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Condamné, mais toujours en activité. L'avocat parisien Emmanuel Pierrat a été condamné mercredi à deux ans de prison avec sursis pour s'être livré pendant des années au harcèlement moral de ses collaborateurs, mais le tribunal correctionnel de Paris l'a toutefois autorisé à continuer d'exercer.
Lors de son procès fin mai, l'avocat et auteur, connu pour avoir défendu plusieurs figures du monde intellectuel et culturel français, avait reconnu sa pleine culpabilité pour ces faits commis entre 2015 et 2021 à l'encontre de 18 collaborateurs, qu'il avait l'habitude d'injurier, d'humilier ou encore de menacer.
En prononçant la peine de deux ans d'emprisonnement avec sursis, la présidente du tribunal a énuméré mercredi "les comportements et propos relevant du harcèlement moral" dont s'est rendu coupable M. Pierrat: cris, hurlements, propos humiliants et dégradants, jets d'objets, menaces, injonctions contradictoires...
Des méthodes de travail "devenues des vecteurs d'humiliation et de contrôle", a-t-elle déclaré.
L'enjeu pour la robe noire de 58 ans, qui avait déjà accepté le principe d'une condamnation avec sursis assortie de l'obligation de soins - déjà entamés - concernait surtout sa possible interdiction d'exercer.
Malgré des "faits particulièrement graves", la juge a écarté une telle interdiction, d'abord car Emmanuel Pierrat a déjà été suspendu un an au titre d'une procédure disciplinaire de son ordre, mais aussi parce qu'il a "entièrement reconnu les faits à l'audience" et semble désormais "avoir pris la mesure des faits", a-t-elle ajouté.
"Le tribunal l'a condamné, mais a fait le choix de ne pas prononcer d'interdiction d'exercer la profession d'avocat qui avait été requise", s'est félicitée auprès de l'AFP son avocate, Me Caroline Toby.
- Management "à l'ancienne" -
"Son droit à poursuivre son activité professionnelle a été préservé, ce qui du reste lui permettra de régler les indemnisations prononcées", a insisté l'avocate, qui avait estimé lors du procès qu'une interdiction d'exercer aurait signé la "mort professionnelle" d'Emmanuel Pierrat.
Col de la veste relevé sur ses cheveux gris, Emmanuel Pierrat est lui resté mutique mercredi. Durant le procès, il avait reconnu les faits et sa faute, qu'il avait justifiés par un "management à l'ancienne".
Durant l'enquête, une quarantaine de personnes avaient, eux, dénoncé "un management par la terreur". Plus d'une quinzaine d'anciens collaborateurs, assistants ou jeunes avocats, se sont portés partie civile et ont témoigné à l'audience de leur calvaire, des pleurs au cabinet, des répercussions sur leur vie professionnelle et sur leur santé.
Certains ont abandonné le métier d'avocat tandis que d'autres continuent de porter sur leur santé mentale les séquelles de leur passage au sein de son cabinet, a souligné la juge mercredi.
Dans ce dossier, son ancienne associée a été relaxée des poursuites pour complicité.
Mercredi, M. Pierrat est sorti du tribunal sous les huées de ses anciens collaborateurs, qui scandaient pour certains "Pierrat pédo".
Une référence à une affaire distincte dans laquelle Emmanuel Pierrat est actuellement mis en cause: l'avocat est visé par une plainte de l'auteure Eva Ionesco, qui l'accuse de détenir et receler des photographies à caractère pornographique prises pendant son enfance par sa mère.
La plainte a été adressée au parquet de Paris.
Me Pierrat est l'exécuteur testamentaire d'Irina Ionesco, décédée en 2022, la mère d'Eva Ionesco qui essaye depuis des années d'empêcher la diffusion de ces clichés pris de ses quatre à ses 11 ans.
K.Pokorny--TPP