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La fébrilité règne au Mali trois jours après des attaques sans précédent des jihadistes et des rebelles touareg qui continuent d'avancer dans le nord face à une junte plus affaiblie que jamais et dans une "situation difficile", de l'aveu même de son allié russe.
Le leader de la junte, le général Assimi Goïta, n'est plus réapparu depuis les assauts coordonnés menées samedi par les jihadistes du JNIM alliés aux indépendantistes touareg du Front de libération de l'Azawad (FLA) contre des positions stratégiques de la junte à travers le pays et jusqu'en périphérie de la capitale Bamako.
L'une de ces attaques a tué le ministre de la Défense Sadio Camara, considéré comme l'architecte du rapprochement de ces dernières années avec la Russie, plaçant le régime militaire dans une situation inédite et critique depuis son arrivée au pouvoir après un coup d'Etat en 2020.
La Russie a affirmé mardi que les rebelles et jihadistes étaient en train de se regrouper et que la situation au Mali restait "difficile".
- "Intentions agressives" -
"Les ennemis n'ont pas renoncé à leurs intentions agressives et ils se regroupent. La situation dans la République du Mali reste difficile", a ajouté le ministère russe de la Défense sur les réseaux sociaux.
Le ministère a aussi confirmé que l'Africa Corps - des paramilitaires envoyés en appui de la junte malienne - a dû se retirer de la ville-clef de Kidal (nord), dont les groupes armés se sont emparés le week-end dernier.
Le Kremlin a dit mardi souhaiter le retour "au plus vite" de la stabilité dans ce vaste pays sahélien, en proie depuis 2012 aux conflits et aux violences jihadistes.
Ces attaques coordonnées lancées samedi jettent le doute sur les capacités de la junte à faire face aux menaces des groupes armés, et mettent à mal sa rhétorique, qui affirmait jusqu'ici que sa stratégie de rupture, ses nouveaux partenariats étrangers et son effort militaire accru avaient permis d'inverser la tendance face aux combattants radicaux islamistes.
Le chef de la junte Assimi Goïta n'a pas été vu et n'a pas pris la parole depuis le début des hostilités samedi matin, posant la question du devenir de la junte.
Son absence prolongée suscitent des interrogations, des observateurs se questionnant sur son sort et d'autres sur d'éventuelles dissensions au sein de la junte qui pourrait conduire à son remplacement.
Une source sécuritaire malienne a affirmé à l'AFP qu'Assimi Goïta ne prenait pas de risque pour "raison de sécurité".
"La hiérarchie militaire tirent actuellement les leçons de la situation qui prévaut", a commenté de son côté un élu de la capitale sous couvert d'anonymat.
La présence - ou non - du général Goïta sera en tout cas scrutée lors de l'inhumation de Sadio Camara, qui pourrait intervenir jeudi.
- Repli de militaires -
Signe de la fébrilité qui prévaut dans le pays, l'armée malienne a abandonné certaines de ses positions dans la région de Gao (nord), ont indiqué mardi à l'AFP des sources locales.
Gao est la deuxième région militaire du Mali après la ville-garnison de Kati, fief de la junte situé près de Bamako et qui a été le théâtre de violents combats entre l'armée et les groupes armés.
"Les militaires ont abandonné leur position à Labbezanga situé près de la frontière du Niger. Ils se sont repliés vers Ansogo", a indiqué à l'AFP un élu local sous couvert d'anonymat.
En outre, deux fortes détonations d'origine indéterminée ont été entendues lundi dans la soirée en périphérie de Bamako, a constaté un correspondant de l'AFP.
La situation est ensuite revenue au calme, mais mardi matin on entendait le bruit de drones de surveillance, toujours dans la même zone.
"Ce n'était pas des échanges de tirs, et les détonations provenaient du côté de la base 101 de l'aéroport", a déclaré un habitant à l'AFP. Cette base 101 de l'armée de l'air avait été visée samedi par les attaques.
Avec la mort de Sadio Camara, figure clé du pouvoir et de sa coopération avec la Russie, attaqué à son domicile dans la ville-garnison de Kati et fief de la junte, les groupes armés ont porté un coup sévère au régime militaire.
Ces attaques près des centres du pouvoir malien ont été interprétées par certains analystes comme une diversion pour s'emparer de Kidal qui est désormais à nouveau sous contrôle rebelle.
Kidal a été sous la coupe de groupes rebelles pendant plusieurs décennies avant de revenir dans le giron de l'Etat malien en novembre 2023, à la faveur d'une offensive de l'armée appuyée par des combattants du groupe russe Wagner, remplacé ensuite par Africa Corps.
La junte malienne s'était en effet rapprochée politiquement et militairement de la Russie ces dernières années après avoir chassé les militaires français en 2022.
Selon des analystes, le but stratégique recherché par cette alliance entre JNIM et FLA ne serait pas la prise du pouvoir à Bamako, mais la reconquête des régions du Nord.
Le centre du Mali, où se trouve la ville de Mopti, a aussi été attaqué et la situation sécuritaire y restait confuse mardi.
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Q.Pilar--TPP