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Depuis des décennies, le Palestinien Ali Mohammed Jabbarine vit avec la peur de devoir abandonner son village sur les collines de Hébron, en Cisjordanie occupée. Mais une récente décision de la justice israélienne pourrait finalement l'obliger à quitter ses terres.
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Le secteur de Massafer Yatta, où vit un millier de Palestiniens répartis sur une douzaine de hameaux, est le théâtre d'une longue bataille judiciaire entre Israël et les Palestiniens.
L'armée israélienne, qui occupe la Cisjordanie depuis 1967, veut classer ce secteur, nommé déjà le "champ de tir 918", comme zone militaire, ce qui a pour effet d'en expulser les habitants.
Dans les années 1980, l'armée israélienne a déclaré que ces 3.000 hectares deviendraient un champ de tir pour ses soldats, arguant que le secteur n'était pas habité de façon permanente.
Les habitants, eux, affirment qu'ils étaient là dès le 19e siècle, soit bien avant que l'armée israélienne n'occupe la Cisjordanie à partir de 1967.
D'abord expulsés de la zone en 1999, ils ont été autorisés à y revenir en attendant la décision de la Cour suprême.
Le juge David Mintz a finalement décrété que l'examen des photographies aériennes donnait raison à l'armée et que les habitants "n'avaient pas réussi à prouver" qu'ils vivaient de façon permanente dans la région avant qu'elle ne soit déclarée champ de tir.
Agé de 60 ans, Ali Mohammed Jabbarine a tout vu de cette saga. Il a grandi à Jinba, un village de Massafer Yatta, à l'époque où le territoire était sous contrôle de la Jordanie, avant l'occupation israélienne, la déclaration d'un champ de tir et la bataille judiciaire des deux dernières décennies pour tenter de continuer à vivre dans son hameau reclus.
- "Où aller?" -
Mais aujourd'hui, comme d'autres habitants, il craint de voir les bulldozers israéliens débarquer pour les chasser.
"Nous n'avons aucune information sur la démolition, cela peut arriver à n'importe quel moment (...) Nous n'avons nulle part ailleurs où aller", dit-il à l'AFP devant sa masure d'une seule pièce plantée sur un champ rocailleux où les douze membres de sa famille vivent de leur récolte et de leurs troupeaux de chèvres.
Massafer Yatta est isolée du reste de la Cisjordanie. La route pavée la plus proche est à une heure en voiture, et quelques maisons seulement sont reliées au réseau électrique, les bédouins sur place recourant souvent aussi aux panneaux solaires.
Ses habitants ont vu proliférer autour de Massafer Yatta des colonies israéliennes.
"Les colons construisent en dur. Les autorités leur fournissent l'accès à l'eau et l'électricité, l'armée les protège", peste M. Jabbarine.
Pour Nidal Younès, chef du conseil de Massafer Yatta, point de doute à présent: la décision de la Cour suprême israélienne va entraîner la démolition des hameaux.
"Les habitants n'auront plus accès à leur terre (...) Ce que fait l'occupation (nom donné par des Palestiniens à Israël, NDLR) est contraire au droit humanitaire international", dit-il.
En dépit du droit international, qui considère la colonisation illégale, plus de 475.000 personnes sont établies dans des colonies israéliennes en Cisjordanie, où vivent quelque 2,7 millions de Palestiniens.
Les colons israéliens vivent plus spécifiquement dans la "zone C" sous contrôle militaire et civil d'Israël.
Pour Roni Pelli, avocate dépendant de l'ONG israélienne ACRI, qui défend les habitants de Massafer Yatta, l'Etat hébreu "tente depuis des années, de manière directe ou indirecte, d'expulser les Palestiniens de la Zone C, et changer le zonage à des fins militaires est l'une des façons d'y parvenir".
"Ils veulent ma terre et me chasser d'ici", s'écrie Ali, qui craint de devoir abandonner le lieu où il dit avoir toujours vécu.