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Keiko Fujimori a été investie nouvelle présidente du Pérou mardi et doit désormais tenir sa promesse de combattre la vague de criminalité qui frappe le pays, tout en appelant à la réconciliation.
Diplômée en administration aux Etats-Unis, ancienne députée, Mme Fujimori, 51 ans, avait remporté le second tour de l'élection présidentielle du 7 juin avec moins de 50.000 voix d'avance sur son rival de gauche Roberto Sanchez, après être sortie perdante des trois seconds tours précédents.
"Je jure (...) d'exercer fidèlement les fonctions de présidente de la République que la nation m'a confiées pour la période 2026-2031", a déclaré lors de la prestation de serment devant le Parlement la fille de l'ancien président Alberto Fujimori (1990-2000), incarcéré pour corruption et crimes contre l'humanité commis lors de ses mandats.
Après son serment, un groupe de parlementaires de gauche qui rejettent son investiture a quitté l'hémicycle en signe de protestation.
Son intronisation marque le retour du fujimorisme au pouvoir, un mouvement populiste oscillant entre conservatisme et libéralisme, et qui divise les Péruviens.
Avec elle, le Pérou rejoint la vague de gouvernements de droite qui progresse en Amérique latine, alignés sur le président américain Donald Trump.
Des chefs d'Etat de droite ou d'inspiration libérale - l'Argentin Javier Milei, le Chilien José Antonio Kast, le Bolivien Rodrigo Paz, l'Equatorien Daniel Noboa - ou de gauche, comme l'Uruguayen Yamandu Orsi, ont assisté à la cérémonie.
"Aucun gouvernement ne pourra faire avancer le Pérou s'il continue d'alimenter la division", avait lancé Mme Fujimori, disant vouloir la "réconciliation nationale" dans un pays où la figure clivante de son père divise le pays.
"Je n'ai pas confiance en elle, mais que pouvons-nous faire : la moitié du Pérou est divisée", a indiqué mardi à l'AFP Franklin Gonzáles, travailleur indépendant de 62 ans, dans le centre de Lima.
- Neuvième président en 10 ans -
Keiko Fujimori a mené campagne en promettant de lutter contre la criminalité, le Pérou étant confronté à sa pire crise sécuritaire depuis des décennies, alimentée par l'installation de bandes criminelles, locales et étrangères, qui s'adonnent à de l'extorsion et à des assassinats commandités.
"Ça va être une reproduction du père", estime César Fuentes, retraité de 80 ans, qui craint que ses stratégies contre l'insécurité ne débouchent sur des abus.
Issue d'une famille d'origine japonaise, la nouvelle dirigeante péruvienne entend combattre la criminalité par l'expulsion massive de migrants en situation irrégulière, la mise en place de tribunaux avec des juges anonymes et l'obligation pour les prisonniers de travailler en échange de nourriture.
"Je suis tout à fait d'accord" avec ses propositions sécuritaires, affirme pour sa part Nelly Vega, femme au foyer de 68 ans, qui estime vivre "dans un pays pris dans la terreur".
Au Pérou, le nombre d'homicides est passé de 1.000 en 2018 à 2.600 en 2025, et les plaintes pour extorsion ont explosé, passant de 3.200 à 26.500 pour la même période.
Le sociologue David Sulmont estime que "si le gouvernement ne parvient pas à donner rapidement des signes tangibles" de lutte contre l'insécurité, "cela peut éroder rapidement sa légitimité et sa popularité".
Keiko Fujimori s'est aussi engagée à combattre le phénomène climatique El Niño, qui devrait être cette année particulièrement intense et le plus dévastateur depuis 1998.
Son parti "Fuerza Popular", plus grand groupe parlementaire au Parlement sans disposer de la majorité, est critiqué pour avoir soutenu des lois d'amnistie en faveur des membres de la police et de l'armée poursuivis pour violation des droits humains lors du conflit armé interne de 1980-2000.
Des proches de victimes de la répression des manifestations contre le gouvernement de Dina Boluarte (2022-2025) lui reprochent également de protéger cette dernière face aux accusations portées contre elle.
"Ils ont gouverné ensemble (...), et ont le sang de nos proches sur leurs mains", juge Raúl Samillán, dont le frère Marco a été tué par balle lors d'une manifestation contre le gouvernement de Mme Boluarte, réprimée par l'armée en 2023.
Keiko Fujimori est devenue la neuvième présidente du pays en une décennie, et la deuxième femme présidente du pays. Elle succède au président par intérim José Maria Balcazar.
S.Janousek--TPP