AEX
1.2400
"C'est difficile de mettre le clignotant pour faire autre chose" mais la triathlète Cassandre Beaugrand, championne olympique en 2024, a semblé trouver la recette en intégrant davantage l'athlétisme à sa saison, un moyen "de souffler", voire de faire tomber les records.
QUESTION : Mercredi, vous avez battu le record de France du 5.000 m sur piste, vieux de 22 ans, à Nice (en 14 min 40 secondes et 77/100e). Vous aviez l'air surprise de votre résultat...
REPONSE : "Oui, c'est toujours difficile de me jauger, même si je fais de très bonnes séances d'entraînement, qui me laissaient penser que j'étais capable d'avoir une certaine fourchette de temps. Mais je me suis quand même surprise moi-même."
Q: Avant cela, vous avez battu le record du 10 km à Lille début avril, celui du 5 km à Monaco en 2025. Vous trouvez du plaisir dans l'athlétisme. Est-ce parce que la discipline vous permet de sortir de votre routine ?
R: "Je le pense, cela m'a permis de souffler un peu, de faire quelque chose de différent. En plus, je fais la course contre moi-même et non contre les autres, c'est une autre approche."
Q: La saison dernière s'est terminée difficilement, avec un abandon lors de la finale du circuit de championnats du monde et la perte de votre titre. Ne vous étiez-vous pas rendu compte de ce besoin d'autre chose ?
R: "C'est plus qu'il est difficile, quand on est au top, de mettre le clignotant et de faire autre chose. Au début de la saison dernière, je ne ressentais pas l'essoufflement, j'ai pris beaucoup de plaisir à courir le 5km à Monaco. Et quand j'ai repris la saison classique, j'avais l'impression que tout le monde me regardait, et oui j'avais pour ambition de rester championne du monde, mais je n'avais pas pris en compte tout ce qu'impliquait l'après-JO. Alors l'année a été loin d'être horrible (deux victoires sur le circuit, ndlr), mais il fallait juste que je prenne plus soin de moi."
Q: Comment s'est articulée cette envie de revenir à l'athlétisme, que vous avez pratiquée plus jeune, et le triathlon ?
R : "Dès la fin de la saison dernière, on s'est posés avec mon entraîneur. Je n'étais pas en dépression mais vraiment dans un bon +down+ et je devais trouver des choses qui m'animaient. Je me suis dit +pourquoi pas faire de l'athlé ?+, je me suis même sentie bête de ne pas l'avoir fait plus tôt. Mais cette année c'est encore possible. Je m'étais dit que j'allais faire deux, trois sorties. En étant bien sûre motivée, en les préparant. Et souvent quand je suis animée par quelque chose, cela marche vraiment bien, c'est peut-être pour cela que du côté du triathlon c'était un peu compliqué !"
Q : Vous pouvez encore prétendre aux championnats d'Europe d'athlétisme (10-16 août à Birmingham), c'est un objectif ?
R : "J'y avais pensé en début d'année, mais après la sortie des minima, je pensais que ce serait quasiment impossible. J'avais évoqué la Ligue de Diamant de Monaco (10 juillet), mais je voulais d'abord faire un passage par un meeting, et je pense que c'est cool de voir ce que je vaux sur 5.000m. Mon rêve de faire la Ligue de Diamant date de longtemps. Je la regardais avec des yeux d'enfants, en me disant que je voulais être là plus tard. C'est pourquoi je garde toujours cette ambition, sans pour autant m'avancer. Maintenant, on va devoir en parler avec mon entraîneur. Comme je n'ai pas pris part à l'étape de Samarcande (pour maladie, ndlr) et de Yokohama (Japon), il ne me reste pas beaucoup de jokers pour jouer le classement mondial en triathlon (Elle débutera à Alghero, en Italie, la semaine prochaine, ndlr), donc il va surement falloir faire des choix. Je prendrai le temps."
Propos recueillis par Laurie VEYRIER
J.Simacek--TPP