AEX
0.8700
Si cela ne tenait qu'à lui, Jannik Sinner ne jouerait qu'au tennis et se passerait de toutes les obligations qui vont avec son statut de N.1 mondial. Mais les résultats de l'Italien, vainqueur dimanche de son deuxième Wimbledon d'affilée, le replacent sans cesse sous les projecteurs.
A 24 ans, Sinner compte désormais cinq titres du Grand Chelem à son palmarès et a réussi en mai un exploit que même les légendes Rafael Nadal et Roger Federer n'avaient pas accompli.
En remportant le tournoi de Rome, un titre qui échappait aux joueurs italiens depuis cinquante ans, le patron du circuit était devenu le deuxième joueur de l'histoire, après Novak Djokovic, à gagner les neuf Masters 1000 du calendrier.
Une collection complétée en moins de trois ans, là où le Serbe avait eu besoin de douze saisons (2007-2018) pour réaliser son carton plein dans les tournois les plus prestigieux du circuit masculin après ceux du Grand Chelem.
Mais il en faudrait plus pour faire changer le gamin aux boucles rousses du Haut-Adige (nord-est de l'Italie), où l'allemand est la langue du quotidien, qui rêvait plutôt de devenir champion de ski.
"Je ne joue pas au tennis pour les records. Je joue pour m'améliorer, pour m'amuser, pour écrire ma propre histoire, pour mon équipe et pour ma famille", a-t-il coutume de déclarer dans l'une de ces conférences de presse auxquelles il se plie sans grand plaisir mais avec professionnalisme.
- Des carottes au changement de côté -
"J'aimerais qu'on se souvienne de moi comme quelqu'un de fair-play, comme quelqu'un de bien, c'est plus important pour moi que tout le reste", a-t-il rappelé à Rome.
Né le 16 août 2001 à San Candido, Sinner a dû vite quitter ses parents Hanspeter et Siglinde qui travaillent dans un hôtel-restaurant perché au-dessus de la spectaculaire vallée de la Fiscalina.
Direction Bordighera pour rejoindre l'académie de tennis de Riccardo Piatti. L'adolescent longiligne devient N.1 mondial chez les juniors en 2018.
En 2019, il s'installe dans le top 100 avec le statut de "révélation de l'année".
Cette année-là, le grand public italien découvre le phénomène qui a remporté son premier titre, au tournoi ATP 250 de Sofia, et qui le séduit par sa simplicité, son éthique de travail et... les carottes qu'il mange aux changements de côté. De quoi donner des idées à ses tifosi, qui s'habillent en orange et/ou se déguisent en... carottes.
Il lui faudra attendre 2022 et le début de sa collaboration avec son compatriote Simone Vagnozzi et l'entraîneur australien Darren Cahill pour passer un cap, en frappant encore plus fort et en asphyxiant ses adversaires.
- "Cette force intérieure" -
Depuis, il est inarrêtable ou presque: premier Italien à remporter un titre du Grand Chelem depuis Adriano Panatta (1976), premier Italien à devenir N.1 mondial, premier Italien à conquérir le Masters ATP, premier joueur de l'histoire à remporter cinq Masters 1000 consécutifs - avant son sixième à Rome. Son palmarès est déjà riche de 30 titres, dont cinq en Grand Chelem, sans oublier deux éditions de la Coupe Davis (2023, 2024).
"Il a un talent unique que nous, les entraîneurs, ne pouvons pas enseigner: cette force intérieure qui le pousse à vouloir apprendre de chaque situation, qu’il gagne ou qu’il perde", admire Cahill qui le voit "atteindre son pic à 27 ans".
Pour son illustre aîné Adriano Panatta, Sinner peut battre à terme le record de 24 tournois majeurs de Djokovic.
"Le seul record qu’il lui sera très difficile, voire impossible, de battre, c’est de gagner 14 fois Roland Garros comme Nadal", pronostique la légende italienne.
Si la célébrité lui pèse dans une Italie qui l'adule, Sinner, déjà près de 65 millions de dollars de gains sur le circuit, s'est retrouvé dans une tempête entre 2024 et 2025 pour une affaire de dopage qui a écorné son image. Contrôlé positif à un stéroïde anabolisant, il a d'abord été blanchi, avant d'écoper d'une suspension de trois mois négociée avec l'Agence mondiale antidopage et bien trop clémente pour certains.
Depuis son retour en compétition en mai 2025, il est sur une autre planète, même s'il a connu une sortie de route précoce à Roland-Garros en mai.
En quête à Paris du seul trophée majeur qui lui faisait encore défaut, l'Italien avait connu une brutale défaillance physique au deuxième tour, disputé dans une chaleur étouffante, et avait encaissé son élimination la plus précoce en Grand Chelem depuis trois ans.
Depuis, "on a procédé à quelques changements", a expliqué Sinner à Wimbledon. "C'est un processus qui prend du temps, il n'y a rien de magique, mais on fait tout notre possible" pour gérer la chaleur, seule faiblesse apparente dans l'armure si épaisse de l'Italien.
A.Novak--TPP