The Prague Post - En pleine guerre, la révolte de deux femmes tchétchènes

EUR -
AED 4.326998
AFN 75.393857
ALL 95.5279
AMD 434.702457
ANG 2.108524
AOA 1081.424837
ARS 1646.882189
AUD 1.625688
AWG 2.123385
AZN 2.007315
BAM 1.958422
BBD 2.372365
BDT 144.530626
BGN 1.965061
BHD 0.444591
BIF 3504.616123
BMD 1.178022
BND 1.4937
BOB 8.139898
BRL 5.789277
BSD 1.177872
BTN 111.230009
BWP 15.815175
BYN 3.328957
BYR 23089.235637
BZD 2.368961
CAD 1.611929
CDF 2727.12188
CHF 0.914805
CLF 0.026656
CLP 1049.09994
CNY 8.011435
CNH 8.006045
COP 4417.229942
CRC 541.476707
CUC 1.178022
CUP 31.217589
CVE 110.402975
CZK 24.303664
DJF 209.358573
DKK 7.472714
DOP 70.053793
DZD 155.802101
EGP 62.103687
ERN 17.670333
ETB 183.933564
FJD 2.572216
FKP 0.865636
GBP 0.864374
GEL 3.15756
GGP 0.865636
GHS 13.269767
GIP 0.865636
GMD 85.996041
GNF 10334.916001
GTQ 8.994042
GYD 246.469993
HKD 9.222129
HNL 31.315928
HRK 7.533499
HTG 154.22649
HUF 354.383295
IDR 20450.46585
ILS 3.417801
IMP 0.865636
INR 111.208774
IQD 1543.166109
IRR 1546625.381397
ISK 143.789847
JEP 0.865636
JMD 185.658574
JOD 0.835264
JPY 184.485395
KES 152.142024
KGS 102.983297
KHR 4726.32797
KMF 493.591725
KPW 1060.162209
KRW 1722.139364
KWD 0.362466
KYD 0.981714
KZT 544.390349
LAK 25833.587986
LBP 105047.746667
LKR 379.223933
LRD 216.159411
LSL 19.325575
LTL 3.478394
LVL 0.712574
LYD 7.448308
MAD 10.772663
MDL 20.14397
MGA 4920.148927
MKD 61.660503
MMK 2473.383461
MNT 4216.02678
MOP 9.498017
MRU 47.08404
MUR 55.155446
MVR 18.206379
MWK 2042.2343
MXN 20.257447
MYR 4.619071
MZN 75.280013
NAD 19.325575
NGN 1601.462759
NIO 43.344169
NOK 10.842499
NPR 177.984299
NZD 1.975367
OMR 0.452939
PAB 1.177977
PEN 4.07249
PGK 5.201501
PHP 71.273294
PKR 328.276462
PLN 4.233989
PYG 7194.991899
QAR 4.305381
RON 5.219078
RSD 117.387604
RUB 87.410372
RWF 1726.912122
SAR 4.455323
SBD 9.462179
SCR 16.493534
SDG 707.406677
SEK 10.861006
SGD 1.492205
SHP 0.879513
SLE 28.983666
SLL 24702.532559
SOS 673.201333
SRD 44.056898
STD 24382.681668
STN 24.530657
SVC 10.306881
SYP 130.223224
SZL 19.312858
THB 37.941785
TJS 10.990615
TMT 4.134858
TND 3.421581
TOP 2.836395
TRY 53.436978
TTD 7.982977
TWD 36.926878
TZS 3060.965929
UAH 51.739962
UGX 4413.515765
USD 1.178022
UYU 46.978711
UZS 14287.856164
VES 584.545302
VND 30991.408731
VUV 139.037421
WST 3.18548
XAF 656.836423
XAG 0.014592
XAU 0.000249
XCD 3.183664
XCG 2.122853
XDR 0.819328
XOF 656.777804
XPF 119.331742
YER 281.080331
ZAR 19.296287
ZMK 10603.617886
ZMW 22.427027
ZWL 379.322676
  • AEX

