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Des bancs de sable à perte de vue et une température de l'eau proche de 30°C: la Loire, habituellement basse l'été, est confrontée à une sécheresse exceptionnellement précoce qui affecte les écosystèmes et certaines activités touristiques.
"En trois jours, l'eau a encore baissé de plusieurs centimètres et ça continue", soupire Michel Navarro, retraité et pêcheur passionné du village de Bou, dans le Loiret, à une quinzaine de kilomètres en amont d'Orléans. "Ça devient compliqué: quand je sors des poissons, leur corps est déjà chaud", s'alarme-t-il.
Début juillet, en pleine canicule, la Loire a atteint localement près de 30°C, des niveaux proches des seuils létaux pour certaines espèces.
"Les poissons ne peuvent pas réguler leur température, leur corps est à la température de l'eau", dit à l'AFP Michael Renard, responsable du développement de la Fédération de pêche du Loiret.
Le brochet ou le barbeau ne peuvent survivre à des températures de l'eau à 31 ou 32°C.
Plusieurs pêcheurs et mariniers interrogés par l'AFP disent avoir observé des poissons morts après la dernière canicule.
- "Alerte" -
D'autant qu'avec la chaleur des algues filamenteuses prolifèrent massivement dans le fleuve, consommant aussi de l'oxygène et créant une menace supplémentaire pour les poissons.
Malgré un début d'année très pluvieux, marqué par de fortes crues, y compris de la Loire, la sécheresse s'est rapidement installée.
Le fleuve a été placé mercredi en état d'"alerte", deuxième seuil de vigilance sur une échelle de quatre avec de premières restrictions d'usage de l'eau, notamment pour les agriculteurs et certains industriels.
La Loire laisse apparaître de vastes bancs de sable, plusieurs semaines plus tôt qu'à l'accoutumée, comme à Orléans où les bateaux peinent à naviguer en dehors du bras canalisé.
"Cette année, c'est très précoce. Avant on voyait ça fin juillet, fin août, mais là, dès le mois de juin on avait beaucoup moins d'eau", constate Mathieu Bourgoin, "pilote" d'une embarcation traditionnelle.
À bord du bien nommé "Passe-Partout", qui effectue des navettes entre les deux rives orléanaises, il estime qu'il "faut s'adapter en permanence" pour éviter les bancs de sable et les hauts-fonds.
"Ces épisodes sont de plus en plus fréquents et chaque année plus tôt. Par endroits, avec 30 à 40 cm, on n'a pas beaucoup de marge. Si le niveau continue à baisser, on ne pourra bientôt plus passer", craint M. Bourgoin.
Les trois épisodes caniculaires depuis fin mai ont mis sous pression tout l'écosystème ligérien, éprouvé par une sécheresse qualifiée de "très préoccupante" par la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut.
- "Extrêmement sèche" -
"À ce stade, 2026 fait partie des années extrêmement sèches, avec des débits naturels comparables aux années historiques de 2003 ou 2019", pointe auprès de l'AFP Hervé Brulé, directeur régional de la Dreal (direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement).
Mais, cette année, "la situation est arrivée précocement", ajoute-t-il.
Le soutien d'étiage assuré par les barrages de Villerest et de Naussac a été déclenché "plus tôt que lors des précédentes années sèches" afin de maintenir le débit du fleuve autour de 45 m³/s à la station référence de Gien (Loiret), explique M. Brûlé.
Ce débit est déjà deux fois plus faible que celui observé le 1er juin, d'environ 83 m³/s. Il était de 165 m³/s le 19 mai, selon Vigicrues.
Dans les prochaines semaines, sans précipitations significatives, "on sera amené à diminuer le soutien d'étiage", anticipe M. Brûlé. Avec des effets probablement plus conséquents encore sur le niveau de la Loire, mais aussi sur la faune, la flore et sur l'ensemble des activités touristiques, agricoles et industrielles qui dépendent du fleuve.
J.Marek--TPP