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L'Europe attend avec anxiété de voir si du gaz russe recommencera à couler jeudi dans le gazoduc Nord Stream, indispensable pour lui éviter une crise énergétique cet hiver.
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Après dix jours d'entretien annuel, les livraisons doivent reprendre vers 04h00 GMT dans cette conduite qui relie directement les champs gaziers sibériens au nord de l'Allemagne, d'où le gaz est ensuite exporté à d'autres pays européens.
Dans le contexte de la guerre en Ukraine et du bras de fer entre Moscou et les Occidentaux sur l'énergie, aucun scénario n'est écrit et l'Europe s'est préparée à ce que l'énergéticien Gazprom, propriétaire du gazoduc, coupe le robinet pour de bon ou réduise davantage le débit.
"La Russie utilise le gaz comme une arme", a encore dénoncé mercredi la présidente de l'exécutif européen, Ursula von der Leyen, en présentant un plan d'urgence visant à réduire de 15% la demande européenne de gaz.
"Nous partons du principe que (...) le transport de gaz via Nord Stream reprendra", a affirmé l'opérateur du réseau en Allemagne, Gascade.
Mais il faudra attendre que le gaz s'écoule effectivement pour vérifier le niveau des volumes fournis par Gazprom.
- Turbines "prétexte" -
Le géant russe a déjà drastiquement réduit depuis mi-juin ses flux vers l'Europe et même un redémarrage à 40% de la capacité serait insuffisant pour garantir l'approvisionnement des particuliers et des entreprises cet hiver.
En Allemagne, des pénuries pourraient se produire dès février si le débit n'augmente pas, selon les évaluations de l'Agence fédérale des réseaux.
Un arrêt des livraisons de gaz russe réduirait la valeur du PIB allemand de près de 5 points de pourcentage entre 2022 et 2024, a calculé le Fonds monétaire international (FMI).
Nord Stream achemine environ un tiers des 153 milliards de m3 de gaz achetés annuellement par l'UE.
Or, Vladimir Poutine a laissé entendre cette semaine que le gazoduc pourrait ne fonctionner qu'à 20% de sa capacité dès la semaine prochaine.
La faute, selon le président russe, à des turbines qui équipent le pipeline et dont la Russie a fait un nouvel instrument de pression sur les Occidentaux.
Une première de ces turbines, qui alimentent les stations de compression, vient de faire l'objet d'une réparation au Canada dans les usines du groupe allemand Siemens.
Le composant a quitté le Canada pour être renvoyé en Russie mais Gazprom affirme n'avoir pas encore reçu de Siemens "les documents officiels" qui permettraient de l'acheminer.
Or une seconde turbine doit, selon Vladimir Poutine, partir en maintenance la semaine prochaine, susceptible de diviser encore les livraisons par deux.
Les décisions de Gazprom sur les livraisons de gaz sont depuis le début jugées "politiques" par le gouvernement allemand, qui ne cesse d'accuser la Russie d'invoquer des problèmes de turbines comme "prétexte".
- Sauver Uniper -
Si les pénuries de gaz sont craintes cet hiver, l'explosion du coût de l'énergie se fait déjà sentir, menaçant de récession les économies européennes qui se remettent à peine de la pandémie de Covid-19.
Les particuliers "seront choqués lorsqu'ils recevront un courrier de leur fournisseur d'énergie" avec un triplement voire un quadruplement de la facture à la clé, a alerté Klaus Müller, président de l'Agence fédérale des réseaux, pour inciter la population a réduire sa consommation.
L'urgence est déjà là pour le premier stockeur de gaz en Allemagne, et à ce titre plus gros client de Gazprom: le groupe énergétique Uniper risque la faillite s'il ne reçoit pas à très court terme une aide de l'Etat.
Il doit, faute de gaz russe, faire ses emplettes sur le marché comptant où les prix ont explosé.
Une entrée de l'Etat au capital devrait être annoncée, Berlin craignant des effets en cascade comparables à un "Lehman Brothers" de l'énergie en cas de faillite du groupe.