The Prague Post - Les Libanais replongent dans le cauchemar d'une guerre qu'ils n'ont "pas choisie"

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Les Libanais replongent dans le cauchemar d'une guerre qu'ils n'ont "pas choisie"
Les Libanais replongent dans le cauchemar d'une guerre qu'ils n'ont "pas choisie" / Photo: Joseph EID - AFP

Les Libanais replongent dans le cauchemar d'une guerre qu'ils n'ont "pas choisie"

Dans le hall bondé d'un lycée où s'entassent des centaines de déplacés, Zainab Mokdad, qui a fui la banlieue sud de Beyrouth sous les bombes, laisse éclater sa colère contre cette nouvelle guerre "imposée" avec Israël.

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"C'est un cauchemar. On est chez soi, en sécurité, et soudain il faut fuir", dit cette femme de 50 ans, assise sur un matelas, sa fille malade à ses côtés.

Mme Mokdad et sa famille ont passé le reste de la nuit à la belle étoile, sur le front de mer, avant d'échouer dans ce centre d'accueil au nord de la capitale.

"Cette guerre nous a été imposée (...) nous n'y pouvons rien", soupire cette femme.

Dans les salles de classe vides, la fatigue des nuits sans sommeil se lit sur les visages cernés. Femmes et enfants tuent le temps, assis sur de minces couvertures de laine, ou à même le sol.

Le Premier ministre Nawaf Salam a averti qu'un "désastre humanitaire" se profilait en raison du déplacement massif de la population de la banlieue sud, où vivent d'ordinaire entre 600.000 et 800.000 habitants.

Les déplacés sont les "victimes de la guerre israélienne contre le Liban, mais aussi de ceux qui ont fourni un prétexte à l'agression israélienne", a ajouté M. Salam dans une pique lancée au Hezbollah.

Alors que la guerre israélo-américaine visait au départ l'Iran, les frappes tirées lundi par le groupe chiite sur son voisin pour "venger" la mort du guide suprême iranien ont entraîné des représailles massives d'Israël.

- "Quel était le but?" -

Lors du précédent conflit avec Israël, en 2024, le Hezbollah, qui gère des écoles, des hôpitaux et des organisations communautaires grâce à un vaste réseau financier, venait en aide aux déplacés. Nombre d'entre eux avaient ainsi perçu de l'argent pour se reloger.

Mais le groupe est considérablement affaibli depuis lors et ses circuits financiers sous pression. Les familles qui ont fui parfois sans rien emporter, pas même un matelas, se disent abandonnées à leur sort.

Si la plupart ne critiquent pas le Parti de Dieu devant les caméras, le soutien inconditionnel dont il a longtemps bénéficié semble moins évident.

"Combien de temps va encore durer notre souffrance ? Quel était le but de cette guerre? Pour quel résultat? Rien de tout cela n'a de sens", s'agace Hiam, 53 ans, qui a fui son foyer dès les premiers bombardements.

"Nous sommes livrés à nous-mêmes... l'histoire se répète, mais qui s'intéresse à notre peuple?", poursuit cette habitante de la banlieue qui refuse de donner son nom de famille. "Qui nous donnera de l'argent? Nous n'avons vu aucun responsable, personne n'a frappé à notre porte".

Dans une pièce attenante où des femmes préparent l'iftar, le repas de rupture du jeûne, Loubna Saad raconte avoir fui en pleine nuit la petite ville de Bint Jbeil, dans le sud du pays, près de la frontière avec Israël.

"Je ne pensais pas que cela allait se répéter", dit cette femme de 42 ans entre deux sanglots, dans une allusion au conflit précédent qui avait déjà jeté sur les routes une grande partie des habitants de la région. "Je croyais qu'on était rentrés chez nous et que c'était fini".

Dans le jardin du lycée, où les femmes étendent du linge sur les branches des arbres, Nohad Arkan, une institutrice de 33 ans, semble épuisée après une nuit passée sur la route pour fuir le sud du Liban.

"Il n'y avait aucune raison pour cette guerre se répète, et elle arrive au mauvais moment", dit-elle. "J'ai l'impression de vivre un cauchemar et j'espère me réveiller".

Pour beaucoup, la guerre n'a jamais vraiment pris fin.

Malgré le cessez-le-feu conclu en novembre 2024, Israël a continué de pilonner les zones frontalières pour anéantir les positions du Hezbollah et neutraliser ses chefs.

"Plus personne n'est en sécurité, plus personne ne peut cultiver ses terres ni vivre normalement", soupire Mohammad Ali Taqi, 50 ans, un ouvrier arrivé de la ville frontalière de Markaba.

"Il n'y a pas même de pitié pour les enfants".

W.Urban--TPP