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La police du Sri Lanka a reçu l'ordre de passer à l'offensive et de tirer à balles pour éviter "l'anarchie" dans le pays, a annoncé mercredi un de ses responsables, après une autre nuit d'incendies sporadiques et deux jours d'affrontements meurtriers.
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Depuis lundi, les violences autour des manifestations antigouvernementales ont fait huit morts et plus de 225 blessés, selon la police, dans cette île de 22 millions d'habitants engluée dans la pire crise économique de son histoire.
"Il ne s'agit plus de colère spontanée, mais de violence organisée", a déclaré mercredi à l'AFP un haut-responsable de la police en annonçant que ses forces, fortes de 85.000 hommes, ont désormais ordre de tirer à balles réelles sur les fauteurs de troubles.
Après l'incendie mardi soir tard d'un hôtel de luxe appartenant à un membre du clan des Rajapaksa dans le sud du pays, la police a dans plusieurs endroits tiré en l'air pour disperser la foule qui brûlait des véhicules.
L'armée avait elle reçu dès mardi soir l'ordre de tirer à vue pour réprimer les émeutes.
- "Tellement corrompus" -
La population de l'île est excédée par des mois de graves pénuries de nourriture, de carburant et de médicaments et de coupures d'électricité, et des manifestations pacifiques réclament depuis des semaines la démission du président Gotabaya Rajapaksa.
Des partisans du gouvernement, acheminés de province lundi dans la capitale Colombo et galvanisés par son frère, le Premier ministre démissionnaire Mahinda Rajapaksa, ont mis le feu aux poudres en attaquant les manifestants.
A 76 ans, le chef du clan des Rajapaksa a démissionné lundi de ses fonctions à la suite des sanglants affrontements qui ont suivis. Peu avant l'aube mardi, il a dû être exfiltré par l'armée de sa résidence officielle assiégée à Colombo.
Cette démission est "un événement important, les gens en sont vraiment satisfaits", a estimé Kaushalya Fernando, actrice et militante des droits.
Mais "cela ne suffit pas", a-t-elle insisté, ajoutant: "Nous voulons le départ de tout le clan des Rajapaksa, ils sont tellement, tellement corrompus", "ils ont rongé le Sri Lanka, comme une chenille ronge un fruit ou une feuille".
- Couvre-feu prolongé -
Le couvre-feu, décrété peu après le début des affrontements, devait être levé mercredi matin mais a été prolongé de 24 heures. Des manifestants le bravaient mercredi en maintenant leurs campement devant le bureau du président.
Gotabaya Rajapaksa est resté en fonction et jouit de pouvoirs étendus et du commandement des forces de sécurité.
Selon Chandana Aluthge, professeur d'économie à l'université de Colombo, la population "en a ras-le-bol" et n'a plus le luxe de compter sur le processus démocratique.
"Même si au Sri Lanka, où nous avons atteint un statut de société moderne, le système de gouvernance est en fait très proche d'un très vieux système féodale", souligne-t-il.
Le président Rajapaksa a appelé mercredi sur Twitter "tous les Sri-Lankais à se donner la main comme un seul homme, pour surmonter les défis économiques, sociaux et politiques".
Mais le principal parti d'opposition, le SJB, a réaffirmé mercredi qu'il participerait pas à un gouvernement sous son autorité.
- "La violence est provoquée" -
"La violence est provoquée (par les autorités) afin d'établir un régime militaire", a dénoncé le chef de l'opposition Sajith Premadasa sur Twitter, a en réclamant que "l'état de droit" soit "maintenu par la constitution et non par les ARMES".
En écho aux appels des Nations unies et de l'Union européenne, les États-Unis se sont dits à la fois préoccupés par l'escalade de la violence et par le déploiement de l'armée.
"Les manifestants pacifiques ne doivent jamais être soumis à la violence ou à l'intimidation, que ce soit de la part de l'armée ou d'unités civiles", a souligné mardi devant la presse Ned Price, porte-parole du département d'État, à Washington.
Le Sri Lanka, en défaut sur sa dette extérieure évaluée à 51 milliards de dollars depuis le 12 avril, est actuellement en pourparlers avec le Fonds monétaire international (FMI) sur un éventuel renflouement.
"Nous suivons de près l'évolution de la situation au Sri Lanka et sommes préoccupés par la montée des tensions sociales et de la violence", a déclaré Masahiro Nozaki, chef de la mission du FMI au Sri Lanka, dans un communiqué.