    -1.9400

    1017.5

    -0.19%

  • BEL20

    -6.5600

    5463.32

    -0.12%

  • PX1

    -89.4000

    8112.57

    -1.09%

  • ISEQ

    -222.6400

    12721.67

    -1.72%

  • OSEBX

    -8.9100

    1970.28

    -0.45%

  • PSI20

    -66.6800

    9067.26

    -0.73%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -6.0000

    3992.65

    -0.15%

  • N150

    -9.6600

    4189.18

    -0.23%

En pleine guerre, la révolte de deux femmes tchétchènes
En pleine guerre, la révolte de deux femmes tchétchènes / Photo: Alexander NEMENOV - AFP

En pleine guerre, la révolte de deux femmes tchétchènes

Assil et Aïchat ont désobéi. Elles ont fui leurs familles et la région russe de Tchétchénie, où les violences se sont multipliées depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Aujourd’hui, seule l'une d'elles est encore en vie.

Taille du texte:

Certains de leurs proches les frappaient, les insultaient, les humiliaient, ont raconté ces deux femmes. Et quand elles résistaient, on leur disait qu'elles étaient possédées par le diable.

"Chez nous, le +sheitan+ (démon en arabe) est la raison à tout", ironise Assil. Son vrai nom et des détails de son histoire sont tus pour éviter qu'on ne la retrouve.

Elle parle à l'AFP de la Tchétchénie en guerre, une république du Caucase d'un million et demi d'habitants où les accès de la presse internationale sont fortement limités et l'omerta, du fait d'intenses persécutions, est la règle.

Cet automne, dans un entretien accordé à un moment où sa situation était périlleuse, Assil avait la "peur animale" d'être tuée comme Aïchat.

- "Moeurs russes" -

Aïchat Baïmouradova, 23 ans, a été retrouvée morte en octobre 2025 dans des circonstances troubles, dans un appartement à Erevan, la capitale de l'Arménie. La police enquête pour meurtre et recherche deux suspects.

Avant de mourir, Aïchat avait dénoncé l’ultra-conservatisme en vigueur en Tchétchénie, dont le dirigeant Ramzan Kadyrov impose un islam radical laissant peu de droits aux femmes.

Aïchat avait subi des sévices pendant des années. Selon l'un de ses amis interviewé sous couvert d'anonymat par l'AFP, elle disait avoir été violée, enfant, par son père et son grand-père, puis par son mari, qu’elle avait épousé très jeune et avec lequel elle a eu un fils.

L'organisation CK SOS, qui l'avait aidée à quitter la Tchétchénie, a diffusé huit messages audio dans lesquels elle raconte que son époux - qui l'accusait d'avoir le "sheitan" - la battait et la traitait de "pute" car elle refusait de se plier à son diktat.

"Je lui ai dit : pourquoi t’es-tu marié à une femme si tu les détestes. Marie-toi à un homme et divorce”, murmurait Aïchat, d'une voix sombre, dans l'un de ces enregistrements.

Après s'être enfuie, début 2025, elle ne voulait plus se taire et se cacher.

Sur les réseaux sociaux, elle avait commencé à se montrer, bras musclés, au cours de séances de sport. Elle avait opté pour un style androgyne et ses cheveux, coupés court, étaient teints en roux.

Cette attitude lui avait valu les menaces de Tchétchènes soutenant Ramzan Kadyrov qui lui reprochaient de s'être "russifiée" en abandonnant les vêtements couvrants et le comportement imposés aux femmes en Tchétchénie.

"(Ils) me jugent pour mes supposées moeurs russes mais ils lèchent le cul de la Russie en la soutenant dans sa guerre contre l'Ukraine", rétorquait Aïchat Baïmouradova, en septembre, sur Telegram.

Le pouvoir tchétchène soutient ardemment l'invasion de l'Ukraine. Ramzan Kadyrov dit y avoir envoyé des milliers de combattants. Selon lui, ses soldats accomplissent leur "devoir sacré". Il leur a promis d'énormes salaires.

- Violences exacerbées -

Ce dirigeant perpétue un pacte scellé avec Vladimir Poutine après les deux guerres des années 1990 et 2000, à l'issue desquelles Moscou a vaincu une rébellion indépendantiste tchétchène dont une importante frange était devenue jihadiste.

