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Au douzième jour de la mobilisation indigène dans la rue, le gouvernement équatorien a accusé vendredi les manifestants de ne vouloir "que la violence", tandis que le leader du mouvement a appelé à sa poursuite "indéfinie".
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"Ils ne veulent pas dialoguer. (...) Ils ne veulent pas la paix. Jusqu'à présent, la seule chose qu'ils ont montrée, c'est qu'ils veulent la violence", a déclaré le ministre des Affaires gouvernementales, Francisco Jimenez, sur une radio locale.
Le ministre s'exprimait au lendemain d'une tentative d'invasion du Parlement, signe d'un durcissement des manifestations qui ont fait un total de six morts, selon un dernier bilan.
Jeudi, la police avait évacué en signe de bonne volonté, "dans l'intérêt du dialogue et de la paix", un centre culturel, lieu de rencontre des indigènes dans la capitale.
"Nous avons cédé (...) dans le but de rétablir la paix dans la ville et dans le pays. Cependant, c'est le contraire qui s'est produit. Ils en ont profité pour générer plus de désordre", a déploré M. Jimenez.
"C'est une mobilisation indéfinie jusqu'à ce que nous ayons les résultats" escomptés, a déclaré de son côté à l'AFP le leader du mouvement, Leonidas Iza, chef de la Confédération des nationalités indigènes d'Equateur (Conaie).
"Nous ne pouvons plus retenir la colère du peuple. L'indignation échappe à notre contrôle et au contrôle de nos organisations", a-t-il affirmé, jugeant que les indigènes "se sont sentis trompés" par des mois des discussions sans résultat avec le gouvernement sur la hausse du coût de la vie.
- "Carabines" -
Plusieurs contre-manifestations avec des drapeaux blancs et appelant à la fin des violences ont été signalées jeudi dans la capitale de trois millions d'habitants.
L'armée a de son côté indiqué que des soldats qui assuraient la sécurité d'un convoi routier ont été "agressés par un groupe violent" jeudi à Caspigasí, en banlieue de Quito, et que 17 militaires ont été gravement blessés.
Le commandant de la première division de l'armée, Ewdin Adatty, a dénoncé des faits d'une "extrême violence", avec trois véhicules incendiés par des "délinquants armés", certains avec "des carabines et même d'autres types d'armes".
L'objectif de ce convoi, venu du nord-ouest de Quito, "était de permettre le flux logistique de plus de 1.000 camions qui sont bloqués sur cette route", ce qui affecte sérieusement l'approvisionnement de la capitale, a expliqué l'officier supérieur, alors que certains quartiers commencent à souffrir de pénuries.
L'attaque du Parlement a également été marquée par un niveau élevé de violences, avec canon à eau, grenades lacrymogène et assourdissantes en riposte aux jets de pierres, tirs de mortiers feux d'artifice et cocktails molotov des protestataires.
La crise a fait 92 blessés selon l'Alliance des organisations de défense des droits humains. La police a de son côté annoncé que 169 de ses membres avaient été blessés, et 121 personnes arrêtées, tandis que cinq stations de police ont été détruites ainsi qu'une vingtaine de véhicules.
Lors des manifestations de 2019, des manifestants avaient pris d'assaut le siège du gouvernement et brièvement envahi le Parlement, incendié le bâtiment de l'Inspection des finances et attaqué les locaux de deux médias. Les indigènes avaient alors rejeté la responsabilité sur des "infiltrés".
Près de 14.000 manifestants sont mobilisés dans tout le pays pour protester contre la hausse du coût de la vie et exiger notamment une baisse des prix des carburants d'après la police, qui estime leur nombre à près de 10.000 dans la capitale Quito.
"Les petits producteurs sont en mauvaise posture, les pris sont élevés, nous nous battons pour survivre", criait Carlos Pilla, un indigène originaire de Tungurahua (sud). "Si nous avons une réponse positive aujourd'hui, nous partirons aujourd'hui même, en paix et la tête haute".
Le gouvernement assure que les demandes des manifestants, juste sur les carburants, coûteraient à l'Etat plus d'un milliard de dollars par an.
Pour compliquer la donne, et d'éventuelles discussions, le chef de l'Etat Guillermo Lasso, diagnostiqué positif au Covid-19, est depuis mercredi contraint à l'isolement.
Le président conservateur au pouvoir depuis un an, voit dans cette révolte une tentative de le renverser. Entre 1997 et 2005, trois présidents équatoriens ont dû quitter le pouvoir sous la pression des autochtones.
Il peut toutefois compter sur le soutien des militaires qui ont mis en garde les manifestants, les accusant de représenter un "grave danger" pour la démocratie.