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Le président conservateur sud-coréen Yoon Suk Yeol s'accroche au pouvoir jeudi, son parti annonçant qu'il fera échec à une motion en destitution déposée au Parlement par l'opposition après sa tentative ratée d'imposer la loi martiale.
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M. Yoon avait semé la stupeur en Corée du Sud mardi soir en décrétant la loi martiale et en ordonnant à l'armée d'investir le Parlement, avant de faire volte-face six heures plus tard sous la pression des députés et des manifestants.
Six partis d'opposition ont déposé mercredi une motion en destitution contre le président, l'accusant d'avoir "gravement violé la Constitution et la loi". Cette motion sera soumise au vote samedi, selon l'agence de presse Yonhap.
La motion devant être adoptée à une majorité des deux tiers, la défection d'au moins huit députés du parti présidentiel sera donc nécessaire pour entraîner la chute de M. Yoon.
Jeudi, le chef de file du PPP au Parlement, Choo Kyung-ho, a affirmé que sa formation voterait contre. "L'ensemble des 108 députés du Parti du pouvoir au peuple resteront unis pour rejeter la destitution du président", a-t-il dit à la presse.
M. Choo a toutefois ajouté qu'il avait demandé à M. Yoon de quitter le parti. Le PPP "n'est pas en train d'essayer de défendre la loi martiale inconstitutionnelle du président", a-t-il assuré.
Si la motion est adoptée, M. Yoon sera suspendu de ses fonctions dans l'attente d'une confirmation de sa destitution par la Cour constitutionnelle. Si les juges donnent leur feu vert, il quittera le pouvoir et une nouvelle élection présidentielle devra être organisée sous 60 jours.
Le Parti démocrate, principale force d'opposition, a parallèlement annoncé le dépôt d'une plainte contre le président pour "rébellion", un crime théoriquement passible de la peine de mort (laquelle n'est plus appliquée en Corée du Sud depuis 1997).
M. Yoon n'est pas apparu en public depuis son dernier discours à la télévision nationale, mercredi à l'aube, pour annoncer la levée de la loi martiale qu'il avait décrétée la veille au soir.
- "Démocratie piétinée" -
Son bureau a annoncé jeudi la démission du ministre de la Défense, Kim Yong-hyun. Mais les autres proches du président, dont le ministre de l'Intérieur Lee Sang-min, restent à leurs postes.
Mercredi, des milliers de Sud-Coréens ont manifesté à Séoul pour réclamer le départ du président. D'autres rassemblements sont prévus jeudi.
"Notre démocratie sera piétinée si nous laissons M. Yoon au pouvoir un instant de plus", a affirmé un manifestant, Park Su-hyung, 39 ans.
"Il fallait que je sois là ce soir, le président est fou", a jugé pour sa part Choi Moon Jung, 55 ans.
Dans un contexte de difficultés à adopter le budget 2025, le président avait justifié ce coup de force en disant vouloir "éliminer les éléments hostiles à l'Etat" et "protéger la Corée du Sud libérale des menaces posées par les forces communistes nord-coréennes".
- "Dictature législative" -
M. Yoon, élu de justesse en 2022 et qui n'a jamais disposé de majorité au Parlement, avait pointé du doigt une "dictature législative" et accusé les élus de l'opposition de bloquer "tous les budgets essentiels aux fonctions premières de la nation".
L'imposition de la loi martiale impliquait la suspension de la vie politique, la fermeture du Parlement, l'interdiction de toute grève ou manifestation et la mise sous contrôle des médias par l'armée.
Malgré le bouclage de l'Assemblée nationale par des centaines de militaires et de policiers, 190 députés ont réussi à se faufiler dans le bâtiment dans la nuit de mardi à mercredi, parfois en escaladant les clôtures, et à tenir une séance extraordinaire.
Ils ont voté à l'unanimité une motion réclamant la levée de loi martiale, pendant que leurs assistants empêchaient les soldats de pénétrer dans l'hémicycle en barricadant les portes à l'aide de sofas et de tous les meubles qui leur tombaient sous la main. Pendant ce temps, des milliers de personnes manifestaient devant l'Assemblée nationale pour réclamer le départ de Yoon Suk Yeol.
Ce dernier a finalement cédé à la pression, a abrogé la loi martiale mercredi à l'aube, et a ordonné aux troupes de retourner dans leurs casernes.
La loi martiale a été activée pour la dernière fois en 1980 en Corée du Sud, quand des centaines de milliers de personnes avaient battu le pavé pour protester contre un coup d'Etat militaire. La répression avait ensuite fait des centaines de morts.
L'action de M. Yoon a pris les alliés de la Corée du Sud par surprise, en premier lieu desquels les États-Unis, qui ont près de 30.000 soldats dans le pays. Washington a dit avoir appris l'annonce de la loi martiale par la télévision.