AEX
4.6100
Depuis son classement au patrimoine mondial par l'Unesco, le petit village slovaque de Vlkolinec a retrouvé de l'animation... mais un peu trop au goût de certains de ses habitants qui peinent à sauvegarder leur intimité face à l'afflux de touristes.
"Propriété privée", "Entrée interdite", "Photos interdites". Avec cette pancarte apposée sur une barrière installée devant chez lui, Anton Sabucha, 68 ans, tente de décourager les curieux.
"Où est‑ce qu'on est, au zoo ?" lance le retraité, qui déplore les touristes "qui vont où bon leur semble, prennent des photos et furètent partout".
Seules 17 personnes vivent à l'année dans le village, mais ce sont pas moins de 100.000 touristes qui viennent déambuler dans ses ruelles et les collines environnantes, selon les chiffres officiels.
Situé dans le centre de la Slovaquie, Vlkolinec constitue l'un des ensembles les mieux préservés d'architecture rurale des Carpates et a su conserver ses paysages et traditions rurales, ce qui lui a valu son classement au patrimoine mondial par l'Unesco en 1993.
- Docteur Jivago -
Avec sa quarantaine de maisons construites en rondins de bois et peintes de blanc, jaune ou brun, son clocher du XVIIIème siècle et son petit beffroi, il offre un décor de carte postale.
Les touristes peuvent aussi y visiter le centre d'information de l'Unesco, qui propose des expositions sur l'histoire des lieux et met en avant les films qui y ont été tournés, comme Le Docteur Jivago de David Lean.
Le village organise aussi des ateliers de confection de costumes folkloriques, de vannerie, de décoration de pains d'épices, ainsi que des fêtes des récoltes et des reconstitutions de mariages traditionnels.
Toutefois, M. Sabucha, le plus ancien habitant du village, affirme que certaines de ces activités n'ont rien à voir avec Vlkolinec, et accuse les autorités de brouiller la frontière entre authenticité et parc d'attraction.
"On leur montre quelque chose qui n'existe plus ici", dit-il, réclamant le retrait du label Unesco pour retrouver sa tranquillité.
La plupart des autres habitants ne partagent pas cette opinion, souligne Jan Ondrik, président de l'association civique de Vlkolinec, mais ils n'en déplorent pas moins les infrastructures inadaptées pour faire face au flot de visiteurs, dont la route d'accès, le parking ou les toilettes publiques. A tel point qu'il arrive à des visiteurs de "se soulager dans le jardin de quelqu'un".
"Les habitants ont le sentiment que le conseil municipal en fait plus pour les touristes que pour les résidents", ajoute-t-il.
Miroslav Parobek, 62 ans, responsable du département de la culture et du tourisme de la municipalité de Ruzomberok, qui administre le village, rejette ces critiques.
- "Un village vivant" -
"Ce n'est pas un musée en plein air, c'est un village vivant", dit-il, ajoutant que les habitants reçoivent 400 euros par an pour compenser les désagréments, et peuvent demander un soutien supplémentaire pour des travaux.
Il souligne aussi que Ruzomberok tente actuellement d'obtenir des financements auprès de la Norvège dans le cadre d'un projet de coopération pour restaurer entre autres l'église et l'école, construire des toilettes supplémentaires et créer un parking-relais à l'extérieur du village.
Au cours des 150 dernières années, Vlkolinec a perdu plus de 300 habitants, mais deux familles ont choisi de s'y installer dans la dernière décennie, malgré la surfréquentation touristique.
"C'est sans importance. Nous avons été séduits par la campagne, le silence, les montagnes", explique Lucia Hudecova, 42 ans, chargée de facturation.
Lorsque l'AFP s'est rendue sur place, deux autocars, l'un transportant des enfants et l'autre des touristes polonais, déversaient leurs passagers, rejoints par des groupes de nonnes en randonnée et des cyclistes.
Face à ce spectacle, Peter Gries, un retraité de 63 ans qui vit dans la maison située face à celle de M. Sabucha, peste, comparant le village à "un égout".
Kristina Ziahlhofstetter, une touriste venue d'Allemagne, reconnaît volontiers que la situation doit être pénible. "Je trouve que nous sommes trop nombreux", dit-elle, n'osant imaginer des gens errant en permanence autour de sa maison et de son jardin.
Y.Blaha--TPP