The Prague Post - 1948: des réfugiés palestiniens se souviennent, sans grand espoir

EUR -
AED 4.337328
AFN 73.81449
ALL 96.510872
AMD 445.098158
ANG 2.113724
AOA 1083.003539
ARS 1663.450609
AUD 1.656936
AWG 2.121423
AZN 2.004253
BAM 1.959032
BBD 2.38165
BDT 144.478382
BGN 1.945917
BHD 0.445313
BIF 3507.010626
BMD 1.181029
BND 1.493796
BOB 8.171648
BRL 6.071553
BSD 1.182366
BTN 107.449196
BWP 15.537502
BYN 3.412645
BYR 23148.161294
BZD 2.378144
CAD 1.613563
CDF 2545.116857
CHF 0.912469
CLF 0.025893
CLP 1022.381208
CNY 8.079892
CNH 8.089521
COP 4448.427035
CRC 559.645756
CUC 1.181029
CUP 31.297259
CVE 110.452709
CZK 24.241201
DJF 210.540054
DKK 7.472085
DOP 71.538337
DZD 153.367198
EGP 56.626193
ERN 17.71543
ETB 183.218277
FJD 2.588935
FKP 0.871603
GBP 0.875408
GEL 3.153796
GGP 0.871603
GHS 12.602701
GIP 0.871603
GMD 86.21543
GNF 10371.932717
GTQ 9.072746
GYD 247.285915
HKD 9.239364
HNL 31.291762
HRK 7.53508
HTG 155.069139
HUF 375.392296
IDR 19808.212307
ILS 3.681147
IMP 0.871603
INR 107.408118
IQD 1548.892151
IRR 1551925.956945
ISK 143.305601
JEP 0.871603
JMD 184.212722
JOD 0.837347
JPY 183.997138
KES 152.35225
KGS 103.280989
KHR 4736.815775
KMF 493.669992
KPW 1062.921729
KRW 1694.81147
KWD 0.36208
KYD 0.98543
KZT 589.985945
LAK 25326.795153
LBP 105865.420775
LKR 365.434496
LRD 216.96073
LSL 18.784473
LTL 3.487271
LVL 0.714392
LYD 7.47022
MAD 10.833182
MDL 20.243486
MGA 4997.025995
MKD 61.643019
MMK 2480.233928
MNT 4215.001346
MOP 9.525056
MRU 47.208091
MUR 54.764411
MVR 18.259092
MWK 2050.541972
MXN 20.288005
MYR 4.590667
MZN 75.473645
NAD 18.784473
NGN 1599.0772
NIO 43.512715
NOK 11.253904
NPR 171.918384
NZD 1.970989
OMR 0.454109
PAB 1.182346
PEN 3.966244
PGK 5.087702
PHP 67.992411
PKR 330.431691
PLN 4.221156
PYG 7615.229222
QAR 4.308746
RON 5.095553
RSD 117.402532
RUB 90.788086
RWF 1723.72135
SAR 4.42927
SBD 9.505521
SCR 16.641165
SDG 710.421887
SEK 10.680367
SGD 1.492289
SHP 0.886077
SLE 28.935921
SLL 24765.579246
SOS 674.515772
SRD 44.639296
STD 24444.908308
STN 24.541011
SVC 10.348118
SYP 130.800004
SZL 18.781306
THB 36.636099
TJS 11.233177
TMT 4.145411
TND 3.401441
TOP 2.843634
TRY 51.915562
TTD 8.023272
TWD 36.965609
TZS 3012.995422
UAH 51.083001
UGX 4256.186454
USD 1.181029
UYU 45.26526
UZS 14339.700488
VES 484.89713
VND 30761.071891
VUV 140.50066
WST 3.205987
XAF 657.043871
XAG 0.013084
XAU 0.000227
XCD 3.191789
XCG 2.130925
XDR 0.817152
XOF 657.052448
XPF 119.331742
YER 281.679965
ZAR 18.778379
ZMK 10630.674845
ZMW 22.136712
ZWL 380.290739
  • AEX

    0.4100

    1022.79

    +0.04%

  • BEL20

    10.8800

    5450.15

    +0.2%

  • PX1

    -8.6200

    8612.53

    -0.1%

  • ISEQ

    85.5600

    13248.94

    +0.65%

  • OSEBX

    13.1300

    1888.44

    +0.7%

  • PSI20

    33.3700

    9301.66

    +0.36%

  • ENTEC

    -5.8300

    1416.23

    -0.41%

  • BIOTK

    -265.7400

    3892.91

    -6.39%

  • N150

    3.6900

    4104.64

    +0.09%

1948: des réfugiés palestiniens se souviennent, sans grand espoir
1948: des réfugiés palestiniens se souviennent, sans grand espoir / Photo: SAID KHATIB - AFP

1948: des réfugiés palestiniens se souviennent, sans grand espoir

De sa vie d'enfant, Amina al-Dabaï se souvient de moments simples, "confortables". Jusqu'à ce jour de 1948 où, comme des centaines de milliers d'autres Palestiniens, elle a fui les combats consécutifs à la création d'Israël.

