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Le Conseil de sécurité de l'ONU a débattu lundi du possible envoi d'une force internationale à Haïti pour permettre à la population de sortir du "cauchemar" de la crise humanitaire et sécuritaire, sans prendre de décision sur cette option qui ne fait pas l'unanimité.
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"La situation est absolument dramatique. Le port est bloqué par les gangs qui ne laissent pas sortir le carburant (...) Sans carburant, il n'y a pas d'eau. Et il y a le choléra", dont le traitement nécessite une bonne hydratation, a déclaré devant la presse le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres.
"C'est une situation absolument cauchemardesque pour la population d'Haïti", a-t-il ajouté, répétant son appel à envoyer une force armée internationale pour libérer le terminal pétrolier de Varreux, le plus important du pays, bloqué par des gangs depuis mi-septembre.
Une force à vocation "humanitaire", répondant à l'appel à l'aide du gouvernement haïtien lui-même.
"J'ai la délicate mission de porter devant le Conseil de sécurité le cri de détresse de tout un peuple qui souffre et de dire à haute et intelligible voix que les Haïtiens et Haïtiennes ne vivent pas, ils survivent", a lancé le ministre haïtien des Affaires étrangères Jean Victor Généus.
L'une "autoriserait une mission non onusienne internationale d'assistance pour la sécurité afin d'améliorer la situation sécuritaire et de permettre de délivrer l'aide humanitaire", a expliqué l'ambassadrice américaine Linda Thomas-Greenfield lors du Conseil de sécurité, avancé de plusieurs jours.
"Cette résolution proposera une mission non onusienne limitée, cadrée avec attention, et menée par un pays partenaire avec une expérience importante et nécessaire pour qu'un tel effort soit efficace", a-t-elle ajouté, notant que les Etats-Unis allaient "réfléchir à la meilleure façon de directement soutenir, permettre, et fournir des ressources" à une telle mission.
Cette idée a été soutenue par de nombreux membres du Conseil, mais plusieurs ont émis des réserves, soulignant les manifestations ayant eu lieu dans le pays contre cette possible intervention étrangère et le passif des précédentes.
- "Résistance" des Haïtiens -
Des Casques bleus sont notamment responsables d'avoir introduit le choléra dans le pays en 2010, entrainant une épidémie qui a fait plus de 10.000 morts jusqu'en 2019. Et le retour de la bactérie qui bénéficie des pénuries d'eau potable, faisant quelques dizaines de morts pour l'instant, réveille les craintes d'un nouveau désastre.
"Alors que le gouvernement manque de légitimité et est incapable de gouverner, l'envoi d'une telle force d'action rapide aura-t-il le soutien des différentes parties en Haïti ou fera-t-il face à de la résistance voire provoquera-t-il des confrontations violentes avec la population?", a lancé le représentant chinois Geng Shuang, appelant à la "prudence".
La Chine a toutefois signalé son soutien de principe -- avec quelques "ajustements" demandés-- à une deuxième résolution en préparation qui prévoit la mise en place d'un régime de sanctions (interdiction de voyage, gel des avoirs, embargo ciblé sur les armes) contre les gangs et leurs leaders.
A ce stade, le seul mentionné par le texte obtenu par l'AFP est Jimmy Cherizier, surnommé "Barbecue", "l'un des chefs de gangs les plus influents" qui bloque le terminal de Varreux et dont les actions "ont directement contribué à la paralysie économique et à la crise humanitaire en Haïti".
Des sanctions en revanche rejetées par la Russie qui a dénoncé un processus fait "à la hâte". Le représentant russe Dmitry Polyanskiy a aussi appelé à "peser toutes les conséquences d'envoyer des contingents" étrangers, jugeant "inacceptables" les "interférences dans le processus politique haïtien" de la part d'"acteurs régionaux connus qui considèrent le continent américain comme leur arrière-cour".
Si le Conseil de sécurité votait -- à une date non encore précisée -- pour l'envoi d'une telle force, resterait à savoir quel pays la mènerait.
"Toutes les indications montrent que les Etats-Unis vont prendre la tête", estime Richard Gowan, analyste à l'International Crisis Group, évoquant un soutien possible du Canada et de pays latino-américains.
Pour l'instant, Américains et Canadiens ont livré des équipements de maintien de l'ordre à la police haïtienne.