AEX
-2.6900
Le gouvernement veut "diviser quasiment par deux" le déficit de la Sécurité sociale et le ramener à "12 ou 13 milliards" en 2027, contre "22 milliards en 2026", a déclaré le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, mercredi, dans une interview à Challenges.
L'exécutif veut notamment économiser 5,5 milliards d'euros en freinant la "progression mécanique" des dépenses de retraite, dont 4,1 milliards via une désindexation ou sous-indexation des pensions supérieures à 1.260 euros, a-t-il dit - sans donner de détail sur les taux envisagés -, à la veille de la présentation des budgets de l'Etat et de la Sécurité sociale en conseil des ministres.
La loi prévoit normalement que les pensions de base soient revalorisées chaque année en suivant le niveau d'inflation de l'année précédente.
"Sans mesure spécifique, le coût des retraites augmenterait d’environ 13 milliards d'euros l'année prochaine. La moitié de cette hausse tient à la démographie" et "l’autre moitié provient de l’indexation totale des pensions", a expliqué M. Farandou.
"À ce stade, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) prévoit une revalorisation totale" pour les pensions inférieures ou égales à "85% du smic, soit 1.260 euros", a-t-il précisé.
"Au-delà de ce seuil, la volonté du gouvernement est de réaliser 4,1 milliards d’économies", mais la copie "sera débattue et évoluera", a-t-il assuré. "Les parlementaires discuteront notamment du niveau d’augmentation" retenu, a indiqué le ministre.
À l'avenir, pour remplacer l'indexation automatique, "on pourrait même imaginer une bascule vers un système de négociation annuelle avec les partenaires sociaux, comme cela est fait pour les salaires", a-t-il avancé.
Le reste des économies prévues sur les retraites serait réalisé via "une diminution du plafond de l'abattement de 10% sur l'impôt sur le revenu" dont bénéficient les retraités, "qui passerait de 4.439 à 3.000 euros", a précisé M. Farandou.
"Cette mesure, dont les seuils sont à discuter, figure dans le projet de loi de finances et permettrait d'économiser 1,4 milliard. Mais là encore, je suis ouvert au débat. Les discussions parlementaires façonneront le bon équilibre entre les deux mesures ou en proposeront d’autres" pour arriver à l'objectif d'économies fixé, a-t-il ajouté.
Dans une vision plus prospective, M. Farandou a repris une proposition avancée par la conférence Travail emploi retraites (pas approuvée par tous les participants) de définir dans une prochaine réforme des retraites un "âge d'équilibre", autour duquel s'articulerait décote et surcote.
"Les Français seraient fortement incités à partir à la retraite à cet âge pour ne pas subir d’importantes décotes sur leur pension, dont le niveau reste à définir. Et ceux qui choisiraient de travailler au-delà bénéficieraient d’une surcote, dans les mêmes proportions", a détaillé M. Farandou.
"D’après les premiers calculs des experts", cet âge d'équilibre "devrait se situer à 65 ans au minimum. C’est l’âge qui permettrait d’équilibrer financièrement notre régime de retraite, à condition de le décider rapidement. Mais, à l’horizon de vingt ans, il devra sûrement être encore décalé pour prendre en compte l’augmentation de l’espérance de vie", a-t-il souligné.
L'âge légal demeurerait et "se situerait comme aujourd’hui autour de 63 ans. Mais, sauf dispositif particulier, il serait assorti d’une décote de la pension", a complété M. Farandou.
J.Marek--TPP