Taille du texte:

Mme Dabaï, née en 1934, fait partie des quelque 760.000 Arabes de Palestine qui ont fui ou ont été chassés de chez eux pendant la guerre de 1948-1949 qui a vu Israël sortir vainqueur face aux armées de cinq pays arabes l'ayant envahi dès le lendemain de sa création.

Avec leurs descendants, ceux qui sont encore en vie forment une cohorte de 5,9 millions de réfugiés palestiniens répartis entre la Cisjordanie occupée, la bande de Gaza, la Jordanie, le Liban et la Syrie, selon l'ONU.

Pour eux, cet exode a constitué une "catastrophe" ("Nakba" en arabe) que les Palestiniens commémorent chaque année le 15 mai, alors que les Israéliens fêtent l'indépendance de leur Etat, proclamé le 14 mai 1948.

Soixante-quinze ans plus tard, l'AFP a rencontré huit Palestiniens réfugiés dans la bande de Gaza après 1948 et âgés de 85 à 98 ans.

Jusqu'à la guerre, "nous vivions confortablement", se rappelle Amina al-Dabaï, évoquant les balançoires, la grande fontaine du marché central, "et les odeurs qu'il y avait à Lydda et qu'il n'y a pas ici, à Gaza."

Déportation planifiée, expulsion, exil volontaire? Massacre de plusieurs centaines de civils et combattants désarmés dans une guerre où les deux camps se sont rendus coupables d'atrocités? Les événements survenus les 12 et 13 juillet 1948 à Lydda (aujourd'hui Lod, dans le centre d'Israël) lors de la conquête de la ville par l'armée israélienne font l'objet de débats et de controverses intenses encore aujourd'hui.

Une chose semble sûre: la ville s'est vidée de la quasi-totalité de ses quelque 30.000 habitants arabes, pratiquement du jour au lendemain.

Egrenant ses souvenirs enfouis de jeune adolescente, Mme Dabaï raconte l'arrivée de soldats coiffés de keffiehs, comment les habitants ont d'abord cru à des renforts jordaniens, avant de comprendre qu'il s'agissait de soldats israéliens.

- "Personne pour filmer" -

Le lendemain, ils ont encerclé la ville et ont demandé aux habitants de quitter les lieux, raconte la vieille dame: "Nous leur avons dit que nous ne voulions pas, ils ont répondu qu'ils nous tueraient."

La famille al-Dabaï part à pied, quelques vêtements en main, avec la certitude de revenir rapidement.

Après un séjour dans la région de Ramallah, elle prend la direction de l'Egypte. Mais le trajet trop onéreux la pousse à s'arrêter à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, où Mme Dabaï vit toujours.

"Il n'y avait personne pour filmer les massacres comme on le fait aujourd'hui", regrette-t-elle, assurant avoir "vu de (ses) propres yeux" les forces juives prendre "d'assaut une mosquée et tuer" tous ceux qui s'y étaient réfugiés.

Deux tiers de la population de la bande de Gaza a le statut de réfugiés et le "droit au retour" est une constante des revendications palestiniennes depuis 1948.

Israël affirme que les Palestiniens ont volontairement quitté leurs maisons pendant les affrontements et rejette les accusations de crime de guerre à l'encontre de ses troupes.

Le pays s'oppose fermement au "droit au retour" des Palestiniens, faisant valoir qu'autoriser même une fraction d'entre eux à revenir équivaudrait à signer sa fin en tant qu'Etat juif.

En 2011, lorsque des manifestations commémorant la "Nakba" avaient été ensanglantées par des violences inédites, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait estimé qu'elles constituaient "une remise en question de l'existence même d'Israël".

La reconnaissance de la Nakba est vivement rejetée par les Israéliens, "à qui on enseigne un récit mensonger, grandement déformé mais convaincant, d'+une terre sans peuple (la Palestine, NDLR) pour un peuple sans terre+" (les Juifs), d'après l'association israélienne Zochrot qui oeuvre à sensibiliser la société d'Israël sur cette période.

Il y a une trentaine d'années, Mme Dabaï a reçu un permis israélien et s'est rendue à Lod où elle a trouvé la maison familiale détruite et celles des voisins habitées par des Israéliens.

"Cela nous fait pleurer. Rien ne vaut la Palestine d'antan, c'était doux", dit-elle, se rappelant que les habitants de Lod vivaient sans réelle interaction avec leurs voisins juifs avant la Nakba.

Oum Jaber Wishah, née en 1932, songe au temps où les juifs venaient dans son village de Beit Affa, à l'est d'Ashkelon, "sans nous faire de mal et sans que nous leur fassions du mal". "Les Arabes travaillaient pour eux sans problème, en sécurité".

Selon Zochrot, Beit Affa a été pris par les forces juives une première fois en juillet 1948, pour quelques jours seulement, pendant lesquels la population a vraisemblablement quitté les lieux, avant même la prise définitive de la ville à l'automne.

