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Le pouvoir en Géorgie a juré jeudi d'anéantir l'opposition, accusée de "libéralo-fascisme", en pleine vague de manifestations pro-UE qui entre dans sa deuxième semaine et fait face à une répression accrue des autorités.
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Lors d'une conférence de presse, le Premier ministre, Irakli Kobakhidzé, a livré un réquisitoire particulièrement virulent. Son gouvernement, accusé de dérive autocratique prorusse, tente de juguler la contestation par la force, avec notamment l'arrestation mercredi de trois meneurs de l'opposition.
"Nous ferons tout le nécessaire pour éradiquer complètement le libéralo-fascisme", a déclaré M. Kobakhidzé, en accusant à nouveau -- sans fournir de preuves -- la contestation de fomenter une révolution et d'être financée depuis l'étranger.
"Ce type de financement a attisé le radicalisme en Géorgie, intensifié la polarisation et, de façon plus alarmante, généré un libéralo-fascisme", a martelé Irakli Kobakhidzé, qui accuse régulièrement les ONG d'être des agents d'influence qui combattent le pouvoir.
Il s'en est également pris aux chefs de la diplomatie américaine Antony Blinken qui avait condamné mercredi la "violence injustifiée" du pouvoir en Géorgie, disant espérer un changement de position avec l'arrivée aux commandes de Donald Trump en janvier.
"J'ai espoir qu'après le 20 janvier nous ne verrons plus ces inventions dans les déclarations américaines", a dit le dirigeant géorgien.
Devant ses collègues des Etats de l'OSCE, réunis à Malte, M. Blinken a répété ses accusations.
La Géorgie traverse une grave crise politique depuis les législatives du 26 octobre, remportées par le parti dirigeant, Rêve géorgien, mais dénoncées comme truquées par ses détracteurs.
Mercredi soir, des milliers de manifestants pro-UE se sont à nouveau rassemblés devant le Parlement à Tbilissi, la capitale, pour une septième nuit de protestation. Les six précédentes avaient été dispersées par la police à coup de canons à eau et de gaz lacrymogène, et près de 300 personnes ont été interpellées.
La foule paraissait la nuit dernière plus clairsemée, même si l'affluence restait conséquente pour cette nation d'environ 4 millions d'habitants.
- Meneurs arrêtés -
Le Premier ministre reste lui sur une ligne dure, menaçant l'opposition et refusant toute concession.
Les autorités ont perquisitionné mercredi les bureaux du parti d'opposition Droa. Des policiers cagoulés y ont brutalisé puis embarqué Nika Gvaramia, le dirigeant d'un autre parti allié, Akhali, selon des images de la chaîne de télévision indépendante Pirveli.
Selon cette chaîne, deux autres dirigeants de l'opposition, Alexandre Elisachvili et Zourab Datounachvili, ont été arrêtés.
Le ministère de l'Intérieur a aussi rapporté l'arrestation de sept personnes accusées d'avoir "organisé" des violences lors des manifestations. Elles encourent jusqu'à 9 ans de prison.
Le principal parti d'opposition géorgien, le Mouvement national uni (MNU) de l'ex-président emprisonné Mikhaïl Saakachvili, a dénoncé "une campagne de terreur et de répressions".
Le commissaire géorgien aux droits humains, Levan Ioseliani, a accusé la police de violenter les manifestants "de façon punitive".
Quelque 293 personnes ont été placées en détention depuis le début du mouvement, a annoncé le ministère de l'Intérieur mardi soir, et 143 policiers ont été blessés.
- Peur et colère -
Mercredi soir, des manifestants interrogés par l'AFP à Tbilissi se demandaient si la pression pouvait étouffer les protestations ou au contraire les galvaniser.
Nikoloz Bakouradzé, étudiant de 19 ans à la fine moustache, pense que le mouvement, principalement cantonné à Tbilissi, avait "déjà passé son pic".
Pour Eka Moniava, artiste de 50 ans, les arrestations montrent que le pouvoir "a peur" et cherche à intimider. "Les gens sont de plus en plus en colère", dit-elle, espérant que cela les poussera dans la rue.
Torniké, musicien de 29 ans, dit lui n'avoir pas participé aux manifestations des premiers jours. "Mais en voyant à la télévision comment la police traitait les gens, je suis venu".
L'attitude des forces de l’ordre est "dégueulasse, il n’y a pas d’autres mots", dit-il.
Des hauts fonctionnaires géorgiens ont commencé en outre à exprimer leur opposition au gouvernement en claquant la porte.
Plusieurs ambassadeurs et un vice-ministre des affaires étrangères ont démissionné, suivi mercredi d'un cadre du ministère de l'intérieur chargé d'organiser la réponse aux manifestations.