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Les Philippins ont voté lundi pour désigner leur prochain président, les sondages prédisant une victoire écrasante de Ferdinand Marcos Junior, le fils du défunt dictateur du même nom.
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Environ 67 millions de Philippins étaient appelés aux urnes pour ces élections générales, lors desquelles sont également désignés le vice-président ainsi que les députés, la moitié des sénateurs, les gouverneurs de province et des milliers d'autres élus locaux.
Les bureaux de vote ont fermé à 19H00 (11H00 GMT) et les premiers résultats étaient attendus tard lundi soir ou mardi.
Comme c'est souvent le cas aux Philippines, où la législation sur les armes à feu est laxiste et où la culture politique est violente, la journée électorale a été marquée par de sérieux incidents. Au moins quatre personnes ont été tuées dans des attaques contre des bureaux de vote dans deux villes du pays, selon la police.
Dans une école de Batac, bastion de la famille Marcos, les électeurs ont fait la queue lundi matin, ventilateur portatif à la main pour tromper la chaleur tropicale.
Après le passage de chiens renifleurs, ils ont vu arriver Marcos Jr, venu avec sa soeur Irene pour voter, suivis par leur mère, Imelda, veuve du dictateur et matriarche de 92 ans du clan Marcos.
Après six ans de gouvernement autoritaire de Rodrigo Duterte, les militants des droits de l'homme, les dirigeants de l'Eglise catholique et les analystes politiques craignent de voir Marcos Jr auréolé d'une large victoire et diriger le pays de façon encore plus autocratique.
"Nous pensons que cela va aggraver la crise des droits de l'homme dans le pays", a déclaré Cristina Palabay, secrétaire générale de l'alliance pour les droits humains Karapatan.
Une vaste campagne de désinformation pour réhabiliter les vingt années de dictature de Marcos Senior, le système clientéliste et le désenchantement des électeurs à l'égard des récents gouvernements ont alimenté le retour en grâce des Marcos.
Les sondages prédisent une victoire du candidat de 64 ans, surnommé "BongBong", avec largement plus de la moitié des suffrages. Pour gagner ce scrutin à un seul tour, il lui suffirait d'être celui qui obtient le plus de voix.
Les partisans de sa principale rivale, l'actuelle vice-présidente Leni Robredo, espèrent une surprise de dernière minute.
- Corruption et dynasties familiales -
Depuis que Mme Robredo a annoncé sa candidature en octobre, les groupes de bénévoles se sont multipliés dans le vaste archipel pour convaincre les électeurs.
L'avocate et économiste de 57 ans avait battu de justesse Marcos Jr dans la course à la vice-présidence en 2016 (aux Philippines, le président et le vice-président sont élus séparément). Elle a promis de débarrasser la démocratie philippine de la corruption, dans un archipel où une poignée de familles ont la mainmise sur le pays.
Marcos Jr et son alliée candidate à la vice-présidence Sara Duterte, fille du président sortant, se disent les mieux qualifiés pour "unifier" le pays.
- Risque pour la démocratie -
Si les pronostics des sondages se confirment, Marcos Jr deviendrait le premier candidat à la présidence à être élu avec une majorité absolue depuis le renversement de son père en 1986.
Selon l'analyste politique Richard Heydarian, une telle victoire pourrait lui permettre de faire réviser la Constitution pour asseoir son pouvoir et affaiblir la démocratie.
"Duterte n'a jamais eu la discipline et les moyens d'aller au bout de son programme autoritaire", a déclaré M. Heydarian. "Cette opportunité historique pourrait échoir aux Marcos".
Parmi les autres candidats à la présidence figurent le boxeur légendaire Manny Pacquiao et l'ancien éboueur devenu acteur Francisco Domagoso. Mais seuls Marcos Jr et Robredo sont considérés comme ayant une chance de gagner.
La personnalité, plutôt que le programme politique, influence généralement le choix du candidat, et l'achat de voix et l'intimidation sont également des problèmes récurrents dans les élections philippines.
Quel que soit le résultat du scrutin, les adversaires de Marcos Jr ont déjà promis de poursuivre les efforts visant à le faire disqualifier en raison d'une condamnation antérieure pour infraction fiscale, et à lui faire payer des milliards de dollars dus en droits de succession.
"C'est un autre carrefour pour nous", a déclaré Judy Taguiwalo, 72 ans, une militante anti-Marcos qui a été arrêtée deux fois et torturée pendant la loi martiale. "Nous devons continuer à nous lever et à lutter".