel est de se mettre à dos l'ensemble des oppositions, en échange d'une alliance avec LR loin de lui assurer une majorité absolue, l'ensemble pesant 213 députés (contre 289 nécessaires).
Selon des sources concordantes, la droite demande également la commission des Finances, qui se jouera samedi.
Pour que ce poste revienne à la Droite républicaine, il faudra que la majorité sortante prenne part au vote, ce qui est contraire aux usages. "Une honte", a dénoncé Manuel Bompard (LFI).
Pour Emmanuel Macron, cette alliance pour le perchoir est le premier pas vers la constitution d'un gouvernement qui aurait le soutien de la droite, ce qui permettrait de doucher les espoirs de gouverner de la gauche.
Les responsables du Nouveau Front populaire semblaient toutefois ne pas vouloir renoncer vendredi. "Ce sont des matchs différents (entre l'Assemblée et Matignon). On est là, on continue et on y croit", a assuré la patronne des écologistes Marine Tondelier sur franceinfo.