Ces conflits ont fait des dizaines de milliers de morts et des villes tchétchènes, dont Grozny, la capitale, ont été rasées par l'armée russe.

En échange de son soutien au Kremlin, Ramzan Kadyrov jouit d'un pouvoir total en Tchétchénie, où il est accusé de répressions impitoyables.

Selon l'organisation russe Mémorial, des Tchétchènes ont été contraints "en large nombre" de combattre en Ukraine. Pour certains, c'était soit le paiement d'une grosse rançon, soit la prison et les représailles, soit le front.

Ramzan Kadyrov dément toute violation et a assuré, en 2025, que la protection des droits était une "priorité".

Le directeur de l'organisation CK SOS, David Isteev, constate, parallèlement, "une forte hausse" du nombre des violences en Tchétchénie liées au retour de combattants traumatisés et observe que la région reste minée par la pauvreté et la corruption.

D'après lui, le renforcement des persécutions depuis 2022, l'impossibilité de travailler sur place et l'opacité judiciaire y rendent très difficile l'aide aux victimes. L'approche plus restrictive de l'UE à l'égard des citoyens russes complique aussi la fuite vers l'Europe d'individus en danger, dit-il.

Ces quinze dernières années, son ONG et d'autres groupes ont réussi à confirmer dans le Caucase russe, principalement en Tchétchénie, plus de 70 "crimes d'honneur" : quand une personne accusée d'infamie (une femme, la plupart du temps) est tuée par sa famille, parfois sous la pression des autorités.

Assil, la fugitive dont l'AFP a recueilli le témoignage, a ressenti en Tchétchénie un climat de peur exacerbé par la guerre et le risque d'être "dénoncée" pour tout mot de travers sur l'Ukraine.

Selon elle, de "nombreuses histoires" circulent sur des chauffeurs de taxi qui cherchent à piéger leurs passagers en les poussant à critiquer le conflit, avant de transmettre leurs noms au pouvoir.

"Ça suffit pour être arrêté et torturé", soupire Assil, qui dit avoir été personnellement interrogée avec insistance sur l'Ukraine par un chauffeur de taxi.

Signe que la population n’applaudit pas unanimement les autorités, elle confie que son père a jugé en privé "injuste" l'invasion car il a lui-même souffert des guerres du Kremlin en Tchétchénie.

- "Qu'ils crèvent !" –

Assil a traversé des épreuves, eu beaucoup de chance et trouvé refuge en Europe. L'AFP la rencontre, fin décembre, dans une ville célèbre pour sa beauté.

Pendant cinq longues minutes, elle reste plantée, silencieuse, devant un imposant monument historique. "Je ne pensais pas que ça me toucherait autant", glisse-t-elle après avoir réalisé une ribambelle de selfies.

Assil a toujours peur d'être repérée par la diaspora tchétchène, dont une partie soutient Ramzan Kadyrov. Elle dissimule aux inconnus ses origines, ne publie rien sur internet et a adopté une coiffure à l'occidentale pour se "fondre dans la masse".

"C'est aussi un geste de révolte car, chez moi, j'avais interdiction de me couper les cheveux", souligne-t-elle.

Devant une tasse de thé, elle évoque Aïchat, qu'elle n'avait jamais rencontrée. Pour Assil, c'était une personne "forte, franche" qui avait transformé une "immense douleur" en rébellion.

"Elle avait une flamme en elle et ceux qui l'ont éteinte, eh bien, qu'ils crèvent, ces monstres ! Qu'ils crèvent !", lâche Assil, tapant soudain sur la table.

Elle refuse néanmoins de condamner toute sa culture, connaît de "bonnes familles tchétchènes" et espère que sa communauté donnera un jour - peut-être après la guerre et le règne de Ramzan Kadyrov - plus de libertés aux femmes.

Pour l'heure, Assil se réjouit d'avoir une chambre où elle ne craint plus d'être frappée. "Ma vie et mon temps m'appartiennent". Plus tard, elle veut étudier et, pour "libérer" d'autres choses en elle, aimerait apprendre à jouer de la musique.

O.Ruzicka--TPP