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La Bourse de Paris s'est un peu ressaisie vendredi grâce au repli du pétrole, au terme d'une semaine marquée par la hausse des taux obligataires et l'écart avec l'Allemagne, conduisant des experts à poser la question d'une intervention de la Banque centrale européenne (BCE).
L'indice CAC 40 a termine sur un gain 0,79% à 7.897,19 points, au lendemain d'une chute de 1,62% ayant contribué à une perte hebdomadaire de plus de 2%.
Comme les autres places financières, la Bourse de Paris a été portée vendredi par la baisse des cours du pétrole.
Très franc en début d'après-midi, alors que les marchés anticipaient la décision des dirigeants du G7 de libérer jusqu'à 100 millions de barils de gazole et pétrole brut dans les quatre mois, le recul s'est finalement progressivement tassé.
Vers 19H45 (17H45 GMT), le baril de Brent de la mer du nord ne cédait plus que 0,02% à 102,29 dollars le baril. Le WTI américain affichait de son côté une baisse de 1,68% à 91,31 dollars.
Comme à New York ou en Allemagne, les investisseurs à Paris ont profité de ce répit boursier pour miser sur les "valeurs de croissance" de la tech (les deux fabricants de semi-conducteurs STMicroelectroncics +6,54% à 50,34 euros et Soitec +7,66% à 170,70 euros hors CAC 40).
Cependant, "l'environnement reste dominé par la remontée des primes de risque obligataires" et "les inquiétudes budgétaires et politiques en France continuent de peser sur la dette", résume John Plassard, chef de la stratégie d'investissement chez Cité Gestion Private Bank.
La France finit la semaine avec un taux d'emprunt à dix ans à quasiment 4,87% contre 4,71% vendredi dernier en clôture.
Scruté par les marchés car signe de cohérence monétaire en zone euro, l'écart de taux avec l'Allemagne (3,46%) s'est creusé à plus de 140 points de base (1,4 point de pourcentage), au plus haut depuis 2012.
- TIP en vue ? -
"La question d'une intervention de la BCE se pose de plus en plus face à ce début de fragmentation", avancent les experts de Natixis.
"La question est de savoir à partir de quel moment la BCE devra commencer à envisager d'utiliser son Instrument de protection de la transmission (TPI en anglais) pour racheter des obligations françaises afin de lisser les écarts de taux", détaille Neil Wilson de Saxo Markets.
Le TPI a été créé en 2022, après les tensions sur les marchés obligataires du sud de l'Europe. Il permet à la BCE, sous certaines conditions, d'acheter des obligations d'un Etat membre si des tensions financières menacent la bonne transmission de sa politique monétaire.
La situation de la France n'est pas de nature à déclencher le TPI, estime toutefois l'économiste d'ING Carsten Brzeski qui rappelle que le creusement des "spreads" (écarts) français et allemand reflète surtout les inquiétudes des marchés concernant l'état des finances publiques.
La hausse des taux est globale et plurifactorielle: inflation, hausse de l'énergie, besoin de capitaux des Etats endettés, en compétition sur le marché de la dette avec les géants de la tech.
Dans ce contexte, la France paie encore plus cher que d'autres pays en raison de sa dette publique à 119% de son PIB et sa situation politique perçue comme instable (gouvernement sans majorité parlementaire, poids des partis d'opposition dans la campagne qui commence).
"Si le contexte mondial joue, il n'explique pas tout. Le décalage du spread intègre une prime de risque liée à la situation financière et politique. Les analystes le chiffrent", résume une source dans l'entourage du Premier ministre Sébastien Lecornu.
"L'incertitude politique et le désordre dans la rue donnent l'image d'un pays instable", ajoute cette source, alors que les lycéens bloquent des établissements demandant plus de moyens. "L'enjeu à court terme, c'est donc le budget : notre capacité à le faire avancer, puis adopter, sans le dénaturer sera scrutée de près".
Présenté jeudi, le budget 2027 prévoit, pour ramener le déficit à 5% en 2027, 43 milliards d'euros de "mesures de redressement".
N.Kratochvil--TPP