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Cinquante militants de la Confédération paysanne ont été placés en garde à vue mercredi après avoir forcé l'entrée d'un bâtiment du ministère de l'Agriculture pour protester contre le "mépris" du gouvernement, dont les annonces n'ont pas totalement calmé la colère agricole.
En dépit de l'annonce de nouvelles mesures en faveur des agriculteurs mardi par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, des barrages routiers et rassemblements à l'initiative de différents syndicats ont eu lieu mais l'ampleur de la mobilisation a largement baissé par rapport à ces derniers jours. Quelques actions sporadiques sont prévues jeudi.
La Coordination rurale et la Confédération paysanne, respectivement deuxième et troisième syndicats après l'alliance FNSEA/JA, dénoncent des mesures insuffisantes et calquées sur les demandes de cette dernière.
Selon la préfecture de police, 50 personnes ont été interpellées puis placées en garde à vue pour "trouble à l'ordre publics" et plusieurs "délits".
La Confédération paysanne évoque 52 gardes à vue parmi lesquelles ses trois porte-parole nationaux et le président de la chambre d’agriculture de Guyane, et a appelé à un rassemblement devant le commissariat du XVIIIe arrondissement, dans le nord de Paris, pour protester contre le "mépris constant" du gouvernement envers les paysans.
Un représentant du ministère a déposé plainte, a ajouté la préfecture.
Dans le Sud-Ouest, des tracteurs de la Coordination rurale (CR) ont tenu des barrages sur un rond-point menant à l'aéroport Toulouse-Blagnac et sur l'A64, levés dans la journée.
Un responsable de la CR du Gers et un autre de la FNSEA de Haute-Garonne, placés en garde à vue mercredi à Toulouse pour avoir organisé des manifestations en dépit d'un arrêté préfectoral l'interdisant sont ressortis libres en fin de journée.
- "Rien ne sort" -
Des barrages ont aussi été installés dans le Var et dans le nord de la France sur l'A1, mais levés en début d'après-midi.
Dans la Marne, le blocage du dépôt pétrolier de Vatry continuait mercredi soir: au moins 40 agriculteurs et une vingtaine de tracteurs étaient encore présents à 18H30, selon le patron du site, François Renaud, interrogé par l'AFP.
Le ministère de l'Agriculture, qui reconnaît la légitimité de la colère des agriculteurs, a estimé lors d'un point presse téléphonique que les différentes salves de mesures annoncées depuis décembre étaient "de nature à répondre à différentes demandes".
Il a souligné la baisse de la mobilisation mercredi sans s'avancer sur les suites du mouvement dans les semaines qui précèderont le Salon de l'agriculture.
"La fièvre est toujours là, même si les annonces du Premier ministre étaient pour un certain nombre d'entre elles, attendues. Le sujet de fond, c'est le constat pour nombre d'agriculteurs qu'aujourd'hui, la situation économique dans leur exploitation ne leur permet pas d'envisager l'avenir", a souligné le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, mercredi matin sur RTL.
A l'aube, les plus de 350 tracteurs de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs (JA) ont quitté la capitale, après avoir passé quelque 24 heures à Paris.
Sébastien Lecornu a notamment promis mardi une "loi d'urgence agricole" au Parlement "avant l'été" portant sur "plusieurs priorités: eau, prédation (les attaques de loups, NDLR), moyens de production".
Ses annonces s'ajoutent aux mesures déjà promises pour endiguer la crise agricole et répondent quasiment point par point à des demandes de la FNSEA et des JA, alliance qui domine le syndicalisme agricole.
Depuis début décembre, les manifestations d'agriculteurs se multiplient et les précédentes annonces du gouvernement vendredi, après des défilés de tracteurs de la Coordination rurale puis de la Confédération paysanne à Paris, n'avaient pas suffi à calmer la colère contre la gestion de la dermatose bovine, l'accord UE-Mercosur et la précarité d'une profession "à bout".
E.Cerny--TPP