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Concurrent déloyal? Les Français se ruent dans les stations-service du géant pétrolier TotalEnergies, où les prix des carburants sont plafonnés, et les autres distributeurs se plaignent de voir des clients y faire leur plein avec la bénédiction du gouvernement.
Parmi les stations-service qui n'ont plus de carburant, près de neuf sur dix sont des stations TotalEnergies, où l'essence est à 1,99 euro le litre et le gazole à 2,25 euros, alors que les prix des carburants sont repartis à la hausse.
A 2,15 euros mardi, le prix moyen du litre d'essence a dépassé le pic de 2022 et le gazole culmine à 2,35 euros le litre, notamment en raison de la guerre en Iran.
"Rien ne nous obligeait" à ce plafonnement, avait expliqué fin août sur France Inter le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné. En mai dernier, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait appelé l'entreprise "à un plafonnement généreux" des prix, alors que la classe politique le pressait de mettre en place une taxation des surprofits.
"Si quelque part il y a une taxation, on en tirera les leçons et il n'y aura plus jamais de plafonnement chez TotalEnergies", avait dit M. Pouyanné il y a quinze jours, réitérant des menaces.
Le plafonnement, tel que pratiqué depuis cinq mois de manière discontinue, a déjà coûté "entre 250 et 300 millions" d'euros au groupe français, qui a vu cette année son bénéfice doubler au premier semestre, à 11,2 milliards d'euros.
- "Les pouvoirs publics bien contents" -
A neuf mois de l'élection présidentielle en France, alors que la situation économique se dégrade, le gouvernement surveille la situation de très près.
"Aujourd'hui les pouvoirs publics sont bien contents que ce soit une entreprise privée qui fasse le boulot peut-être à leur place", a estimé auprès de l'AFP Jacques Goisque, directeur général de la Fédération française des combustibles, carburants et chauffage (FF3C), qui représente un millier de stations-service indépendantes.
Parmi elles, "on a des entreprises qui sont en difficulté", a-t-il affirmé, notamment dans les zones les moins urbanisées.
Cette fédération a d'ailleurs saisi mi-juillet l'Autorité de la concurrence "pour abus de position dominante et concurrence déloyale". "Il y a un acteur avec une position dominante amont qui jouit de sa position pour pouvoir pratiquer des prix très agressifs et qui sont en deçà des prix du marché", argumente M. Goisque. "On ne peut pas vendre à perte", ajoute-t-il.
Les grands distributeurs français accusent aussi TotalEnergies, qui produit et raffine du pétrole, d'en profiter.
"Il y a des gens qui profitent de cette situation, et peut-être de manière indue, et c'est pour ça que je dis, attaquons-nous à ces marges qui sont stratosphériques", s'est plaint mardi le PDG de Coopérative U, Dominique Schelcher, qui parle de "concurrence déloyale".
"Moi, je ne peux pas le (TotalEnergies, NDLR) suivre, nous ne pouvons pas descendre plus bas que nos prix aujourd'hui", a indiqué Michel Edouard-Leclerc, pour qui "les raffineurs s'en mettent plein les poches".
- "Distorsion de concurrence" -
D'autant que, comme le rappelle M. Goisque, le plafonnement des prix appliqué par TotalEnergies "rend le produit d'appel de la grand distribution plus du tout compétitif", elle qui attire habituellement les clients dans ses supermarchés et hypermarchés via l'essence à bas prix.
En Corse, une quinzaine de stations-service ont fermé leurs portes ce week-end dans la région d'Ajaccio. "Malgré les efforts de notre fournisseur, notre prix d'achat dépasse de plusieurs dizaines de centimes de prix de vente de Total", affirme le collectif.
Il dénonce "la non-intervention de l'Etat dans la régulation et la fixation des prix", qui "permet à un groupe intégré, bénéficiant de marges arrières considérables, d'imposer une tractation, un véritable chantage et conduit à cette distorsion de concurrence".
L'opération est bonne pour TotalEnergies, qui engrange des clients - deux à trois points de parts de marché gagnées selon le groupe (passant "de 22% à 25%"). Et redore aussi son image, selon son PDG: "cela a surtout fait gagner de la sympathie des Français pour une entreprise", qui est parfois "très décriée", notamment pour la faiblesse de son impôt sur les sociétés en France, au regard de ses bénéfices mondiaux.
U.Pospisil--TPP