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Au Vieux-Pays de Goussainville (Val-d'Oise), les maisons murées de parpaings restent majoritaires mais dans ce village abandonné il y a 50 ans en raison de sa proximité avec l'aéroport de Roissy, les fantômes pourraient bientôt laisser la place aux touristes, grâce à la réhabilitation entamée par la mairie.
Sur une façade décrépie, l'enseigne "Boulangerie" se devine encore. La porte et les fenêtres sont murées. C'est la même chose pour la plupart des maisons qui composent le bourg. Les trottoirs pavés sont eux envahis par une mousse verte. Un état qui a longtemps valu au Vieux-Pays l'image de village fantôme.
Une réputation que la mairie de Goussainville compte bien changer. Depuis 2022, elle a engagé une vaste opération de revitalisation, pour "mettre en valeur ce patrimoine", confie Khader Berrekla, directeur général adjoint de la ville, forcé de hausser la voix pour couvrir le bruit d'un avion qui survole le village.
Un retour à la vie entamé après plus de 50 ans d'abandon. Car le Vieux-Pays, situé à moins de cinq kilomètres des pistes de Roissy-Charles de Gaulle, s'est quasiment vidé de ses habitants au début des années 70, au moment de la construction de l'aéroport. À l'époque, la société Aéroports de Paris (ADP) s'était engagée à racheter, à un prix supérieur à celui du marché, toutes les maisons comprises dans les zones trop exposées au bruit.
ADP prévoyait de les raser mais c'était sans compter sur l'église Saint-Pierre-Saint-Paul, dont une partie date du XIIIe siècle. Classé il y a 100 ans, l'édifice a protégé de la destruction toutes les habitations dans un rayon de 500 mètres autour du clocher.
Environ 300 personnes sont restées malgré les nuisances sonores. Les maisons de ceux qui sont partis ont été sauvegardées mais n'ont pas été entretenues et sont pour la plupart dans un état lamentable aujourd'hui.
- "On sentait les murs trembler" -
C'est le cas de cette grande bâtisse située sur la place du village, bordée de tilleuls. Dans quelques mois, l'ancienne habitation, rongée par l'humidité et aux planchers incertains, sera transformée en café-restaurant et espace d'expositions.
"C'est un projet de résilience avec de nouvelles activités qui vont permettre de créer de l'emploi, de la formation, une dynamique économique nouvelle", assure Khader Berrekla, persuadé que le bruit des quelque 300 avions qui passent chaque jour au-dessus du village, n'empêchera pas l'arrivée des touristes.
"À l'époque du Concorde, on sentait les murs trembler", commente Nicolas Mahieu, qui tient depuis 30 ans la librairie du Vieux-Pays, seul commerce en activité.
"Le cadre est superbe. Ça a gardé un cachet avec la vieille pierre", confie-t-il, satisfait des travaux de réhabilitation en cours.
À deux pas de la place du village, un groupe d'écoliers quitte le parc du château en riant. Les enfants viennent de se défouler dans un parcours d'accrobranche flambant neuf. Ouvert en 2024, l'AbracadaParc fait lui aussi partie du projet de retour à la vie.
"Il fallait vraiment avoir beaucoup d'imagination" pour se projeter, se souvient Vanessa Schweitzer, sa fondatrice. "C'était une friche, un squat, il y avait beaucoup de déchets: moquette, ferraille, canettes de bière".
Aujourd'hui en pleine expansion, le parc de loisirs exploite aussi l'image de village fantôme avec un escape game intitulé "les oubliés de Goussainville".
"Les avions on s'y habitue", promet Vanessa Schweitzer, qui assure que quand le ciel est dégagé, les avions suivent un autre couloir aérien et épargnent le village de leur vrombissement.
K.Dudek--TPP