The Prague Post - Mondial-2026: relancer la croissance grâce aux Bleus, un mirage persistant

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Mondial-2026: relancer la croissance grâce aux Bleus, un mirage persistant
Mondial-2026: relancer la croissance grâce aux Bleus, un mirage persistant / Photo: TIMOTHY A. CLARY - AFP

Mondial-2026: relancer la croissance grâce aux Bleus, un mirage persistant

Un parcours réussi des Bleus peut-il doper l'économie française? Si l'espoir renaît à chaque Coupe du monde de foot, plusieurs économistes interrogés par l'AFP estiment que l'effet sur la croissance reste, au mieux, marginal.

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A chaque édition du Mondial, la Fédération internationale de football association (Fifa), les organisateurs et divers cabinets de conseil publient des études chiffrant les bénéfices attendus.

En 2025, la Fifa et l'Organisation mondiale du commerce (OMC) avaient estimé la contribution du Mondial-2026 au produit intérieur brut (PIB) mondial à plus de 40 milliards de dollars.

La France pourrait-elle en tirer profit? Sur le papier, l'idée est séduisante, à l'heure où le moral des ménages flanche, où la consommation recule devant l'inflation et où la récession guette.

"C'est une légende urbaine", balaye toutefois Luc Arrondel, économiste du sport au CNRS.

"On sait maintenant avec le recul, que même l'accueil d'un événement sportif a très peu d'impact sur les économies des pays qui les organisent", souligne le chercheur, auteur de "Foot business: Les Trente Glorieuses" (Ed. Odile Jacob).

Lors du premier sacre, à domicile, des Bleus en 1998, "l'Insee n'avait constaté qu'une très légère hausse de la confiance des ménages", dans un contexte économique déjà favorable, rappelle à l'AFP Hadrien Camatte, économiste pour Natixis.

Un constat qui s'applique aux autres derniers grands rendez-vous du sport accueillis en France.

Après les Jeux olympiques de Paris, la Cour des comptes avait estimé leur contribution à la croissance annuelle française en 2024 à 1,9 milliard d'euros, soit... 0,07 point du PIB.

L'Euro-2016 de football en France avait, lui, généré 1,2 milliard d'euros de retombées économiques, selon une étude du Centre de droit et d'économie du sport (CDES), soit 0,05% du PIB français cette année-là.

- Effets d'éviction -

Alors, qu'espérer d'une compétition organisée entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique?

"Même si la France arrive en finale ou remporte la compétition, il est très difficile de dire qu'il y aura un impact sur le PIB", indique Hadrien Camatte.

Après sa deuxième étoile, lors du Mondial-2018 en Russie, la confiance des ménages était restée quasi stable, rapporte une note de Natixis.

Pourtant les bars bondés, les rayons de bières et pizzas surgelées dévalisés et les écrans plats XXL vendus par milliers alimentent la croyance collective.

Toutes ces dépenses "restent concentrées sur certains secteurs et il y a des effets d'éviction assez importants", explique Hadrien Camatte. "Si vous êtes sorti un jeudi soir pour aller voir la Coupe du monde, peut-être que vous n'irez pas au restaurant le samedi soir."

Moteur historique de la croissance française, "la consommation représente 1.600 milliards d'euros, soit 54% du PIB", précise Anthony Morlet-Lavidalie, du cabinet à tendance libérale Rexecode. Difficile donc de "voir dans ces 1.600 milliards un effet Coupe du monde parce qu'on a eu un peu plus d'affluence sur les terrasses".

- Achats plaisir -

Les effets restent néanmoins bien réels pour les habituels gagnants des évènements sportifs, même si les nouvelles habitudes de consommation ont rebattu les cartes.

"On a connu des Coupes du monde qui étaient capables de générer jusqu'à 200.000 ventes de télés" de plus qu'une année sans compétition, se souvient Laurent Darrieutort, responsable chez Fnac Darty. "Désormais, on est plutôt entre 80.000 et 120.000", un affaissement compensé par le boom de la vidéoprojection, assure-t-il.

Malgré un pouvoir d'achat en berne, "on est dans l'achat plaisir. Le taux d'équipement est de 96%. Donc, ils viennent pour acheter des écrans de bonne taille, on n'est pas très inquiet", affirme-t-il.

Marché en plein essor depuis le Covid, la livraison de repas à domicile profite aussi de l'évènement. Lors du dernier Mondial, en 2022, Uber Eats avait enregistré un volume moyen de commandes 11 fois supérieur sur la période en France.

Une concurrence qui n'inquiète pas Frank Delvau, président de l'Umih Ile-de-France, première organisation professionnelle de l'hôtellerie-restauration, car, dit-il, "les événements sportifs, ça amène toujours du monde, donc c'est plutôt une bonne chose".

Mais dans un contexte où le climat des affaires dans l'hôtellerie-restauration s'est nettement dégradé en mai, selon l'Insee, il n'est "même pas certain que l'effet Coupe du monde soit visible, ni significatif pour le secteur", estime Anthony Morlet-Lavidalie. Seuls "certains restaurateurs bien situés dans les grandes métropoles" pourraient réellement en bénéficier.

X.Vanek--TPP