Les soldats israéliens "sont entrés dans chaque village l'un après l'autre avant de parvenir au nôtre", dit Mme Wisha, qui évoque des combats intenses.

"Les hommes étaient ligotés puis faits prisonniers, les enfants criaient", dit-elle dans sa maison du camp de réfugiés de Bureij, dans le centre de la bande de Gaza, qui comme les autres camps palestiniens a depuis longtemps troqué les tentes pour de bas immeubles miséreux.

Cette maison, près de laquelle ses enfants vivent aussi, "ne signifie rien", déclare-t-elle, tenant entre ses doigts une canne de bois clair.

"Mon coeur est lourd. Même si on me donnait toute la bande de Gaza en échange de ma patrie, je ne l'accepterais pas. Mon village, c'est Beit Affa".

- Clés rouillées -

A partir de mars 2018 et pendant plusieurs mois, les manifestations de la "grande marche du retour", le long de la barrière frontalière isolant Gaza d'Israël, ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes réclamant notamment le droit de retourner sur les terres fuies en 1948. Certains rassemblements ont dégénéré en heurts meurtriers avec l'armée israélienne postée de l'autre côté.

"Si on me dit, +retournez-y maintenant+, j'irai en rampant sur les mains, avec des béquilles, même si c'est pour aller sous une tente", lance Ibtihaj Dola, originaire de Jaffa.

Aujourd'hui intégrée à la métropole de Tel-Aviv, Jaffa était une des villes arabes les plus dynamiques, surnommée "la fiancée de la mer".

A l'époque, "nous coexistions", dit la Palestinienne de 88 ans, à la peau parcheminée. "Ma belle-soeur était juive" et l'importante minorité juive de la ville "savait parler arabe".

Il y a une vingtaine d'années, Mme Dola a retrouvé sa maison natale, où vivait alors une Israélienne: "Nous avons bu le thé ensemble et je me suis mise à pleurer", lorsque celle-ci a dit ne pas s'intéresser au sort des anciens propriétaires partis en 1948.

Mme Dola, elle, se souvient précisément de ce jour où, rentrant de l'école et avant même de pouvoir retirer son uniforme, elle a été poussée dans un bateau avec sa famille, fuyant vers l'Egypte.

"J'ai vu un juif attaché à une camionnette, les gens lui jetaient des pierres, il était mort", se remémore-t-elle.

Aujourd'hui, dans le camp Al-Shati de Gaza où elle vit, elle agite un grand trousseau de quatre clés rouillées, seul souvenir matériel de la demeure abandonnée.

"Je connais Jaffa centimètre par centimètre", assure-t-elle.

"Il y avait une discothèque en face de la grande mosquée. Tous les soirs il y avait une fête, mais je n'y suis jamais allé car j'étais trop jeune", se rappelle aussi Abdelhadi Zarouq, né en 1932 à Jaffa.

Il a appris son métier de ferronnier dans l'atelier où travaillait également son père, tenu dans son souvenir par un juif du nom de Wagner.

Une fois arrivé dans la ville de Gaza, son père a logiquement ouvert un atelier de ferronnerie, explique le nonagénaire au béret gris, qui a perdu un oeil dans un accident.

"Il n'y a pas d'espoir, qui nous ramènera à Jaffa?" demande-t-il dans un souffle, le visage figé par la douleur.

- "Aucune indemnisation" -

Les réfugiés rencontrés par l'AFP concèdent qu'un retour de leur vivant paraît irréaliste. Mais tous misent sur leurs descendants, qu'ils soient à Gaza ou à l'étranger, pour concrétiser leur rêve.

Mme Wishah n'entrevoit pas de paix avant "des générations" ni autrement qu'au prix "du sang".

"Ma vie est terminée. Si nous ne revenons pas, nos enfants et petits-enfants le feront", assure Mme Dabaï, refusant catégoriquement de tirer un trait sur le "droit au retour".

"Je n'accepterai aucune indemnisation pour mon pays", dit-elle.

Hassan al-Kilani, né en 1934 dans le village de Burayr au nord de la bande de Gaza, dit à l'AFP qu'il n'acceptera d'être dédommagé qu'en cas d'accord politique.

Mais "nous, Arabes et Palestiniens, nous ne pouvons égaler la force d'Israël, soyons réalistes", s'empresse d'ajouter l'homme coiffé d'un keffieh blanc. "Nous résistons mais notre résistance est limitée par rapport à notre ennemi".

Ancien ouvrier du bâtiment, M. al-Kilani a reconstitué le plan de son village et noté le nom de chaque famille, parcelle par parcelle. Le dessin est accroché sur un mur du salon.

"Tout ceux qui sont restés ont été tués, même le bétail, les chameaux et les vaches", affirme-t-il. "Il n'y avait pas assez de munitions et nous avons été vaincus par le nombre d'armes qu'ils avaient."

Sur un autre pan de mur du salon pend une clé, symbole du retour espéré.

"L'injustice ne dure pas", affirme celui qui veut croire à une "victoire", avant de se désoler: "Je suis vieux. Combien d'années me reste-t-il à vivre?"

O.Holub--TPP