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La Chine a conclu jeudi le grand évènement politique annuel dit des Deux Sessions. Le pouvoir y a projeté l'image d'une stabilité active, à l'abri de la guerre au Moyen-Orient et des turbulences extérieures.
Que retenir ?
- Les orientations économiques -
Des milliers de représentants du système ont examiné pendant neuf jours et validé les choix du pouvoir communiste pour l'année à venir et les quatre suivantes. Le gouvernement a annoncé un objectif de croissance de 4,5 à 5% en 2026. Jamais depuis 1991 la Chine, qui représente un tiers de la croissance mondiale, n'avait affiché des prétentions aussi modestes, ajustées aux réalités intérieures et internationales: commerce extérieur florissant, mais sérieux déséquilibres économiques structurels, rivalité exacerbée avec les Etats-Unis...
Le géant asiatique maintient l'effort militaire face à des défis stratégiques multiples: le budget de la Défense augmentera de 7% en 2026, dans la ligne des années précédentes.
Les Deux sessions se sont penchées sur le plan quinquennal 2026-2030, outil de planification essentiel. Innovation, science, technologie, transformation de l'industrie en constituent l'un des grands axes. Autres objectifs capitaux: stimuler la consommation intérieure pour réduire la dépendance aux exportations; sécuriser l'autosuffisance, technologique ou alimentaire.
Le 15e plan paraît marquer un "tournant décisif", d'une approche de développement "quantitative" vers une approche "qualitative", dit Damien Ma, directeur du centre de recherche Carnegie China.
"Les objectifs quantitatifs, bien qu'ayant encore une relative importance, ne sont plus une fin en soi. L'objectif de PIB annoncé est conforme à cette approche, il n'est plus l'objectif principal, mais sert davantage de repère".
- Des textes politiques -
L'Assemblée nationale populaire, parlement monocaméral, a adopté un certain nombre d'autres textes, dont une loi d'"unité ethnique". Elle criminalise les "activités terroristes violentes, les activités relevant du séparatisme ethnique ou les activités religieuses extrémistes".
Elle formalise des politiques pour promouvoir le mandarin, la langue officielle, comme "la langue nationale commune" dans l'éducation, les affaires officielles et l'espace public.
Les parlementaires ont aussi adopté un code environnemental et une "loi sur les plans de développement national", portant sur la rédaction et l'application des plans quinquennaux.
L'adoption des textes ne laissait aucune place au doute.
"Les résultats (de la session de l'ANP) reflètent le degré élevé de convergence entre les propositions du Parti et la volonté du peuple", a dit à la conclusion des Deux Sessions Zhao Leji, président du comité permanent de l'ANP.
"Le point commun entre ces trois lois, c'est de chercher à ancrer et à légitimer les politiques et les pratiques du Parti", dit Changhao Wei, fondateur du site d'analyse NPC Observer. Par exemple, la loi sur "l'unité ethnique" incarne "la nouvelle approche du Parti en matière de gouvernance ethnique sous Xi Jinping".
- Quel impact la guerre au Moyen-Orient a-t-elle eu ?-
Rien n'a signalé que la guerre ait affecté les Deux Sessions. C'était à prévoir, dit Yu Tao, enseignant à la University of Western Australia.
"Cette continuité fait partie intégrante du message politique. Ces réunions visent à projeter une image de stabilité institutionnelle et de continuité des politiques. Pékin semble désireux de montrer que les turbulences extérieures ne perturberont pas facilement son rythme de gouvernance interne ni son programme stratégique à long terme", dit-il.
Le sujet iranien n'aura guère été évoqué publiquement que lors de la séance de questions-réponses du ministre des Affaires étrangères Wang Yi. Yu Tao voit dans la rhétorique chinoise "pas tant de l'indifférence qu'une retenue délibérée".
"L'une des explications possibles réside dans le fait que, Trump étant attendu prochainement à Pékin, les dirigeants chinois trouvent peut-être opportun d'éviter tout langage susceptible d'envenimer inutilement la situation".
Le but d'évènements comme les Deux Sessions, "c'est d’organiser le travail du gouvernement et du Parti communiste qui le supervise, et non pas de traiter les évènements en cours", dit Drew Thompson, chercheur à la S. Rajaratnam School of International Studies. "La communauté internationale est en réalité une observatrice passive et non pas une spectatrice visée" par l'évènement.
Drew Thompson s'attend à un exercice 2027 plus animé en raison du congrès du Parti en fin d'année, "qui aura des répercussions politiques majeures".
Les Deux Sessions de 2026 étaient "une réunion d'attente, avant le possible feu d'artifice de l'an prochain", dit-il.
K.Dudek--TPP