AEX
-1.0900
Le fondeur norvégien Johannes Klaebo, qui vise un dixième titre olympique et une cinquième médaille d'or aux Jeux de Milan Cortina mercredi, "n'a pas d'adversaires en ce moment", estime l'Italien Franco Nones, champion olympique 1968 à Grenoble âgé de 85 ans, dans un entretien accordé à l'AFP.
Ce pionnier du ski de fond en Italie, rencontré à l'occasion de la sortie d'un livre qui lui est consacré ("The first gold", Valentina Trentini editore) regrette l'absence de l'athlète russe Alexander Bolshunov, non autorisé à participer aux épreuves en Italie sous bannière neutre pour s'opposer à l'hégémonie de Klaebo, athlète le plus titré de l'histoire aux Jeux d'hiver.
QUESTION: Continuez-vous de suivre assidûment les compétitions de ski de fond et en particulier de la Norvège, meilleure équipe masculine du monde?
REPONSE: "Je suis de très près ce qui se passe en Scandinavie parce que je connais un peu tous les athlètes, les clubs, et ils logent dans mon hôtel à Castello di Fiemme. Donc je suis toujours en contact surtout avec les Norvégiens, puisqu'ils sont ici."
Q: Et que pensez-vous de Johannes Klaebo ?
R: "Je crois qu'en ce moment il n'a pas d'adversaires. Je ne sais pas pourquoi, dans le sens où soit il est beaucoup trop fort pour tout le monde, soit la moyenne des autres athlètes n'est peut-être pas si élevée. La Norvège est très forte parce qu'ils sont huit (athlètes) ici, mais en Norvège il y en a huit autres qui pourraient être là ; ils ont une sélection incroyable."
Q: Le Russe Alexander Bolshunov, qui avait battu Klaebo à Pékin en 2022, n'a pas été autorisé à concourir sous bannière neutre...
R:"Ca, je ne l'ai jamais compris, parce que je crois que, aux Jeux, les athlètes russes, les athlètes du monde entier doivent participer, sinon l'histoire pourrait dire : certes les Norvégiens ont gagné, mais il n’y avait pas les Russes. Et la Russie n'est pas une nation de second plan au ski de fond. C'est un pays qui a toujours eu, déjà à mon époque dans les années 60, des athlètes extraordinaires. Par conséquent, il me semble que cela aurait peut-être été un bien, même pour Klaebo, s'il avait eu un Bolshunov contre qui se battre."
Q: Selon vous, pourquoi Klaebo est-il si fort?
R: "Si fort... C'est difficile de vous répondre... Face aux athlètes actuels, il est très fort parce qu'il peut mener la course comme il veut: partir en tête, rester dans le peloton, se mettre à l'arrière, sprinter… Il a un très beau tempérament, il sait, il connaît sa force, et voilà pourquoi les résultats sont là. Il faudrait voir s'il y avait un Bolshunov en forme pour comprendre s'il est vraiment exceptionnel ou si le niveau des autres est un peu plus bas."
Q: Que pensez-vous des Français ?
R: "Les Français sont exceptionnels. Ils ont fait trois médailles d'argent en skiant fort, pas par hasard. Ils sont montés sur la deuxième marche parce qu’ils sont solides, avec une vraie envie d’y arriver, de la grinta."
Q: Pouvez-vous expliquer ce qui a changé depuis votre titre olympique?
R: "À mon époque, il n'y avait pas de psychologue, pas de diététicien pour l'alimentation, il n’y avait personne... Chacun y allait comme avec ses prédispositions naturelles. Maintenant, au contraire, un jeune athlète est comme un robot : on le règle et il s'exécute. Il y a une grande assistance sur tout."
Propos recueillis par Ludovic LUPPINO
Z.Marek--TPP