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"Passons aux choses sérieuses": les partenaires sociaux ont salué jeudi le diagnostic financier de la Cour des comptes sur les retraites, qui brosse un tableau "préoccupant" mais enterre l'idée d'un "déficit caché", ouvrant la voie à trois mois de négociations sur la réforme de 2023.
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Particulièrement attendu pour faire "la vérité des chiffres", ce rapport commandé par Matignon a été remis en début de matinée à François Bayrou par le premier président de la Cour, Pierre Moscovici, puis présenté aux syndicats et au patronat.
Avant même sa publication officielle, le chef du gouvernement a évoqué "un déficit immédiat de six milliards qui, dans les années qui viennent, si on ne fait rien, dérivera vers 30 milliards" et insisté une nouvelle fois sur "l'apport de l'Etat pour équilibrer le système".
Sans surprise au vu des chiffres déjà connus, le diagnostic financier de la Cour des comptes est "préoccupant", a résumé Pierre Moscovici.
- Déficit accru après 2030 -
Le déficit atteindrait 6,6 milliards d'euros en 2025, se "stabiliserait" jusqu'en 2030 environ, puis se dégraderait de manière "nette, rapide, croissante", passant à environ 15 milliards à horizon 2035 et 30 milliards en 2045, "malgré la réforme de 2023", retrace le rapport.
La réforme de 2023 aura "un effet positif" d'environ 10 milliards à l'horizon 2030, mais de plus en plus limité ensuite. Le système par répartition (les actifs financent les pensions des retraités actuels) souffre d'un "déséquilibre croissant" dû au vieillissement de la population.
Ces chiffres sont loin de ceux avancés mi-janvier par M. Bayrou, qui avait évoqué un déficit de 55 milliards d'euros à horizon 2030. Ils se rapprochent plutôt des prévisions du Conseil d'orientation des retraites (COR), référence en la matière.
Dans son calcul, M. Bayrou n'intégrait pas aux recettes les contributions (impôts affectés, subventions) versées par l'Etat pour équilibrer le régime de la fonction publique, jugeant que l'Etat cotise à un taux trop élevé par rapport au privé.
Dans son sillage, certains experts, minoritaires, avaient pointé un "déficit caché".
Ce rapport "offre un démenti cinglant aux chiffres farfelus" du Premier ministre, a taclé la leader de la CGT Sophie Binet. "L'objectif de la CGT" est toujours "d'abroger cette réforme injuste et violente", ce qui coûterait "10 milliards d'euros", un chiffre "tout à fait soutenable", a-t-elle estimé.
François Bayrou juge lui le rapport "en cohérence" avec ses chiffres, puisqu'il souligne "l'apport de l'Etat".
- "Redonner confiance" -
"L'histoire du déficit caché est écartée, (...) passons aux choses sérieuses", a lancé, tout sourire, la numéro 1 de la CFDT Marylise Léon, qui attend "un bouger sur l'âge légal, la reconnaissance des métiers pénibles" et l'amélioration des droits des femmes.
Au vu du rapport, la réforme de 2023, "présentée comme la réforme du siècle qui allait résoudre tous les problèmes, (...) c'était du pipeau", a-t-elle cinglé.
Les travaux des partenaires sociaux débuteront le 27 février. Leur mission s'annonce ardue, tant les positions sont antagonistes.
Pour les syndicats, la priorité est de revenir en arrière sur les 64 ans. Le patronat exclut lui toute augmentation de sa contribution financière.
"Le premier sujet, c'est de parler de la retraite par capitalisation", a défendu jeudi le président de la CPME Amir Reza-Tofighi, souhaitant aussi "indexer l'âge de départ sur l'espérance de vie". Il a dit vouloir "redonner confiance" dans un système qui "va droit dans le mur" si on ne prend pas des décisions "difficiles mais courageuses".
Augmenter les taux de cotisation aurait "des effets négatifs sur l'économie", selon la Cour, pour qui les effets d'une moindre revalorisation annuelle des pensions aurait en revanche des effets "relativement faibles".
Des scenarii qui font l'impasse sur un retour aux 62 ans. La Cour "s'est engagée à corriger" cet oubli, selon Mme Binet.